Satiriste polémiste

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Alors que les sondages donnaient au coude à coude le candidat écologiste Alexander Van der Bellen et le candidat de la droite populaire et conservatrice Norbert Hofer, nos impayables journalistes subventionnés titraient sur le risque du retour au pouvoir de l’extrême droite au pays natal d’Adolf Hitler. À en croire nos Tartuffe cathodiques, les élections de dimanche devaient départager le vert, couleur du candidat Van der Bellen, et le brun, couleur du parti nazi ; la couleur officielle du FPÖ étant le bleu, le procès pour crypto-nazisme était sans ambiguïté.

Les premières réactions à l’annonce de la défaite de Norbert Hofer par 46,5 % des voix contre 53,5 % sont du même acabit. Citons, par exemple, le tweet de Christian Estrosi, saluant une victoire « des démocrates autrichiens » contre « l’extrême droite ». Gageons que cette arrogance du « camp du bien » ne fera que discréditer encore un peu plus les faiseurs d’opinion, car la réalité oblige à reconnaître que la victoire de Van der Bellen est juste une petite défaite de la démocratie.

C’est une défaite de la démocratie car Alexander Van der Bellen avait obtenu son élection au second tour de l’élection présidentielle du mois de mai 2016 de façon malhonnête.

 La commission électorale qui a annulé le scrutin a, en effet, dénoncé un nombre très important d’irrégularités au moment du dépouillement, sans compter le recours étonnamment massif aux votes par correspondance, qui concernait à la fois les Autrichiens de l’étranger – pour l’essentiel des gagnants de la mondialisation -, mais aussi les maisons de retraite !

 

Cette annulation, en elle-même, était une preuve de bonne vitalité de la démocratie autrichienne. Songeons à l’aveu de Roland Dumas, ancien président du Conseil constitutionnel, qui assura qu’il aurait dû annuler l’élection présidentielle de 1995 en raison des irrégularités des comptes de campagne de Jacques Chirac, mais qu’il ne l’a pas fait pour « sauver la République » ! Les institutions autrichiennes ont été plus respectueuses de la légalité ; dommage que la population ait fait preuve de tant de mansuétude à l’égard du fraudeur.

C’est aussi une défaite de la démocratie dans la mesure où Van der Bellen représentait les intérêts de l’Union européenne et de l’hyperclasse mondialisée alliée à l’extrême gauche pro-migrants par antipatriotisme. Le candidat du FPÖ, en comparaison, était un candidat on ne peut plus modéré : un euroscepticisme raisonnable, une simple exigence de contrôle des frontières de Schengen, même pas de sortie de l’Union européenne ; un désir de rapprochement avec la Hongrie de Viktor Orbán et la Russie de Vladimir Poutine ; un programme économique plutôt libéral. Il n’y a rien, dans le programme du FPÖ, de très différent du programme de campagne de François Fillon !

Norbert Hofer se voulait simplement le défenseur des intérêts de la classe moyenne autrichienne ; ceux qui se sont laissés impressionner par le procès en crypto-nazisme ont voté contre eux-mêmes et contre leurs descendants.

Cette courte défaite n’est, cependant, qu’une toute petite défaite en termes d’enjeux, dès lors que le président de la République autrichienne a un rôle presque exclusivement honorifique. Même pour exercer son pouvoir de nomination des hauts fonctionnaires, il doit s’en tenir aux propositions du gouvernement. Quoique Van der Bellen ait assuré qu’il userait de sa fonction pour empêcher l’arrivée au pouvoir des populistes en cas de victoire aux législatives de 2018, son pouvoir de nuisance est, en réalité, très limité et son sectarisme pourrait faciliter la victoire du FPÖ lorsque le jeu en vaudra la chandelle. Avec sa défaite du 4 décembre, le FPÖ n’a peut-être fait que reculer pour mieux sauter.

BV