Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/06/2008

L'Obamania dans les banlieues

1482568460.gif

SAFIA, étudiante en Seine-Saint-Denis:

«S'il gagne, je vais là-bas. Direct ! ». Comme Bakary, jeune travailleur social à Paris, Nabil, Dina, Safia, Hervé Kir-Din... ont le regard tourné vers l'Amérique et le duel Hillary Clinton-Barack Obama.

Le sénateur afro-américain est le nouveau « kif » de ces lycéens ou étudiants d'Aubervilliers, de Villetaneuse ou de Paris. A l'initiative de Jean-Claude Tchicaya, professeur dans les lycées de Seine-Saint-Denis et président de l'association Devoirs de mémoire, ces jeunes de banlieue âgés pour la plupart d'une vingtaine d'années se sont rencontrés jeudi soir à l'université de Saint-Denis pour échanger sur la primaire démocrate.

Le coude-à-coude avec Clinton, ils le suivent dans les médias français évidemment. « Après chaque victoire du sénateur Obama, les commentaires vont bon train dans la cour du lycée », assure Tchicaya. Comme Nabil, étudiant en histoire, le besoin d'en savoir plus les amène à surfer assidûment sur le Net. « J'ai même téléchargé la profession de foi des candidats », dit-il. Membre des Braves garçons d'Afrique, une association parisienne portée sur les questions d'identité, Bakary suit la campagne en téléphonant aux « potes de Washington ». « Ce qui se passe là-bas est dingue, les jeunes s'inscrivent massivement sur les listes électorales. Obama fait vraiment souffler le vent du changement », assure Bakary.

« Il prouve que l'on peut réussir même quand on est issu d'un milieu modeste »

La percée du sénateur afro-américain a sur ces jeunes un effet miroir. La « success story » d'Obama, passé dans les écoles publiques américaines avant de devenir avocat puis homme politique, fascine. « Il n'a pas eu une enfance dorée et le voilà presque en course pour la Maison-Blanche... Obama prouve que l'on peut réussir même quand on est issu d'un milieu modeste », remarque Dina, une timide lycéenne. Le fameux « rêve américain »... De « Friends » au « Prince de Bel-Air », tous ces accrocs de séries TV made in USA « adorent l'Amérique bling-bling ». « Là-bas, tu peux passer ton permis à 16 ans... », rigole un jeune. « C'est aussi le pays qui envenime le conflit israélo-palestinien », corrige un jeune Black, vêtu d'un T-shirt « African Power ». Une société « très inégalitaire » mais qui s'apprête quand même « à tourner une page sur sa propre histoire ».

Bonnet sur la tête, Dan fait son petit cours : « dire qu'il y a à peine quarante ans en Amérique, un Noir ne pouvait pas s'asseoir à côté d'un Blanc dans les bus... Aujourd'hui, un métis pourrait devenir président de la première puissance mondiale. Quelle leçon ! » Notamment pour la France. Bakary brandit le journal « l'Equipe » qui publie les photos des 23 sélectionnés de l'équipe de France pour l'Euro de foot : « Ah si seulement, on pouvait avoir un gouvernement ou une Assemblée nationale qui s'en inspirent un peu plus ! » « Mais c'est quand même deux Blacks (NDLR : l'ancien et l'actuelle secrétaire d'Etat américains Colin Powell et Condoleeza Rice) qui ont envoyé des marines en Irak. Si j'étais américain je ne voterais pas Obama parce qu'il est noir mais pour son projet », coupe Kir-Din .

Avant de se quitter, un petit vote s'organise : les 14 présents estiment à l'unanimité qu'Obama va remporter son match face à Clinton. Et pour la Maison-Blanche ? « L'Amérique reste l'Amérique. Voter pour un président noir est encore impossible... », lâche Kir-Din. Et s'il venait à gagner, ils ont prévu de lui envoyer... un gilet pare-balles. Car « il se fera descendre », comme un Martin Luther King. Mais quelque soit le résultat, la percée du sénateur aura des résonances en France. « Les Français issus de l'immigration peuvent enfin se dire Pourquoi pas moi ? Pour nous, il est l'espoir », glisse Safia. Et Bakary, d'origine malienne, de conclure : « Mon grand-père a combattu dans l'armée française, mon père a construit des immeubles... Un jour, peut-être, mon petit-fils verra un Obama "gaulois"( français!) à l'Elysée. »

(Le Parisien - 01 juin 2008)