Les violences urbaines commises dimanche en Grèce après la mort d'un adolescent tué par la police illustrent la combativité et la capacité d'organisation de la mouvance anarchiste active dans les principales villes du pays.
Comptant selon les estimations de 2.000 à 3.000 personnes, la mouvance anarchiste est coutumière en Grèce de ce genre d'actions, qui émaillent régulièrement les manifestations étudiantes ou les grands rassemblements syndicaux, souligne le criminologue Ioannis Panoussis.
"Il y a un mécanisme bien rodé en place", dont la rapidité de réaction a beaucoup gagné avec internet et les téléphones portables, estime-t-il, mais "cette fois, c'est parce qu'il y a eu rencontre avec une colère "spontanée" de la jeunesse que les incidents ont pris une telle ampleur".
Lundi, l'ensemble des médias estimait que les autorités avaient fait le mauvais choix, en choisissant dans un premier temps de ne pas faire intervenir les forces de l'ordre, laissant le champ libre aux casseurs.
Pour M. Panoussis, cette option "reflète la tolérance dont l'activisme anarchiste ou d'extrême-gauche semble souvent jouir en Grèce, alors qu'il est tenu pour responsable depuis des années de fréquents petits attentats incendiaires contre des cibles publiques, diplomatiques et économiques".
"Les autorités entendent prévenir ainsi plus de radicalisation", dans un pays où la jeunesse reste très politisée, et où la méfiance envers les représentants de l'ordre reste forte, héritée d'une histoire qui a vu se succéder les régimes autoritaires jusqu'à la dictature des Colonels (1967-74), estime M. Panoussis.
En dépit du démantèlement en 2002 et 2003 des deux groupes historiques, actifs depuis le retour de la démocratie, le terrorisme d'extrême-gauche reste d'actualité dans le pays. Le groupe Lutte révolutionnaire, considéré comme le plus dangereux, a été inscrit sur la liste des organisations terroristes par l'Union Européenne après huit attentats à Athènes depuis 2003, dont l'un à la roquette contre l'ambassade des Etats-Unis en janvier 2007.
Face à cette menace, comme à la violence de rue, les experts grecs et étrangers mettent souvent en cause un manque d'efficacité policière, fruit d'une formation insuffisante, d'une mauvaise planification des opérations et du carcan législatif qui entoure le maintien de l'ordre.
Les forces de l'ordre se sont ainsi vu refuser le droit d'utiliser quelque 300 caméras de surveillance mises en place pour les jeux Olympiques d'Athènes en 2004, mais dédiées depuis au seul contrôle de la circulation automobile.
Par ailleurs, le droit d'asile universitaire qui ne permet aux forces de l'ordre de franchir l'entrée d'une faculté qu'à l'issue d'une procédure exceptionnelle, offre aussi des sanctuaires aux fauteurs de troubles, à Athènes et Salonique, en plein centre-ville.
AFP.08.12.08








