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Royaume-Uni: May s'attaque à l'immigration

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Les entreprises seront poussées à embaucher en priorité des Britanniques.

Correspondant à Londres
«Si vous avez perdu votre emploi à cause de l'immigration, la vie ne semble pas juste.» Dans son discours de clôture du congrès du Parti conservateur, mercredi, à Birmingham, Theresa May s'est adressée aux 17 millions de Britanniques «ordinaires» qui ont mené la «révolution tranquille» du Brexit, pour les assurer qu'elle était de leur côté. «Les gens ont voté pour le changement. Et le changement va venir», a-t-elle promis. En tête de ses priorités: la réduction de l'immigration.

La nouvelle ministre de l'Intérieur, Amber Rudd, menace d'imposer aux entreprises de publier le nombre de leurs employés étrangers  une sorte de classement de leur patriotisme

Parallèlement à son penchant pour un «Brexit dur», Theresa May assume un discours musclé aux accents populistes. Elle raille ceux qui méprisent «vos inquiétudes sur l'immigration». Une façon peut-être de faire oublier son échec en la matière durant ses six ans au ministère de l'Intérieur avant d'accéder à Downing Street. David Cameron s'était engagé à ramener le solde migratoire sous la barre des 100.000 personnes. Or, celui-ci a atteint un record de 327.000 personnes en 2015, dont plus de la moitié en provenance de l'Union européenne. Une promesse non tenue qui a en large partie contribué au résultat du référendum sur l'Europe.

La nouvelle ministre de l'Intérieur, Amber Rudd - pourtant voix fervente pour le maintien dans l'UE durant la campagne - vient de dévoiler un programme robuste pour réduire l'immigration, quitte à s'exposer à de vives controverses. Son objectif: «Empêcher des immigrés de prendre des emplois que des Britanniques pourraient remplir.» Elle entend renforcer les conditions imposées aux entreprises qui souhaitent recruter des étrangers. Celles-ci doivent déjà justifier, selon les règles en vigueur, qu'elles ont cherché pendant 28 jours à pourvoir leurs offres d'emploi auprès de la population locale. La ministre menace d'imposer aux entreprises de publier le nombre de leurs employés étrangers - une sorte de classement de leur patriotisme. Elle annonce aussi un durcissement des conditions de visas pour les étudiants.

«Nous devrions être fiers de notre capacité à attirer les meilleurs. Cette approche visant à désigner les entreprises à la vindicte pour cela n'est pas digne de notre pays»

Carolyn Fairbairn, directrice générale de la Confederation of British Industry

Ministre de l'Intérieur dans le «cabinet fantôme» travailliste, Andy Burnham dénonce «un ton de plus en plus xénophobe au congrès conservateur». Le patronat s'inquiète. Le directeur des British Chambers of Commerce, Adam Marshall, se dit «préoccupé à l'idée qu'employer de la main-d'œuvre internationale devienne un insigne de honte». «Nous devrions être fiers de notre capacité à attirer les meilleurs. Cette approche visant à désigner les entreprises à la vindicte pour cela est une très mauvaise chose: ce n'est pas digne de notre pays», proteste Carolyn Fairbairn, directrice générale de la Confederation of British Industry (CBI). Selon les conservateurs galvanisés par le Brexit, le Royaume-Uni doit désormais pouvoir choisir d'accueillir uniquement les «meilleurs et les plus brillants». Au risque de négliger les réalités économiques d'un pays en quasi-plein-emploi.

«Nous avons échoué, dans notre société, à expliquer l'impact positif de l'immigration» 

Anna Soubry, ancienne ministre pro-Europe de David Cameron

Rivale malheureuse de Theresa May dans la course à la tête du Parti conservateur, Andrea Leadsom, aujourd'hui ministre de l'Agriculture dans son gouvernement, encourage les Britanniques à postuler aux emplois saisonniers à la cueillette des fruits à la place des Européens de l'Est. Plus d'un tiers de la main-d'œuvre de l'industrie agroalimentaire est étrangère. Rare voix discordante chez les tories, Anna Soubry, ancienne ministre pro-Europe de David Cameron, estime que «nous avons échoué, dans notre société, à expliquer l'impact positif de l'immigration». Lors d'une visite dans une entreprise alimentaire de sa circonscription dont plus de 90 % des effectifs sont étrangers, elle a demandé au patron pourquoi il n'employait pas plus d'Anglais. Celui-ci lui a répondu que sur les 15 qu'il avait délibérément embauchés récemment, seulement trois étaient restés.

Médecins européens  en sursis

Un quart des effectifs du National Health Service (NHS), le service de santé public, sont étrangers, des aides-soignantes aux chirurgiens. C'est le cas de 42 % de ses médecins spécialistes, dont près de la moitié d'Européens. Jeremy Hunt, ministre de la Santé, ambitionne de mettre fin à cette dépendance après le Brexit, en mettant l'accent sur la formation médicale au Royaume-Uni. Theresa May affirme de son côté que ces milliers de salariés étrangers du NHS ne sont là qu'à titre «transitoire».

C'est le message que les conservateurs semblent vouloir adresser aux 3 millions d'Européens installés au Royaume-Uni. Liam Fox, ministre du Commerce international, s'est refusé à garantir leur avenir dans le pays. Ils sont «l'une de nos principales cartes dans les négociations sur le Brexit», a-t-il justifié. Le chef du parti libéral-démocrate, Tim Farron, accuse les tories d'utiliser des «êtres humains comme monnaie d'échange dans une négociation commerciale».

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 06/10/2016.

Commentaires

  • C'est une bonne nouvelle et un exemple à suivre, bravo!

  • La priorité d'emploi pour les citoyens du pays sont une revendication minimum ! Thérésa May donne l'exemple à suivre. Cette femme me semble avoir du caractère et de nature à appliquer son programme.
    Un bémol, qu'elle ne mette pas sur le même pied les Pakistanais et autres Africains et musulmans divers…et les Européens (dont les Polonais, objet d'attaques parfois racistes). Un peu de racialisme éclairé devrait éviter ce type de dérive.

  • Il était temps de s’attaquer à la racine du mal ! Le Royaume-Uni aussi est envahi, autant que la France !

  • dans son programme de réduction de l,immigration , vise t,elle les européens ??
    salutations.

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