Il assurait que son déplacement était avant tout spirituel. Hier, il a pourtant enchaîné les déclarations contre la Chine. Même s’il n’a pas rencontré Nicolas Sarközy comme nous le révélions hier, il devrait le voir le 10 décembre dans le cadre d’une réunion à Paris des Prix Nobel de la paix , le dalaï-lama a revêtu la tunique d’un leader politique en exil.
Récit d’une journée beaucoup moins religieuse que la veille
9 h 05, assis en tailleur dans un fauteuil doré. L’annonce vient d’être faite aux employés du George-V : la voiture qui transporte le dalaï-lama est devant l’hôtel. Entouré de sa cohorte de moines, le haut dignitaire bouddhiste pénètre dans le hall, avant de se diriger lentement vers le très luxueux salon du palace pour donner une conférence de presse. « On aurait aimé qu’il passe la nuit là, confie un réceptionniste. Mais probablement que ce luxe ne correspond pas trop au personnage. » Installé dans un fauteuil doré, le dalaï-lama s’asseoit comme à son habitude en tailleur pour répondre aux journalistes. C’est le moine français Matthieu Ricard qui assure la traduction.
Après un petit quart d’heure d’« enseignement du bouddhisme », il n’attend pas les questions des journalistes pour parler politique. S’exprimant en anglais, il débute prudemment : « Le combat n’est pas que pro-tibétain mais plus généralement pour la justice et les droits de l’homme. Les médias ne doivent pas s’intéresser qu’à la surface mais aller voir les coulisses, où les choses sentent plus mauvais. » Les premières questions sur l’oppression chinoise fusent et le chef spirituel, habitué à l’exercice, répond sans sourciller : « En Chine, il n’y a pas de démocratie et le peuple tibétain a déjà beaucoup souffert. Mais nous devons continuer à dialoguer avec la Chine et le monde doit l’entraîner sur le chemin de la démocratie. » Le dalaï-lama met fin lui-même à l’entretien en montrant à l’auditoire le cadran de sa montre.
10 h 15, service minimum au Sénat. Au Palais du Luxembourg, les parlementaires UMP Louis de Broissia et Lionnel Luca l’attendent. Les deux présidents des groupes sur le Tibet à l’Assemblée et au Sénat dénoncent une nouvelle fois les conditions de l’accueil du chef spirituel tibétain. Broissia, qui a organisé cette visite, s’est vu refuser une grande salle par le président du Sénat, Christian Poncelet. De son côté, le socialiste Robert Badinter regrette qu’on ait « transformé le Sénat en citadelle ». La rencontre se tient en effet à huis clos, toujours à la demande de Poncelet.
10 h 30, soixante personnes dans 30 m 2 . A l’étage Jean-Louis Bianco, député PS, guette l’arrivée du dalaï-lama par la fenêtre. Sa voiture entre enfin dans la cour d’honneur. Broissia et Luca l’escortent jusqu’au bureau où l’attendent une trentaine de parlementaires. Seuls quatre caméras et quatre photographes ont la permission de faire quelques images pendant cinq minutes. Impossible d’en autoriser d’avantage pour une question de… place. Le bureau prêté par le sénateur Haenel, où les meubles ont été poussés contre les murs, fait 30 m 2 et doit déjà accueillir quelque soixante personnes. « En caricaturant, on peut dire qu’on reçoit le dalaï-lama dans un placard », lâche Badinter. Entassés, les parlementaires saluent leur invité. « En dix ans vous n’avez pas changé, les flatte-t-il (NDLR : en 1998, il avait été reçu à l’Assemblée), moi mes sourcils ont changé… » Redevenu grave, le chef sprirituel dresse une nouvelle fois un tableau pessimiste de la situation au Tibet et assure que, loin d’avoir respecté la trêve olympique, les autorités chinoises ont accru la répression.
12 heures. Sortie sous les échafaudages. Au bras de Lang et de Badinter, le dalaï-lama quitte le bâtiment par une sortie… en travaux. « J’aurais aimé que la France en fasse plus pour cette visite », regrette Axel Poniatowski, le président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée. Tandis que les parlementaires se disent impressionnés par le Tibétain, à l’image de Bianco qui loue sa « force et son humour », le dalaï-lama quitte en voiture la cour d’honneur du Sénat. Aujourd’hui, l’homme âgé de 73 ans reprend son habit de religieux : il visite deux congrégations dans l’Orne et le Morbihan.
Ségolène Royal rencontrera le dalaï-lama samedi à Nantes. Elle devrait s’entretenir une demi-heure avec lui. Samedi dernier, elle avait appelé Nicolas Sarkozy à « avoir le courage de rencontrer le dalaï-lama ». Le chef spirituel tibétain aura également une entrevue avec Jean-Marc Ayrault, maire de la ville.
Le Parisien - 14 août 2008

