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Elle refuse de servir des femmes voilées : trois mois avec sursis requis contre la buraliste d'Albi

 

Faits divers

La buraliste et son avocat Me Cohen./ Photo DDM MPV
La buraliste et son avocat Me Cohen./ Photo DDM MPV

D’un côté Marie, 60 ans, cheveux violets, sweat rose et son comité de soutien. De l’autre, les quatre femmes voilées qui se sont portées parties civiles et leur comité de soutien, en grande partie voilé. Ambiance tendue, jusque chez les avocats, ce jeudi après-midi lors de l’audience du tribunal correctionnel d’Albi où la buraliste albigeoise a comparu pour discrimination fondée sur la religion et refus d’un bien ou d’un service dans un lieu accueillant du public. Le 3 octobre 2015, le 6 décembre 2016, le 18 décembre 2017 et le 13 avril 2018, dans son tabac-presse qui sert également de point-relais, elle n’a pas donné ou accepté de colis de la part des quatre plaignantes sous prétexte qu’avec leur voile elle ne pouvait les identifier par rapport à leur carte d’identité. La dernière plainte lui a même valu d’être placée en garde à vue et sous contrôle judiciaire. 

 

Discrimination, hurlent les représentants des parties civiles, de la Licra et du Mrap. Juste une question de règlement intérieur et de sécurité rétorque la buraliste qui accuse 30 ans de métier et aucun problème majeur dans sa boutique de l’avenue colonel Teyssier.

« Le problème s’est posé avec une religieuse qui a refusé de retirer son voile, explique-t-elle à la barre. Capuches, bérets, lunettes de soleil, casques de moto, la règle est la même pour tout le monde. J’ai toujours appliqué la loi, ça n’a rien à voir avec du racisme, on sert tout le monde à partir du moment où on peut voir leur visage. C’est vrai, j’ai toujours peur qu’il arrive quelque chose dans mon magasin ».

 
 

« J’ai été humiliée »

« Elles vous font peur ? lance Me Sefen Guez-Guez, du barreau de Nice qui vient de se chauffer avec Me Simon Cohen en défense. Nous sommes là pour redonner force à la loi. Il y a des règles qui interdisent la discrimination. Les faits sont constitués pour les quatre victimes mais il y a eu des antécédents en 2014 et 2015. Oui nous réclamons de l’argent à hauteur de l’humiliation subie ». 

L’avocat demande 1 500 € pour le préjudice moral de chacune de ses clientes et 1 € pour le collectif contre l’islamophobie. Une des plaignantes, la dernière en date, Anaïs, le dit et le redit : « l’habit ne fait pas le moine, je ne fais pas peur et j’ai été humiliée ».

« La discrimination doit être distinguée du racisme, ajoute Me Philippe Pressecq, pour la Licra et le Mrap. Personne n’est venu vous agresser, vous leur reprochez ce qu’elles sont. Vous avez peur de quoi ? » Il demande 2 000 € pour chacune des associations.

Alain Berthomieu, le procureur, qui n’accepte pas que la buraliste établisse des règles spécifiques dans son établissement, se lance dans la pédagogie. Il rappelle brièvement qu'il est interdit de porter une tenue qui dissimule un visage dans un lieu public. Comme la burqa ou le niqab. Il explicite également la discrimination et ses critères.

Les femmes en noir

« Mais qu’est-ce qu’un visage ? Selon le Littré, le front, le nez, les yeux, la bouche. Pas les oreilles, les cheveux, le menton. Le couvre-chef ne dissimule pas le visage, il ne représente pas un danger. Mme Pinier créée sa propre loi dans le royaume de son commerce. Tout ça, ce sont des prétextes, ces quatre victimes ont la même religion, elle les a humiliées. Le fanatisme religieux se nourrit de ce genre de comportement ». Il requiert 3 mois de prison avec sursis et 3 000 € d’amende.

 

Me Cohen a retrouvé partiellement son calme mais il ne mâche pas ses mots pour décrocher la relaxe de sa cliente zélée. « C’est vous qui pratiquez l’amalgame, vous au parquet, vous qui venez de Nice. Une seule de ces quatre personnes a-t-elle dit que c’est parce qu’elle était musulmane qu’on a refusé de la servir ? Non, c’est parce qu’elles étaient voilées. Les femmes en noir du Portugal, les catholiques avec leur foulard, les Andalouses, sont-elles musulmanes ? Non. Elle refuse de délivrer des colis aux personnes qui ne sont pas identifiables, les règles édictées dans son magasin n’ont rien de racistes ».

Le tribunal s’est donné jusqu’au 28 juin pour rendre son délibéré en toute sérénité.

La Dépêche du Midi - 24/05/18

Commentaires

  • le vivre ensemble avec ses particularismes n,est donc pas au point ??
    salutations.

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