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Le Livre blanc commenté par le groupe "Surcouf"

Groupe armée Surcouf 18 juin 08.jpg
Des officiers  avec le ministre Hervé Morin, le 18 juin 2008: un putsch n'est pas pour demain!

Un groupe d'officiers généraux et supérieurs des trois armées terre, air, mer , "tenu à l'anonymat", commente le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale présenté le 17 juin par le président de la République.

"Plusieurs points positifs sont à relever : le principe du resserrement des implantations (dont il faudra attendre la mise en œuvre, les militaires étant habitués à ce que les logiques politiques locales prévalent, ce qui est le cas depuis plus de vingt ans). L'insistance mise sur la protection «interne» de la nation elle-même, en termes d'organisation centrale et de contrat opérationnel. La revalorisation des fonctions de renseignement.

Pour le reste, le modèle d'analyse présenté par le livre blanc est à notre sens déficient et, davantage, marqué par un certain amateurisme. Le livre blanc souffre en effet d'une quadruple incohérence.

Incohérence, tout d'abord, par rapport à l'évolution générale des crises et des réponses généralement adoptées dans le monde. Alors que les crises se multiplient et se superposent sans se résoudre, l'Europe en général et la France en particulier diminuent leur effort de défense au moment même où chacun les augmente (les dépenses militaires mondiales ont progressé de 45 % en dix ans). On ne peut certes nier la crise budgétaire. Au moins devrait-elle donner lieu à une analyse «priorisante» des arbitrages, entre la défense et les autres budgets, et à l'intérieur du budget de la défense. Le livre blanc n'en fournit pas l'armature conceptuelle, puisqu'au titre des menaces il retient à la fois l'attentat terroriste, la guerre de haute intensité, le désordre dans le tiers-monde et la pandémie grippale.

Incohérence, ensuite, par rapport à l'évolution de la «conflictualité», le paradigme de la «guerre industrielle» (entre arsenaux étatiques) ayant été remplacé par celui de la «guerre bâtarde», le plus souvent «au sein des populations». Ce dernier exige à la fois des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée, une réorientation des programmes en conséquence. Ces choix ont été faits par les Britanniques voici plus de cinq ans. Nous en sommes, nous, à la diminution des effectifs de l'armée de terre et au «report» de la décision de construire le deuxième porte-avions, qui signe une rupture capacitaire majeure. Notre incapacité à sortir de la «réduction homothétique», faute d'une véritable analyse que le livre blanc ne fournit pas, conduit le modèle 2008 à n'être que la version dégradée du modèle 1996, lui-même version amoindrie du modèle 1989. Autant dire qu'aucun choix sérieux, hors celui, purement budgétaire, d'une réduction proportionnelle, n'aura été fait depuis vingt ans. Sous ce rapport, la nouvelle orientation en faveur du satellitaire ou la création d'un «commandement interarmées de l'espace» font figure de gadgets, lorsqu'on connaît les besoins réels et actuels des armées. Non que de telles mesures soient en elles-mêmes absurdes. Mais elles ne pourraient valoir que si elles procédaient d'une véritable analyse doctrinale et pratique de la «conflictualité», fondée sur les exemples nombreux que présente l'actualité, du Proche-Orient à l'Asie centrale. Cette analyse est absente du livre blanc. Les «avancées» qu'il présente (satellites, etc.) ressemblent à des lubies parce qu'elles ne sont pas sérieusement argumentées en termes d'arbitrage (alors qu'on voit les intérêts industriels qu'elles servent). Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées, à peine compensée par d'hypothétiques innovations technologiques et organisationnelles : il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire.

Incohérence, en troisième lieu, par rapport à la volonté politique affichée à juste titre par le chef de l'État. Nous revenons dans l'Otan, avec une capacité militaire affaiblie, et tout en y revendiquant des postes de commandement. Nous prétendons faire de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) un dossier majeur du renforcement de la défense européenne sous présidence française, et nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne. Mais surtout, nous abandonnons aux Britanniques le leadership militaire européen, alors que nous connaissons la nature particulière de leurs relations avec les États-Unis. La France jouera désormais dans la division de l'Italie. Il est inutile de se payer de mots.

Incohérence, en quatrième lieu, par rapport à la seule certitude que nous ayons : celle de nous engager vingt fois en Afrique dans les années qui viennent, pour y éviter des catastrophes humanitaires ou assurer l'évacuation de nos ressortissants. Si nous pouvons le faire aujourd'hui, c'est parce que notre réseau de bases nous confère une efficacité d'autant plus unique que l'ensemble des pays africains refuse le déploiement de l'US african command (commandement américain en Afrique) sur le sol africain. Pour gagner, et ceci est révélateur de la méthode retenue, 3 000 postes budgétaires, nous affaiblissons de manière définitive notre positionnement, avec ce paradoxe que nos abandons vont conduire mécaniquement à un accroissement du nombre de crises que nous ne pourrons plus prévenir et dans lesquelles nous ne pourrons intervenir qu'à un coût incomparablement plus élevé. En contrepartie, les structures administratives intermédiaires des états-majors n'ont pas été touchées par l'exercice RGPP, alors qu'elles représentaient un gisement d'économies d'au moins le double. Quant aux «bases de défense», il ne s'agira, faute de crédits budgétaires pour de vrais investissements d'infrastructure, que de circonscriptions administratives de mutualisation de certaines dépenses mineures (habillement, restauration, etc.), entraînant simplement la création d'un maillage administratif supplémentaire. La mise en regard de ces deux éléments permet de mesurer le caractère de trompe-l'œil des mesures présentées ces jours-ci.

Le propos de cet article n'est pas de présenter le modèle qu'une réflexion plus avisée, et plus conforme aux volontés du chef de l'État, aurait permis d'élaborer. Nous voulons simplement souligner qu'une grande dépense d'énergie intellectuelle a simplement abouti à une réduction homothétique du format des armées. Au mieux, nous serons mieux renseignés, mais nous pourrons moins agir. Il eût fallu, au contraire, mieux définir les ambitions militaires de la France, puis ses priorités géostratégiques, y compris en termes concrets, en désignant les théâtres utiles ; en déduire un modèle pour notre armée et ses équipements, sans se refuser à porter le fer dans l'organisation militaire ou dans celle de la DGA ; ne pas s'illusionner sur les bénéfices à attendre de la «mutualisation des soutiens», dans un domaine où l'expérience (notamment britannique) enseigne qu'elle ne peut concerner que des secteurs de second ordre, la «logique de milieu» continuant de gouverner l'entretien des équipements majeurs. Pour ne l'avoir pas fait, les autorités de la défense ont laissé passer l'occasion historique que leur présentaient les circonstances et que justifiaient les ambitions du chef de l'État. Le reste est affaire de communication politique, qui ne saurait masquer la réalité d'un véritable déclassement militaire de notre pays, dans un monde bien plus dangereux qu'hier."

Ecrit par le groupe "Surcouf" (Source: Le Figaro - 19 juin 2008)

Qui sont les officiers du groupe "Surcouf"? Pourquoi tiennent-ils tant à leur anonymat? Qu'ils parlent tout haut à visage découvert puisqu'il s'agit de la défense de la Nation. D'autres l'ont fait avant eux!

Commentaires

  • Et si les militaires refusaient de défiler pour le 14 juillet, cela marquerait certainement l'opinion publique!
    Reste à voir si Sarközy oserait tous les virer!

    Autre sujet militaire: En Afghanistan nous n'étions pas sensés aller dans le sud (zone la plus dangereuse), mais les militaires afghans que les français soutiennent vont partir pour le sud. Les troupes françaises vont-elles les y accompagner? (le mieux eût été de ne pas aller en Afghanistan du tout)

    Source "THEATRUM BELLI" :
    http://theatrumbelli.hautetfort.com/archive/2008/06/18/la-france-hesite-a-s-exposer-dans-le-sud-afghan.html#more

  • C'est Salammbô...
    Comme la Carthage commerçante qui méprise ses défenseurs, la France mercantile du Sarközy méprise les siens. Elle risque de connaître le même sort.

  • Très juste remarque, Stéphane D. ! Merci!

  • autrefois la défense nationale reposait principalement sur une jeunesse de conscrits à qui on avait appris le maniement des armes . aujourdhui notre défense repose sur moinsde 300 000 hommes dotés d'un matériel usagé .
    Il y a dans les cités plus de 300 000 jeunes hommes prets au pillage et à l'émeute et sans vergogne

  • Je sais qui sont ces gens là. Ils ont plusieurs grands magasins où ils vendent des ordinateurs et du matériel informatique. Certains magasins sont en sous-sol car il n'y avait plus de place au rez-de-chaussée. Ils ne sont pas fous ces militaires, ils ont su prendre le train du libéralisme en marche !

  • Bonne analyse de ces militaires, mais qui ignore les deux objectifs donnés à notre armée :
    1. La lutte sur internet pour museler la liberté de penser et d’opinion,
    2. fournir des supplétifs à l’armée mondialiste (OTAN, …).

  • depuis le putsch de généraux les militaires préfèrent parler dans l'ombre. D'autant plus que cooptés et "logés" ils connaissent parfaitement les dessous du système.
    C'est aussi un signe de société, les gens sont (encore) prêts à sacrifier leur vie pour leur pays mais pas à tout perdre sur une seule phrase. Si la liberté d'opinion était garantie, on peut être sûrs que le débat serait plus animé et plus constructif. l'État a fait le choix de la censure tant pis pour lui et tant pis pour les Français qui réélisent ces guignols depuis 1958.
    Ceci étant l'analyse de ce groupe est parfaitement pertinente, ce livre blanc c'est vraiment du gadget, du sarkozisme à l'état pur.

  • @ Paul-Emic: je pense comme toi: du sarközysme à l'état pur, gadgets et amateurisme. mais combien de Français s'en préoccupent, ont conscience que l'Armée est réduite comme peau de chagrin, que nous n'avons plus que de vieilles pétoires et un SEUL porte-avions nucléaire? - Nous devenons ridicules... Et dans l'OTAN, nous serons méprisés! - Mais Sarközy obéit d'abord à ses maîtres...
    Et si les Français ne comprennent rien... ne pensent qu'à leurs petites vacances... - Et demain soir, Fête de la Musique! Roselyne Bachelot fait distribuer un million de préservatifs: elle pense à tout, cette femme!
    Au fond, les gens sont contents, battus, cocus et contents. Seulement 2% de la population doivent se rendre compte de la triste situation de la France. De son humiliation voulue.

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