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Sur le parvis de la cathédrale de Rouen, mardi soir, après la messe célébrée avec beaucoup de recueillement pour le père Jacques Hamel en présence d’une foule nombreuse, les réactions de colère le disputaient à la tristesse. Profondément affectés, les Normands qui se sont réunis semblaient comprendre que l’irréparable était arrivé chez eux, dans leur région, sur un prêtre de chez eux, que la plupart ne connaissaient pas, mais qu’ils ont immédiatement reconnu comme l’un des leurs. Et la colère perçait sous l’effroi. Une colère sourde, mesurée, exprimée avec respect et retenue. Une colère quand même.

Tout a été dit depuis ce drame, et bien avant ce drame, lors des précédents, sur les responsabilités de nos dirigeants. L’égorgement du père Hamel marque un pas supplémentaire : ce n’est plus une foule anonyme qui est frappée, c’est un vieux prêtre qui célèbre la messe, pendant sa messe, égorgé après un prêche en arabe. La force du symbole est là. Les musulmans qui ont commis ce crime s’inscrivent dans la sombre lignée des bourreaux vendéens qui, les derniers dans notre histoire, ont assassiné des prêtres à l’autel parce qu’ils célébraient la messe. Les uns le faisaient en prétendant lutter contre le fanatisme, les autres au nom d’une religion fanatique. Quelle différence ?

L’ennemi n’est plus le soldat républicain, évidemment. Il est désormais le soldat d’Allah. Et, par une sorte de prémonition, le cardinal Burke, ancien archevêque de Saint-Louis (États-Unis), déclarait il y a quelques jours : « L’islam veut gouverner le monde. » Et d’ajouter, à propos du dialogue interreligieux, une critique à l’encontre des prélats qui « pensent simplement que l’islam est une religion comme la foi catholique ou la foi juive. Ce n’est objectivement pas le cas. »

L’Américain donne également une leçon de réalisme à tous ceux qui parlent de vivre ensemble en rappelant qu’à titre individuel, les musulmans sont des gens charmants et peuvent discuter très pacifiquement de questions religieuses. « Mais lorsqu’ils deviennent une majorité dans un pays, alors ils ont l’obligation religieuse de gouverner ce pays. Si c’est cela que les citoyens veulent, bien, alors qu’ils le permettent. Mais si ce n’est pas ce qu’ils veulent, ils doivent trouver le moyen de traiter la question. »

C’est ce que nous aimerions que nos prélats français comprennent. Ce qu’exprimaient les Rouennais en colère mardi soir, devant des prêtres un peu étonnés et désapprobateurs. Oui, le Christ nous demande d’aimer nos ennemis, de leur pardonner et de prier pour eux. C’est, pour les catholiques, un impératif catégorique. Mais, comme le disait un passant croisé sur cette place emplie de foule et de policiers, il ne nous demande pas de nous laisser tuer sans nous défendre. Sans défendre nos enfants, nos familles, ceux qui célèbrent les sacrements qu’il a institués.

Oui, l’Église doit avoir une parole de paix. Mais une parole qui n’empêche pas de voir les choses en face : lorsque l’ennemi est sur notre sol et veut nous détruire, notre devoir est soit d’accepter de témoigner jusqu’au martyre, soit de le combattre pour l’empêcher de gagner cette guerre. Jeanne d’Arc ne disait pas autre chose. Ce qui ne l’empêchait pas d’aimer les Anglais et de les combattre avec détermination, mais sans haine ni cruauté.

BV