11/12/2012

Michel Slitinsky, à l'origine de l'affaire Papon, est décédé

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(1910-2007)

Figure emblématique de l'affaire Papon, qu'il avait contribué à dévoiler à force de ténacité, l'ancien résistant bordelais et fils d'immigrés juifs ukrainiens Michel Slitinsky s'est éteint samedi 8 décembre 2012 à l'âge de 87 ans.

 

Né en 1925 à Bordeaux de parents juifs originaires d'une petite ville d'Ukraine dont ils ont fui les pogroms tsaristes en 1912, facilement reconnaissable à son épaisse chevelure blanche et à ses larges lunettes, Michel Slitinsky a grandi dans le quartier de Meriadeck où ses parents, qui parlaient l'ukrainien et le yiddish, tenaient un surplus américain. Le 19 octobre 1942, à Bordeaux, il s'échappe par les toits alors que des policiers français étaient venus l'arrêter à son domicile. Il entre en clandestinité, caché par des amis, puis dans la Résistance, des maquis du Puy-de-Dôme et du Cantal jusqu'aux combats en Forêt-Noire (Allemagne).

 

Son père mort à Auschwitz

 

À partir de 1947, Michel Stilinsky entame la quête de sa vie, passant des années dans la poussière des archives à amasser des documents et à ferrailler pour retrouver les responsables de la déportation d'une partie de sa famille : son père Abraham, notamment, arrêté en octobre 1942, est mort à Auschwitz. Sa mère et sa soeur, elles, échapperont à la déportation.

 

Tellement de résistants de la dernière heure

 

Pendant ces années de recherches, les seules attaques reçues sont venues "des milieux de la Résistance", expliquait-il à l'AFP à la veille du procès Papon, en 1997. "Il y en a eu tellement qui ont mis deux fers au feu et sont devenus résistants en août 44. Ils ont voulu se racheter, c'est humain", relatait cet ancien communiste. En 1979, cet ancien directeur commercial (il sera aussi inspecteur du travail et journaliste) découvre les dossiers familiaux des Juifs ayant fait l'objet d'enquêtes administratives ou de police en Gironde, sous l'occupation.

 

L'organigramme de la préfecture découvert par hasard

 

"Dans toute la France, ces dossiers étaient passés au pilon, mais à Bordeaux, ils n'étaient même pas classés", relevait-il. Restait une pièce pour que le puzzle soit complet. Elle sera découverte par hasard aux puces bordelaises de Saint-Michel, en 1980 : l'organigramme de la préfecture de la Gironde en juillet 1942. Le nom de Maurice Papon y figure, ainsi que sa fonction, accablante : secrétaire général, chargé des questions juives.

 

Premières révélations dans le Canard enchaîné

 

Le 6 mai 1981, le Canard enchaîné publie les premiers documents compromettants à l'encontre de l'ancien haut fonctionnaire de Vichy. Persuadé que Papon est "allé au-delà des instructions allemandes pour faire de nouvelles victimes, dont des enfants", Michel Slitinsky, avec son ami d'enfance Maurice-David Mattisson et l'avocat bordelais Gérard Boulanger, ont porté "l'affaire Papon" devant les tribunaux, en déposant fin 1981 et début 1982 les premières plaintes pour crimes contre l'humanité.

 

Condamné à dix ans de prison, Papon en a fait trois

 

Elles aboutiront au procès-fleuve, long de huit mois, qui s'ouvrira le 8 octobre 1997 devant les assises de la Gironde, "soulagement" et point final à des années de recherches obstinées. En avril 1998, Maurice Papon sera condamné à dix ans de prison pour "complicité de crimes contre l'humanité" pour son rôle dans la déportation de 1 690 juifs de Gironde. "Nous sommes soulagés, mais sans triomphalisme. Le combat continue, car ce que nous recherchons, c'est l'incarcération de Maurice Papon", avait alors réagi M. Slitinsky.

 

Responsable de 1 600 arrestations, dont 250 enfants

 

Maurice Papon a purgé trois ans de prison avant d'être libéré en septembre 2002 pour raisons de santé. Il est mort en février 2007. "Il a payé. Malheureusement il n'est resté que trois ans en prison, dans une prison dorée. Maurice Papon porte sur ses épaules la responsabilité de 1 600 arrestations, dont 250 enfants. Pour les enfants, il aurait pu faire un effort, dissimuler les listes dans son tiroir. Il ne l'a pas fait. Il est allé à l'extrémité de ses possibilités", avait lâché celui qui restera comme le "tombeur" de Papon. Michel Slitinsky était marié et père de deux enfants.

 

Crif - 11.12.12

23:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Est-ce si difficile a comprendre? La france etait en guerre et elle etait occupee. Meme un communiste qui fuit loin des ... communistes qu'il soutient ,devrait comprendre cela!

Écrit par : candide | 11/12/2012

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@ candide: lisez la biographie de Maurice Papon sur Wikipédia:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Papon

Écrit par : Gaëlle Mann | 12/12/2012

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Il y a plus de vieux résistants maintanant,que d'allemands en France en 1945.

Écrit par : JLA | 12/12/2012

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