À la marine, l'éviction successive de deux officiers fait grand bruit, et on y évoque une "incompatibilité d'humeur" entre le Président et ses aides de camp marins. D'autant plus étonnante que ces deux hommes avaient été choisis par leur état-major pour leurs qualités professionnelles et humaines unanimement reconnues. Le premier n'a pas terminé son temps à l'Élysée, et son remplaçant s'est même vu enjoindre en urgence de quitter en cours d'année le Collège interarmées de défense, où il était stagiaire, pour rejoindre la présidence. Las ! Il n'est resté que quelques semaines... Pour un officier de marine connaissant bien cette affaire, il y a eu un "problème de fond". "Ce métier est très particulier, et ce n'est pas celui pour lequel on a été recruté. Mais nos deux camarades n'ont rencontré ni ne rencontreront dans l'avenir, ni l'un ni l'autre, aucun problème de carrière. Nous sommes tous très conscients, comme le commandement, qu'ils ne sont fautifs en rien !"
Une "non-affaire" pour l'Élysée
À l'armée de terre, où l'on s'est fait un immédiat devoir de fournir à la présidence un aide de camp de remplacement, on glisse suavement : "Les marins n'avaient qu'à mettre des gars plus souples !" Un autre officier de l'armée de terre, qui connaît son sujet, explique : "Les marins sont trop bien élevés. Il faut mettre des brutes, avec du poil aux bras. Dans l'armée de terre, l'environnement est moins protecteur. On peut s'adapter à un milieu très dur !" De source proche des officiers évincés, on évoque des aides de camp de Nicolas Sarközy très mobilisés : "Les gars en bavent à mort, ils courent dans tous les sens et se retrouvent vitrifiés par le rythme." Ambiance...
L'affaire est lourde, car le poste d'aide de camp n'a jamais été une sinécure. Dans le passé, le général de Gaulle disposait de trois aides de camp, nombre ramené à deux par Georges Pompidou, la tradition voulant que l'un des deux appartienne à l'armée de terre, et le second alternativement à la marine et à l'armée de l'air. Cette situation est restée inchangée jusqu'à Jacques Chirac. Le rythme de Nicolas Sarkozy étant incomparable avec celui de ses prédécesseurs, la marine a été priée de fournir un troisième homme, pour renforcer l'équipe de manière permanente. Un officier, qui fut lui aussi aide de camp et a conservé des liens avec ses successeurs, évoque un changement profond de la mission, aussi bien dans le style que sur le fond : "Autrefois, et jusqu'à Jacques Chirac, l'aide de camp était un vrai collaborateur du chef de l'État et participait aux réunions de cabinet. Aujourd'hui, il ne fait plus que des plans de prises d'armes, et plus vite que ça ! Quand un militaire est méprisé, il devient un polichinelle en uniforme..."
À l'Élysée, on se refuse à évoquer une quelconque acrimonie à l'égard de la marine. On préfère parler d'une "non-affaire", d'un "non-événement qui agite sans raison une partie de la communauté militaire". C'est tout juste si l'on admet cependant une "légère difficulté d'adaptation à un service particulièrement compliqué, notamment en raison de son rythme très élevé".



