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17/02/2017

Jean Sévillia: "La colonisation et le non-sens historique d'Emmanuel Macron"

Par Alexis Feertchak
Mis à jour le 16/02/2017 à 07h12 | Publié le 15/02/2017 à 19h39

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Alors qu'Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de crime contre l'humanité, Jean Sévillia explique pourquoi une telle déclaration est un non-sens historique. L'historien estime que l'on ne peut pas jeter ainsi «l'opprobre sur les Européens d'Algérie, les harkis, et leurs descendants».


 

Journaliste, écrivain et historien, Jean Sévillia est rédacteur en chef adjoint du Figaro Magazine. Il vient de publier Écrits historiques de combat, un recueil de trois essais (Historiquement correct ; Moralement correct ; Le terrorisme intellectuel) qui vient de paraître aux éditions Perrin.


FIGAROVOX. - Lors de son déplacement en Algérie, Emmanuel Macron a accordé un entretien à la chaîne Echorouk News où il qualifie la colonisation d'«acte de barbarie» et de «crime contre l'humanité». Ces qualifications morale et juridique ont-elles un sens historiquement?

Jean SÉVILLIA. - Sur le plan juridique, la première définition du crime contre l'humanité a été donnée en 1945 par l'article 6 de la Charte de Londres qui instituait le Tribunal militaire international, instance qui allait juger les chefs nazis à Nuremberg. Étaient visés «l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain inspirés par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisés en exécution d'un plan concerté à l'encontre d'un groupe de population civile». D'autres textes affineront la définition, comme le statut de Rome créant la Cour pénale internationale, en 1998, sans en changer l'esprit. Or la colonisation est le fait de peupler un pays de colons, de le transformer en colonie, voire, nous dit le dictionnaire le Robert, de procéder à son «exploitation» afin de le «mettre en valeur».

La présence française en Algérie a duré un siècle, avec ses échecs, ses pages grises, mais aussi ses réussites, ses motifs de fierté.

Historiquement parlant, à l'évidence, la colonisation suppose un rapport de domination du colonisateur envers le colonisé, variable en intensité et en durée selon les lieux où elle s'est déroulée, mais elle n'a pas pour but d'exterminer les colonisés, ce qui, sans parler de l'aspect moral, n'aurait même pas été de l'intérêt matériel du colonisateur. Parfois, dans les périodes d'installation du colonisateur, et cela a été le cas, en Algérie, la colonisation est passée par une guerre de conquête, avec son lot de violences inhérentes à toute guerre. Les travaux d'historiens comme Jacques Frémeaux ou le regretté Daniel Lefeuvre nous ont cependant appris à contextualiser les méthodes d'alors de l'armée française, une armée qui sortait des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, et ont montré qu'Abd el-Kader n'était pas non plus un enfant de chœur quand il combattait les Français. Mais cent trente années de présence française en Algérie ne se résument ni à la guerre de conquête des années 1840 ni à la guerre d'indépendance des années 1950. Il y a un immense entre-deux qui a duré un siècle, avec ses échecs, ses pages grises, mais aussi ses réussites, ses motifs de fierté.

Dans les événements tragiques de la fin de l'Algérie française, des Européens d'Algérie ou des musulmans fidèles à la France ont été victimes d'actes constitutifs du crime contre l'humanité.

Qualifier la colonisation d'acte de barbarie ou de crime contre l'humanité est un non-sens historique, un jugement sommaire, manichéen, qui passe sous silence la part positive de l'Algérie française, celle qui a conduit des Algériens musulmans à croire à la France et à s'engager pour elle. L'histoire a pour but de faire la vérité et non de jeter de l'huile sur le feu, mais, s'agissant de «barbarie», on pourrait rappeler que, dans les événements tragiques de la fin de l'Algérie française, des Européens d'Algérie ou des musulmans fidèles à la France ont été victimes d'actes aujourd'hui constitutifs du crime contre l'humanité. Si on veut vraiment faire de l'histoire, il faut tout mettre à plat.

Dans cet entretien, Emmanuel Macron est revenu sur ses propos parus dans Le Point en novembre 2016 qui ont été «sortis de leur contexte», notamment quand il évoquait les «éléments de civilisation» apportés par la colonisation française. Comment comprenez-vous cette expression d'«éléments de civilisation»?

Européens et Arabes étant mêlés sur les bancs des écoles au moment où, dans maints États américains, la ségrégation sévissait encore entre Blancs et Noirs.

Je suppose qu'Emmanuel Macron faisait alors allusion, par exemple, à l'œuvre d'enseignement menée par la France en Algérie, certes avec retard, un retard dû à l'impéritie de la IIIe puis de la IVe République. En 1960, 38% des garçons musulmans et 23% des filles fréquentaient l'école, pourcentage qui était supérieur à Alger où 75% des garçons musulmans et 50% des filles étaient scolarisés, Européens et Arabes étant mêlés sur les bancs des écoles au moment où, dans maints États américains, la ségrégation sévissait encore entre Blancs et Noirs. Peut-être l'ancien ministre faisait-il encore allusion à la médecine coloniale. L'École de médecine d'Alger a été fondée moins de trente ans après la conquête. En 1860, le taux de mortalité infantile pouvait atteindre les 30 % dans la population algérienne. En 1954, il sera descendu à 13 %, pourcentage certes trop élevé, mais qui témoignait quand même d'un progrès. C'est à Constantine, en 1860, qu'Alphonse Laveran a identifié l'agent du paludisme, ce qui lui vaudra le prix Nobel de médecine en 1907. À l'école ou à l'hôpital, où était le crime contre l'humanité dans l'Algérie française?

Ajoutant que l'on ne construit rien sur «la culture de la culpabilisation», l'ancien ministre de l'Économie précise aujourd'hui: «La France a installé les droits de l'Homme en Algérie, mais elle a oublié de les lire». Ne peut-il pas ainsi réconcilier l'opposition entre les partisans de l'excuse et les critiques de la repentance?

Emmanuel Macron, spécialiste du rien-disant destiné à contenter tout le monde afin d'attirer un maximum de voix...

Il est certain que défendre un minimum l'œuvre française en Algérie tout en flattant un maximum les contempteurs de la colonisation française est un exercice qui demande de la souplesse. Mais je laisse les commentateurs de l'actualité analyser les balancements contraires d'Emmanuel Macron, spécialiste du rien-disant destiné à contenter tout le monde afin d'attirer un maximum de voix. Je rappellerai seulement que l'histoire électorale française, depuis un siècle et demi, a vu régulièrement surgir du paysage politique des personnages de ce type et jouer les hommes providentiels dont de braves citoyens attendaient tout. La société du spectacle y ajoute une dimension où il faut avoir la gueule de l'emploi: être jeune et beau. Ce sont des phénomènes sans enracinement dans la société, et par-là éphémères.

Comment expliquez-vous que la «colonisation» suscite encore aujourd'hui un tel débat dans l'opinion publique? Est-ce le signe de la crise identitaire que traverse le pays?

On pourra regarder en face l'histoire de la présence française en Algérie le jour où l'opprobre ne sera plus jeté sur les Européens d'Algérie et les harkis, et leurs descendants.

L'opinion me paraît plutôt indifférente à la question: déjà, dans les années 1950-1960, elle était de plus en plus hostile à l'Algérie française qui exigeait des sacrifices que plus personne n'avait envie de supporter. Mais en France, l'esprit de repentance permet à certains réseaux d'attiser la détestation de notre passé, phénomène de haine de soi qui conduit à dissocier la nation. Et en Algérie, la dénonciation de la colonisation française cela fait partie des fondamentaux du pouvoir actuel qui s'est construit sur toute une mythologie autour de la guerre d'indépendance. Le drame nous revient en ricochet par les jeunes Français d'origine maghrébine qui ont été élevés avec l'idée que la France aurait commis des crimes à l'égard de leurs aïeux. Comment pourraient-ils aimer la France dans ces conditions, comment pourraient-ils se reconnaître dans notre passé? C'est un chemin difficile mais il n'y en a pas d'autre: il faut faire toute la vérité sur la relation franco-algérienne à travers la durée et à travers la multiplicité de ses facettes. On pourra regarder en face l'histoire de la présence française en Algérie dans sa totalité le jour où l'opprobre ne sera plus jeté par principe sur les Européens d'Algérie et les harkis, et leurs descendants.

 

02:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

l,histoire de la France avec ses hauts et ses bas nous l,assumons avec fierté , et les grincheux et bien qu,ils aillent se faire . . .!!
salutations.

Écrit par : parvus | 17/02/2017

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Après l'indépendance de l'Algérie (il y a 55 ans!), il fallait trancher net toute relation avec ce pays et le considérer comme un pays étranger hostile, avec comme conséquence première, l'interdiction de notre territoire à ses ressortissants. On a fait exactement le contraire et on continue, comme si le cordon ombilical n'avait jamais été coupé ! La repentance fait partie intégrante de cette attitude.
La seule reconnaissance que le pays doit est celle vis à vis de ses enfants, Pieds Noirs et harkis.
Quant aux "jeunes Français d'origine maghrébine", nous ne leur devons rien et ils nous doivent tout. Nous n'avons pas à nous justifier pour nous faire aimer. S'ils veulent avoir un pays à aimer, il y en a un grand de l'autre côté de la Méditerranée, celui de leurs ancêtres. On ne les retiendra pas !

Écrit par : dirk | 17/02/2017

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J ' ai écouté le discours de Toulon du serpent Macron, que nous devons écraser et que nous écraserons, pour mesurer le niveau de haine qu ' il éprouve à l ' égard de tout ce qui n ' est pas de sa secte bolchevique.
Il a d ' abord accusé le FN d ' avoir empêché ses partisans d ' entrer dans la salle du meeting. C'est faux.
Puis il l ' a accusé de ne pas vouloir respecter la liberté d ' expression des autres et la démocratie. Or le FN s ' est contenté de manifester, il n ' a pas voulu interdire son meeting.
Le FN subit depuis des décennies des tentatives physiques et juridiques de faire interdire ces meeetings ou ces conférences, encore récemment plusieurs de ses conférences ont été annulées, hier des manifestants ont tenté de troubler son meeting. Macron ne s ' en offusque pas. Mais accuse le FN d ' être totalitaire, d ' être " haineux " alors que le FN ne s ' est jamais opposé physiquement ou juridiquement à la tenue des meeetings des autres.
Le discours de Macron a été d ' une vacuité sidérante.
Et d ' une sournoiserie encore plus sidérante sur l'affaire de ses déclarations en Algérie.
Il a encore répété que la colonisation a été un crime contre " l ' humain ", une barbarie que nous devrions reconnaître et, il me semble, a dit ou a fait dire par l ' un de ses porte - parole que la notion juridique de crime contre l ' humanité s ' étant élargie, cette notion pouvait s ' appliquer à la colonisation. Il est bien dans une démarche de tentative de racket de la France au bénéfice de l ' Algérie.
Son jugement public sur la colonisation est absurde pour les raisons que l ' on sait, qui sont exposées ici et ailleurs.
Il découle de sa volonté de culpabiliser les Français afin de leur faire accepter leur remplacement par des populations maghrébines.
Il découle aussi de sa tentative de mettre la barbarie et la délinquance des racailles des banlieues sur le dos de la colonisation. Alors qu'il n'y a évidemment aucun rapport.
Macron a fait mine d ' être ému aux larmes et a consenti, par force, à évoquer en 2 secondes la barbarie des " autres " ( autres qu' il n 'a pas désignés bien évidemment, seuls les Français peuvent être désignés lorsqu'il s'agit de dénoncer leurs crimes ou supposés crimes) .
Les pieds noirs n ' ont jamais commis les atrocités que les algériens ont commises. Là encore la comparaison opérée par Macron est ignoble.
Il a évoqué des contradicteurs " passionnés ", autrement dit leur indignation est à mettre sur le compte d ' un aveuglement émotionnel, elle n ' a aucune légitimité raisonnable. .
Et a parlé de leur " haine " que le FN a" exploitée", en tant que " marchand de haine " ( sic) . Et voilà Macron se trahit: les personnes sur lesquelles il a feint de s 'apitoyer pendant quelques minutes sont mus par la " haine ".
Puis pour clore son sketch, il a dit " je vous ai compris, je vous aime " ( formule qui peut correspondre à une provocation) " parce que la République doit aimer tout le monde ", autrement dit, je ne vous aime pas, vous êtes des fachos, et c'est bien par force - République oblige - que je suis contraint de dire que je vous aime. Là c'est la provocation ultime.
Et dans le minable encore plus minable il a fait dire par l ' un de ses porte - parole que les Harkis étaient " instrumentalisés " par le FN, autrement dit il a" ramené" les Harkis à leur condition d 'arabes tentant ainsi de faire naître la discorde entre Harkis d ' un côté et pieds noirs et FN de l ' autre sur une base raciale. Car un Harki ne peut être que du côté des assassins du FLN et des gauchistes, voilà le message subliminal ignoble contenu dans cette déclaration.
Si cette ordure est élue président de la République, préparons - nous aux pires atrocités qu' il va commander contre les autochtones notamment par la pression fiscale, l ' explosion de l ' immigration et la répression juridique.
A propos de la colonisation, on pourrait lui demander pourquoi en tant que mondialiste il la réprouve puisqu'il est pour le mélange des hommes et des cultures et qu ' il l'a fait subir aux peuples européens.

Écrit par : anonyme | 19/02/2017

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