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11/04/2008

Les Khasars, une ethnie en marge du judaïsme

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Apogée et déclin du 10ème au 11ème siècles

Un trait caractéristique majeur dans l'histoire des populations juives, depuis la chute du deuxième royaume d'Israël en 70 sous l'empereur romain Titus, est leur dispersion partout dans le monde et leurs migrations innombrables, à la merci de brimades, spoliations et persécutions de la part des nations qui les avaient accueillies – avec tolérance ou réticence -, mais toujours sous le signe de préjugés.

Ceux qui résistèrent à l'assimilation eurent toujours deux soucis principaux : le rassemblement structuré en communautés culturelles et sociales, de nature à renforcer la préservation de "l'héritage ancestral" et à assurer un front solide contre les courants d'hostilité, et, à cette fin, le maintien de contacts suivis avec d'autres communautés.

C'est ce qui a permis aux élites intellectuelles, même au cours du Moyen Age dans le monde occidental, de ne laisser perdre aucune trace de la vie communautaire et de préserver une histoire ordonnée de chaque groupement.

Cependant, en marge des communautés organisées, il y a eu des groupes isolés, dont la judéité est historiquement prouvée pour certains, tandis qu'elle est, ou était, sujette à caution pour d'autres. C'est justement à cause de leur isolement que l'histoire de ces groupes reste entourée de légende quant à leur origine, et de confusion en ce qui concerne leur évolution.

Les Khazars

Il peut paraître étrange qu'on n'ait pas pu établir avec précision l'origine géographique d'une peuplade qui est pourtant entrée dans l'histoire sur un vaste territoire entre la mer Caspienne, la Volga, la chaîne des Carpates et la Mer Noire, et s'y est maintenue entre le 7ème et le début du 11ème siècle.

Cependant, alors que persistent des doutes sur l'étymologie du nom Khazar, on a bien identifié l'appartenance primitive de cette peuplade à des tribus turques et persanes de l'ancien Turkestan en Asie Centrale. Après une longue période de migration, une branche de ces nomades commença à s'implanter au Nord du Caucase vers l'estuaire de la Volga. C'est la première étape qui marque la naissance de ce qui deviendra l'empire des Khazars, entre deux puissances : les envahisseurs arabes venant du Sud et l'empire byzantin, successeur de Rome, déjà dominant toute la région des Balkans et l'Asie Mineure.

A la différence de ces deux géants voisins, solidement structurés, les Khazars apparaissent dépourvus de tous les ingrédients constituant une nation, étant, au surplus absolument incultes et analphabètes. Pourtant, sous l'influence de contacts suivis avec leur entourage, tout en se sédentarisant, ils parviennent progressivement à sortir de leur état de barbarie. Aux premiers rudiments d'une vie organisée sous une hiérarchie en éveil, vient s'ajouter la notion de valeur spirituelle qu'ils ne possédaient guère, et qui leur est inculquée par les contacts de plus en plus étroits avec les Byzantins et les Arabes, ainsi qu'avec les communautés juives solidement implantées depuis Byzance jusqu'au Caucase.

C'est ainsi que leur roi (Khagan), stimulé par un désir d'accès au monde civilisé, est incité à la connaissance des religions professées autour de son domaine. Des légendes entourent sa préférence du judaïsme, malgré les discriminations qui accablent l'existence des Juifs. La conversion du Khagan est historiquement attestée par ses correspondances avec Hadaï Ibn Shaprut, visir juif, ansi que par Yéhouda Ha-Lévi dans son ouvrage al-Khazari. Ce premier pas entraîne la conversion au judaïsme vers le milieu du 8ème siècle de toute la classe dirigeante et progressivement d'une grande partie de la population.

A l'apogée de sa puissance, l'empire Khazar est pris à partie par une nouvelle invasion venant du Nord d'un ennemi inattendu. Sous la poussée irrésistible des Russes, entre la fin du 10ème et le début du 11ème siècle, détruisant les principales forteresses, Itil, Samandar, et Sarkil – tout le territoire des khazars est annexé, étendant ainsi la domination de cet empire jusqu'en Crimée.

Il ne subsiste pas le moindre vestige témoignant de la longue existence des Khazars en tant que nation. On peut croire que sous la furie destructrice des envahisseurs russes, exacerbée par la résistance des Khazars à leurs efforts de conversion, toutes les villes et les villages furent anéantis, ne laissant aucune trace.

Ce qu'on connaît de l'histoire des Khazars,on le doit aux récits de nombreux historiens – juifs, grecs, arabes et russes – ainsi qu'aux correspondances échangées avec des personnages en Espagne. Leur essor semble avoir atteint un niveau considérable, à juger par de nombreux liens de mariage entre des princes ou princesses khazars et les familles régnantes de Byzance.

Après toute cette nébulosité historique, une question se pose : qu'est devenue la population khazar après la débandade effrénée sous l'invasion russe détruisant son empire ? Bien qu'ignorant son importance numérique, on peut imaginer qu'elle était considérable, à juger par l'impact qu'elle exerçait sur ses voisins byzantins et musulmans. Indéniablement, ceux qui restaient attachés à la religion nouvellement acquise n'avaient pas d'alternative entre une nouvelle conversion et l'exode, exposés comme ils étaient à une extermination certaine en cas de résistance.

On sait, d'après des témoignages historiques, qu'un groupe chercha refuge à l'Est parmi les communautés juives du Caucase. Un autre vers les Carpates, surtout en Hongrie et en Bohème- Moravie. Mais le gros de la population se dirigea au Nord vers l'Ukraine, la Biélorussie, la Pologne, la Lituanie et les zones limitrophes de Russie.

Partout dans ces territoires, où la population juive était numériquement insignifiante au début du Moyen-âge, l'affluence massive des fugitifs khazars rencontrait d'autres groupes d'émigrants venant des régions rhénanes de France et d'Allemagne ainsi que du Danube, échappant à la vague de persécutions par les bandes armée chrétiennes des premières croisades, en route vers la Terre Sainte via Constantinople. D'après de nombreux historiens du judaïsme européen de l'époque, c'est la jonction des Khazars aux fugitifs venant de l'Ouest et aux populations locales déjà organisées en communautés qui a donné lieu à la naissance du grand peuple ashkénaze, en se restructurant pour devenir, dès le 16ème siècle, la partie prépondérante des juifs dans le monde.

En quoi se justifie la dénomination ashkénaze (nom hébreu de l'Allemagne, mais primitivement celui d'une peuplade dans le Caucase, descendante d'Ashkénaze, fils de Gomer, fils de Yafeth, troisième fils de Noah) ? Par l'influence dominante qu'exerça l'élite intellectuelle   germanique sur cet amalgame hétéroclite de peuples, entraînant en même temps la création d'une langue commune à tous : le yiddish, agglomérat d'allemand et d'hébreu.

Source: Léon ALHADEFF