Docteur en histoire
 
 
 
 

En ces temps iconoclastes où se multiplient les réclamations fanatiques des militants d’un antiracisme aux relents de racisme inversé, pour déboulonner les statues du général Lee ou de Christophe Colomb, déprogrammer Autant en emporte le vent ou dévisser les plaques des rues Colbert en France, il faut s’interroger sur le bien-fondé du maintien d’une place Richard-de-Coudenhove-Kalergi, dans le 16e arrondissement de Paris.

Le comte Richard de Coudenhove-Kalergi, célébré pour avoir créé le mouvement Paneurope, en 1926, est moins connu pour avoir tenté de définir le futur en fonction de facteurs héréditaires et raciaux. Il publia, en 1925, Praktischer Idealismus, une réflexion sur l’Europe métissée qu’il appelait de ses vœux. Très curieusement, la même année, Hitler publiait Mein Kampf, une conception inversée du futur. La hiérarchie raciale imaginée par le second s’opposait au nivellement ethnique prôné par le premier. Racisme et antiracisme, les deux faces d’une même obsession racialiste, étaient pour la première fois politiquement théorisés.

Visionnaire, Coudenhove-Kalergi imaginait l’Europe peuplée par une « race négroïdo-eurasienne, d’apparence semblable à celle de l’Égypte ancienne » qui « remplacera la multiplicité des peuples par une multiplicité des personnalités ». Non par progressisme, mais pour servir le pouvoir car, estimait-il, empli de préjugés, « les métis [qui] allient souvent l’absence de caractère, l’absence d’inhibitions, la faiblesse de la volonté, l’inconstance, l’impiété et l’infidélité » sont faciles à dominer.

 

Né d’un père autrichien et d’une mère japonaise, issus de milieux aristocratiques, il était un mélange de chevalier chrétien et de samouraï. Il admirait Mussolini et imaginait un futur dans lequel une caste oligarchique « purifiée de tous ses éléments faibles en volonté et pauvres en esprit » formerait une nouvelle aristocratie, car « le socialisme qui a commencé par l’abolition de la noblesse et par le nivellement de l’humanité culminera dans la production de la noblesse ».

 

Métis, à une époque et dans un milieu où cela pouvait être difficile à vivre, Coudenhove-Kalergi a pu résoudre quelques problématiques psychologiques personnelles en rédigeant un texte paraissant programmatique aujourd’hui. La politique migratoire d’Angela Merkel – récipiendaire du prix Coudenhove-Kalergi, qui récompense les artisans du multiculturalisme -, l’absence de réactions des États face à la réalité invasive, la propagande qui la favorise et le droit qui l’encourage, la complicité des ONG et les financements de George Soros pourraient le laisser craindre aux plus paranos d’entre nous.

Le sain métissage par attraction naturelle entre deux parties consentantes devient une arme lorsqu’il est instrumentalisé pour d’obscures finalités. Richard de Coudenhove-Kalergi, qui semble bien être le théoricien de la politique racialiste mise en œuvre sous nos yeux, mérite-t-il plus que Colbert une place à son nom ?

BV