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Les conséquences de la poignée de main symbolique sont encore imprévisibles...

 

 

Les dirigeants américain et nord-coréen, Donald Trump et Kim Jong-un, ont échangé une poignée de main symbolique, ce mardi 12 juin. Mais les conséquences de ce geste médiatique sont encore imprévisibles…


Cette nuit, le président des Etats-Unis et celui qu’il faut bien appeler le dictateur héréditaire de Corée du Nord, Kim Jong-un, se sont serré la main et ont posé pour les caméras de l’histoire. D’ores et déjà, chacun des deux hommes en tirera un grand profit en politique intérieure, chacun en présentant une version avantageuse à ses médias et son opinion publique. Ce qui est surtout nécessaire à Donald Trump, en pleine campagne électorale des midterms de novembre. En effet, les démocrates n’ont pas renoncé à leur obsession, désormais surréaliste, de faire destituer leur bête noire.

Rappelons que la guerre de Corée fut l’affrontement de 1950 à 1953 entre les armées du Nord, renforcées par la Chine et l’URSS, et celles du Sud, appuyées par les Etats-Unis et toutes les nations libres, dont un contingent français (mandaté par l’ONU). Cette guerre, qui pèse encore de ses presque deux millions de morts dans les subconscients de la péninsule, n’est officiellement pas terminée, 68 ans après son début. La ligne dure de Mac Arthur ne fut pas suivie, malgré le lâchage soviétique de la Corée du Nord, et un cessez-le-feu fragile, puis un armistice, furent signés, coupant le pays au 38ème parallèle, sans signature d’un traité de paix. De fréquents affrontements eurent lieu mais l’actuel président sud-coréen, dont le père est originaire du nord, a su persuader la CIA de Mike Pompeo (désormais secrétaire d’Etat) qu’une ouverture était possible, à l’occasion des derniers Jeux olympiques d’hiver.

 

Pékin les stresse

Sur les plans diplomatique, économique et militaire, il est trop tôt pour pronostiquer quelles seront les répercussions entre les deux hommes – s’il y en a – sur le long terme. Mais on peut simplement rappeler les objectifs visibles ou subliminaux de chaque camp.

La paix, bien sûr, est l’objectif primo+rdial. Pour Kim, il s’agit de faire entrer son pays dans la prospérité qu’il voit autour de son pays si pauvre, au Sud et même en Chine. Or, sans une paix effective c’est impossible, car l’effort militaire et nucléaire de ce pays l’épuise. Cela ira-t-il jusqu’à la dénucléarisation totale de toute la péninsule ? Trump, pour des raisons de même nature, veut en tout cas réduire les frais énormes liés à la présence de bases américaines (et une mobilisation colossale de moyens stratégiques) dans toute la zone du Pacifique asiatique. Le président américain a compris que cette gabegie budgétivore pèse sur la relance de la recherche et de la modernisation militaires américaines. Il sait bien que ce n’est pas la Corée qui est son rival, c’est la Chine. La Chine qu’il faut sans cesse tenter de surclasser, pour pouvoir brider sa volonté hégémonique et expansionniste sur le plan militaire, et la cantonner sur le plan économique. Quant à Kim, il cherche dans ce projet de détente à desserrer la vigilante et omniprésente alliance chinoise.

Kim Jong-un veut la signature d’un pacte de non-agression entre les États-Unis et la Corée du Nord, un traité de paix pour la péninsule et la levée des sanctions, tant bilatérales qu’onusiennes. La dénucléarisation sera-t-elle étendue à l’arsenal américain stocké au Sud, au Japon, à Taïwan, sans parler des ogives embarquées ?

La tectonique des claques

Bien entendu, tout ceci ne sera pas sans conséquences sur l’équilibre géopolitique régional. L’histoire s’est remise en marche et les volontés affichées auront moins d’importance que l’enchaînement imprévisible des répercussions diplomatiques et géostratégiques. Car toutes les pièces de l’échiquier, immobiles depuis près de 70 ans, viennent de se remettre à bouger, toutes ensemble :

– Le Japon, qui est régulièrement survolé par des tirs de missiles nord-coréens, va accélérer le renforcement de son armée… La haine et le mépris réciproques entre Japon et Corée sont toujours bien présents depuis les exactions de la Seconde Guerre mondiale.

– La Corée du Sud qui, si les échanges industriels Nord-Sud se développent, va devenir un sérieux rival du Japon. Le président Moon Jae-in, veut la réconciliation et rêve en secret de réunifier sa patrie.

– La Chine, qui pourrait voir son allié-brûlot s’éloigner d’elle. Alors que d’immenses régions irrédentistes demeurent des foyers de tensions internes (Sin-Kiang, Mandchourie, Tibet et Hong Kong). Elle vient de se doter d’un nouvel « empereur » à vie, qui sait que sa population demande un changement de régime à l’approche de la troisième génération d’après révolution (comme ce fut le cas quand l’URSS s’effondra).

– Et l’Europe ? Est-elle capable de comprendre que, affaiblie par sa structure politique, économique et monétaire, elle doit se reprendre en mains, sortir du piège institutionnel qu’elle s’est elle-même infligée, unir ses forces, libérer les génies de ses peuples et les additionner au lieu de les diminuer par la fusion fédérale ? Restera-t-elle mondialiste alors que plus personne ne l’est ?

CAUSEUR. fr

 

 

 

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