Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/04/2008

Le "kow tow" de la France sarközienne

(De Pékin) J'ai assisté lundi soir à Pékin, à la représentation d'un ballet franco-chinois intitulé "In the mood for love", comme le célèbre film. Mais entre la France et la Chine, l'ambiance n'est assurément pas à l'amour, elle serait plutôt au désamour.

Parmi tous les pays qui ont critiqué la Chine après les incidents du Tibet, la France est particulièrement montrée du doigt, d'abord parce que c'est à Paris que la flamme olympique a été la plus malmenée. Et que la France avait été placée sur un piédestal par la politique suivie par Paris, de De Gaulle à Jacques Chirac. La réaction outrancière d'une frange nationaliste de l'opinion, tolérée jusqu'à une limite par le pouvoir chinois, est à la mesure de cette désillusion.

Mais il y a un vaste malentendu dans ce désamour. Les Chinois des villes, ceux que l'on rencontre, que l'on entend, ont le sentiment de vivre dans un pays qui a connu d'immenses progrès, et qui sera l'une, voire LA puissance du XXIe siècle. Ils en sont fiers, après un siècle et demi d'échecs et d'impuissance. Tant que le parti communiste leur assure cette croissance et ce regain de statut, il aura l'appui de la nouvelle classe urbaine.

Or l'image que leur renvoient les manifestants occidentaux, est celle de leur arrière cour, tout aussi réelle, mais qu'ils veulent oublier: celle de l'oppression des Tibétains, de la peine de mort à tout va, de l'absence d'Etat de droit ou de l'exploitation de la main d'oeuvre. Ils refusent de s'y reconnaître, et, encouragés par le parti communiste, défendent leur rêve chinois écorné par les étrangers. Un dialogue impossible tant que chacun n'intègrera pas la part de vérité de l'autre.

Ce qui a distingué la France, aussi, c'est l'hésitation de ses gouvernants, qui ont semblé ballotés entre les différentes sensibilités, les réactions de l'opinion, et les brusques inflexions. Les Chinois n'ont toujours pas compris où se situe Paris, pourquoi Nicolas Sarkozy viendra ou ne viendra pas à la cérémonie d'ouverture des JO. La France est-elle une amie, s'est publiquement interrogée la porte parole chinoise.

Les gestes actuels, comme l'invitation faite à l'athlète chinoise Jin Jing bousculée à Paris et devenue le symbole de cette crise, ou encore les messages d'amitié amenés par des émissaires de haut rang, permettront peut-être de faire baisser la tension. Mais le mal est fait, et personne n'est dupe. "La France revient à la raison", écrit mardi le quotidien officiel China daily, réflétant le sentiment de victoire de Pékin. Les émissaires français viennent faire ce qu'on appelait à l'époque impériale le kow tow, la courbette devant l'empereur, un acte d'allégeance pour se faire pardonner.

Cette crise reflète l'absence de politique chinoise claire, au-delà de la volonté de gagner des contrats. Comment gérer l'émergence d'une puissance majeure qui ne joue pas la même règle du jeu que nous? Comment défendre ses valeurs sans s'aliéner un pays aussi puissant? Il n'y a pas de réponse facile à ces questions, et c'est à chaud qu'il faut y répondre. En attendant, la facture politique est déjà lourde.