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Arnaud Montebourg

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Selon Arnaud Montebourg, la fonction présidentielle est affaiblie par Nicolas Sarkozy. Le député PS, quitte à prendre l'opinion à rebrousse-poil, propose que les contribuables payent les vacances du chef de l'Etat. Député socialiste de Saône-et-Loire, ancien porte-parole de Ségolène Royal, Arnaud Montebourg critique le choix de Nicolas Sarkozy (qui déjeune aujourd'hui avec George Bush) des Etats-Unis pour ses premières vacances de président.

Les vacances du président de la République doivent-elles forcément faire l'objet de polémique ? 

De polémique, certainement pas. D'observation, oui. M. Sarkozy n'est pas un citoyen ordinaire. Il est le président de tous les Français. Le choix de ses lieux de vacances n'est pas sans conséquence politique. Lorsqu'il va, juste après son élection, dans ce paradis fiscal qu'est Malte, sur le yacht battant pavillon de complaisance d'un ami milliardaire, lorsqu'il choisit pour ses premières vacances les Etats-Unis, où il attend pendant trois jours le coup de fil de confirmation d'un déjeuner avec George Bush, le président affaiblit l'autorité symbolique de sa fonction en donnant le sentiment d'une dépendance à l'égard de l'argent et de la puissance des autres. Et il froisse l'image d'indépendance que la France détient aux yeux du reste du monde.

Selon vous, il n'aurait pas dû choisir les Etats-Unis ?

Il aurait dû rencontrer le président américain lors d'un voyage d'Etat, pour mettre sur la table des lourds sujets de désaccord comme l'Irak ou la non-ratification par les Etats-Unis du protocole de Kyoto. Il aurait dû prendre la décision d'ouvrir le débat avec nos amis américains, qui sont nos alliés historiques, de puissance à puissance. Il eût été, de sa part, plus consensuel de prendre ses premières vacances en Europe afin de montrer son attachement à celle-ci plutôt qu'au bord d'un lac luxueux en attendant les bonnes grâces de la Maison-Blanche...

Vous pensez qu'il n'est allé aux Etats-Unis que pour cela ?

Je ne sais pas. Le vrai problème, c'est cette manière de réhabiliter l'aristocratie financière internationale, ce qu'on appelle la jet-set. Un président de la République doit se situer au-delà des groupes de pression et des intérêts privés. Ce sont des amis multimillionnaires qui lui paient ses vacances. Un président qui a des amis richissimes est toujours porté à les remercier en faisant commerce du pouvoir qu'on lui a confié. (Nous sommes très, très loin de Guy Môquet le communiste et de Jean Jaurès le socialiste!) Ça ne me gênerait pas que la République paie au président des vacances, même chères, pourvu que ce soit aux frais des contribuables. Je ne souhaite pas que le président de la République, de toute la République, dépende de milliardaires. Ils ont d'ailleurs déjà été remerciés avec le "paquet fiscal" qui, de fait, a supprimé pour eux l'impôt sur la fortune.


Qu'attendez-vous de la commission d'enquête sur la libération des infirmières bulgares ?

Les Français doivent connaître l'étendue de nos accords avec la Libye, cet Etat qui est à peine sorti du terrorisme, et qui s'est comporté dans cette affaire comme un preneur d'otages rançonnant les Etats européens. Donner à la Libye des outils nucléaires et militaires sans exiger qu'elle respecte les règles élémentaires du droit international et la morale attachée aux droits de l'homme est source d'inquiétude pour la communauté internationale. La France est-elle à ce point en difficulté économique qu'elle ne serait plus regardante sur les contrats qu'elle signe ?

Avez-vous été choqué par l'intervention de Cécilia Sarkozy dans cette affaire ?

Le président de la République fait ce qu'il veut avec son épouse et ses émissaires. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'il signe des accords secrets. Sur l'affaire libyenne, les institutions n'ont pas fonctionné et les mensonges se sont succédé. Là encore, nous manquons d'une vision d'homme d'Etat capable de montrer les choix de politique étrangère que nous défendons, qui formule sérieusement nos intérêts et les buts que la France poursuit, en Libye comme ailleurs. La commission d'enquête devra tirer tout cela au clair.

Pourquoi dites-vous qu'avec Nicolas Sarkozy on change d'époque ?

Le changement de système politique que, par son comportement, M. Sarkozy essaie d'imposer aux institutions montre toutes ses limites. Les ministres ne s'expriment plus. Le Premier ministre reste silencieux. L'entourage du président remplace le gouvernement dans les fonctions vitales de l'Etat alors qu'il n'est responsable ni devant les citoyens ni devant le Parlement. Cette concentration abusive des pouvoirs se retournera contre son instigateur. C'est une lourde régression démocratique pour la France.

(Source: Le Parisien -11 août)

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