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20/04/2008

Les "clandestins": quelle comédie!

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Le mouvement de grève des travailleurs clandestins s'amplifie en Ile-de-France. Plus d'une dizaine de restaurants et d'entreprises sont touchés. Hier midi, neuf salariés ont fait irruption au Café de la Jatte, très prisé par le président de la République.

Il n'est pas tout à fait midi et neuf salariés sans papiers viennent d'investir la grande salle du très select Café de la Jatte à Neuilly (Hauts-de-Seine). Drapeaux à l'effigie de la CGT, banderoles réclamant la « régularisation de tous les sans-papiers » côtoient la déco plutôt minimaliste de ce restaurant huppé.

Caméras des télévisions et micros des radios sillonnent également la salle. De quoi désarçonner les clients venus réserver une table qui, après un moment d'hésitation, tournent les talons.

« Quoi qu'il en dise, le patron s'en doute »

C'est la dernière occupation en date dans le cadre de la grève des sans-papiers, lancée par la CGT et l'association Droits devant ! Jean-Claude Amara, porte-parole de l'association, a expliqué aux convives que le mouvement s'était étendu « dans 14 lieux en Ile-de-France et par 537 travailleurs sans papiers ».

Le choix de l'établissement ne doit rien au hasard. Le Café de la Jatte est, comme son nom l'indique, niché en plein coeur de l'île de la Jatte, à un jet de pierre de l'immeuble où résidait, il y a encore deux ans... Nicolas Sarközy. « On l'a souvent vu ici. On a du beau monde : pas mal de politiques comme Pasqua par exemple », confie Moussa Sacko, Malien sans papiers, qui officie dans les cuisines depuis 2005, après avoir travaillé au Royal Monceau à Paris ou dans des grands hôtels de la Côte d'Azur.

Préparé dans le plus grand secret, leur mouvement a pris tout le monde de court. A commencer par Luc Peyronnel, le propriétaire des lieux, qui habite juste au-dessus. Réveillé en sursaut, il s'est précipité dans le restaurant : « Je ne savais pas que vous étiez sans papiers. Vous m'avez toujours présenté des documents en règle. Je les ai fait vérifier par la police. En fait, ça fait dix ans que vous me mentez ? » demande-t-il. Pas de quoi désarçonner Moussa, Youssouf et les autres travailleurs illégaux. « Je me suis fait engager avec les papiers de mon grand frère. Je n'ai même pas changé la photo. Tout le monde se débrouille comme ça », rigole Sarr Abramane, qui travaille au Café de la Jatte depuis 1994, pour un salaire de 1 500 € par mois « Quoi qu'il en dise, le patron s'en doute », précise-t-il.

Si, comme ses collègues, il a décidé de dénoncer cette situation, c'est à la suite de la victoire des sans-papiers du restaurant de la Grande Armée, régularisés en février après des semaines de grève. « Je cotise, mais quand j'ai été malade, je n'ai pas pu me mettre en arrêt maladie parce que je n'ai pas de papiers. Cette année, j'ai aussi payé 2 150 d'impôt. Maintenant, je voudrais être régularisé », renchérit Souleymane Haidara, qui a quitté le Mali en 1990.

« Je suis d'accord pour que vous vous mettiez en grève, mais vous ne pourriez pas juste porter un brassard et continuer à travailler ? » s'interroge Gilles Caussade, le copropriétaire du restaurant, une pointe d'angoisse dans la voix. Son associé, Luc Peyronnel, accepte, sous la pression de l'association Droits devants ! de lancer un appel à Nicolas Sarközy : « Monsieur le président, vous qui connaissez cet endroit, régularisez les sans-papiers », lâche-t-il un brin exaspéré. Il finit par signer la pétition de la CGT et assure qu'il va faire une demande pour régulariser ses employés. Un premier pas. Mais les grévistes ont la ferme intention de continuer à occuper les lieux.