Professeur d'Histoire
 
   
 

Étrange début de quinquennat… M. Bilger exultait de voir comme M. Macron a appris des erreurs des Présidents précédents.
Mais ce qui frappe aujourd’hui, à peine trois semaines après l’élection, c’est à quel point on a l’impression de revivre les mêmes séquences.
 
Attentat de Manchester ? Le Président convoque conseil de défense sur conseil de défense, annonce que l’état d’urgence sera prorogé de six mois et qu’une nouvelle loi antiterroriste (la troisième ? quatrième ? on ne sait plus…) sera votée. Du Hollande.
 
Et puis « l’affaire Ferrand », révélée par Le Canard enchaîné. Un ministre chargé du logement et de l’immobilier qui vient de déclarer : « Il n’y a aucune hâte à voter de nouvelles lois sur le logement. L’enjeu est de parfaire ce qui a été mis sur les rails et d’accompagner la dynamique qui est à l’œuvre dans ce secteur. Le secteur du logement et de l’urbanisme a besoin d’une certaine stabilité. »
 
Le même qui se retrouve avec une affaire « d’arrangements familiaux » (Le Point) au sujet de bureaux acquis par sa compagne dans le but de les louer à une mutuelle qu’il dirigeait, en 2011.
 
Cela pourrait rappeler les déboires du ministre Cahuzac, ministre chargé de la fraude fiscale et lui-même coupable de fraude. Cela pourrait aussi rappeler l’affaire Fillon, par l’implication de la conjointe du ministre. Début et fin du quinquennat Hollande.
 
Mais, avant tout amalgame ou toute accusation, les faits.
 
M. Ferrand était donc directeur général des Mutuelles de Bretagne, entre 1993 et 2012. Le 25 janvier 2011, le conseil d’administration se réunit, en sa présence, pour trouver un nouveau local à Brest. Sur les trois offres, une seule retient l’attention de la direction.

Il s’agit de la SACA, une société civile « qui n’a pas encore d’existence légale, et qui n’est même pas encore propriétaire des surfaces qu’elle propose à la location », selon Le Canard. La SACA, une société civile de Sandrine Doucen, avocate et compagne de Richard Ferrand, qui propose donc son offre alors que cette SCI n’est même pas constituée et qu’elle n’est pas propriétaire du bien…
 
Le 24 février suivant, la SCI est enregistrée au tribunal de commerce, et un deuxième actionnaire, un ami du couple de l’Aveyron, s’offre une action symbolique… Fort d’une promesse de loyer, la SCI peut contracter un prêt auprès du Crédit agricole, qui financera 100 % du prix d’acquisition, soit plus de 400 000 euros… Et, toujours selon Le Canard, « six ans après la création de la société, la valeur des parts a été multipliée par 3.000 ». Une belle plus-value ! Pas étonnant, puisque la SCI empoche un loyer annuel de 42.000 € et qu’elle est désormais propriétaire d’un bien rénové par la mutuelle pour 184.000 €. Comme l’écrit Libération, « sans avancer un centime ni prendre le moindre risque, la femme du conseiller régional de Bretagne s’est ainsi constitué un patrimoine de 402 000 euros, intégralement financé grâce aux loyers de la mutuelle de son mari ». Pour la mutuelle de monsieur et la SCI de madame, c’était du gagnant-gagnant ! Alors, pourquoi hésiter ?
 
Pour le moment, toute la macronie, de Castaner à Griveaux, balaie cette affaire d’un revers de main. « Un non-événement ». C’est légal, c’est connu, c’est transparent. Et, surtout, c’est privé. Donc pas concerné par la moralisation de la vie politique.
 
Pas sûr que les électeurs venus à Macron par rejet de Cahuzac ou de Fillon apprécient les montages immobiliers et financiers des époux Ferrand. Ni leur morale. Ni leur esprit mutualiste.
BV