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Karachi: colère des familles des victimes contre Sarkozy

Interrogé jeudi soir sur TF1 et France 2 sur le financement de la campagne Balladur, dont il était porte-parole en 1995, a pris la défense de Nicolas Bazire, récemment mis en examen dans ce volet de l'affaire Karachi. Les juges souçonnent qu'une partie des commissions versées à des intermédiaires pour des contrats d'armement avec le Pakistan et l'Arabie saoudite soient revenues à via des sociétés écrans pour financer sa campagne.

 

L'arrêt du versement de ces commissions, sous le mandat de , serait à l'origine de l'attentat qui a tué onze français à Karachi en 2002.

«N'avez-vous rien su d'un financement illégal ?» a interrogé jeudi soir le journaliste Yves Calvi. «Ça fait bientôt 17 ans. Est-ce que vous imaginez que, s'il y avait quoi que ce soit à reprocher à M. Balladur, on ne l'aurait pas trouvé ?» a répondu le chef de l'Etat. «Je trouve particulièrement odieux qu'on utilise la douleur de familles (des victimes de l'attentat de Karachi en 2002) au service d'intérêts politiciens, de magouilles et, pour tout dire, dans la volonté de salir les gens», a déploré le président.

Le collectif des familles de victimes s'interroge à son tour. «Comment peut-il ainsi évoquer la douleur des familles, lui qui n'a finalement pas été capable de tenir une promesse aussi simple que celle de nous recevoir une fois par an ?». Les membres du collectif jugent Nicolas Sarkozy mal placé pour tenir ces propos alors qu'un de ses conseillers leur aurait un jour rétorqué : «Monsieur le Président en a assez qu'on l'importune avec des bobos personnels». 

«Il ne sortira rien de cela et tout le monde le sait»

A la question de savoir s'il se sentait «visé» par ces affaires, le président a choisi jeudi soir de répondre par l'ironie : «Pas du tout ! Pourquoi ?» avant d'énumérer les récentes affaires récentes telles que Clearstream, Bettencourt ou Karachi, où son nom a été cité. Selon Nicolas Sarkozy, il ne s'agirait que de tentatives pour le déstabiliser. «Vous savez, un président doit rendre des comptes, la transparence je suis d'accord, la calomnie, non !», a-t-il ajouté.

«Deux de vos proches sont néanmoins mis en examen, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert…», a relancé Yves Calvi. «Nicolas Bazire a été votre témoin de mariage. Il ne vous a jamais parlé de financements inquiétants dans la campagne d'Edouard Balladur ?», a insisté le journaliste. «Nicolas Bazire est quelqu'un que j'aime beaucoup et qui est mon ami. Et maintenant, vous inventez la présomption de culpabilité ? Il a été directeur de cabinet de M. Balladur (NDLR. alors Premier ministre), ce qui n'est pas infamant à ma connaissance. Il a toute ma confiance et toute mon amitié», a déclaré le président, convaincu que Nicolas Bazire est un «homme profondément honnête».

«Il ne sortira rien de cela et tout le monde le sait», a alors conclu le président.

C'est cette phrase qui a le plus choqué les familles des victimes. Dans un communiqué, elles «déplorent, une fois de plus, le mépris sans limite du chef de l'Etat non seulement à (leur) égard, mais aussi à l'égard du travail des juges d'instruction». «Nous prenons bonne note de la consigne claire envoyée au Parquet par le chef de l'Etat qui a affirmé, alors que l'enquête est en cours, qu'il «ne sortira rien» de la mise en cause de Nicolas Bazire. Nous ne souhaitons entrer dans cette polémique politicienne orchestrée par Nicolas Sarkozy et lui faisons simplement remarquer que les juges d'instruction en charge des différents volets de cette affaire font un travail remarquable», conclut le collectif.

Vingt millions de francs d'origine trouble

Interrogé durant sa garde à vue, Nicolas Bazire avait fait part de son «absence totale d'implication», dans la signature des contrats. Il est pourtant présenté comme un protagoniste essentiel de l'enquête. Alors directeur de cabinet à Matignon, il participa directement aux négociations des contrats Agosta (la vente de sous-marins au Pakistan) et Sawari II (l'achat de frégates par l'Arabie saoudite).

Selon plusieurs témoins interrogés par le juge Van Ruymbeke, il disposait en effet d'un coffre-fort au sein du QG de campagne. «De grosses sommes arrivaient dans le coffre de Nicolas Bazire», s'est rappelé Raymond Huard, alors affecté à la trésorerie. Selon les enquêteurs, 20 millions de francs (3 millions d'euros) auraient alimenté de manière trouble la campagne de l'ancien premier ministre.

A ce sujet, François Fillon a donné son feu vert vendredi à la déclassification de documents secret-défense réclamée par des juges Roger Le Loire et Renaud van Ruymbeke.

Les enquêteurs chargés du volet financier de l'enquête sur les l'attentat de Karachi sont également à la recherche d'enregistrements clandestins qui auraient visé des personnalités ayant participé à cette fameuse campagne.

Nicolas Sarkozy n'a, par contre, pas évoqué la mise en examen de Thierry Gaubert.

 

Le Parisien - 28/10/11

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