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Tchad: des parents présumés arrivent des villages...

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Village typique près d'Abéché
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Femme et son enfant
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Attention pont détruit !
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Ancienne et nouvelle mosquées
 Je veux qu’on me rende mes enfants.» Un chèche autour de la tête, un vieil homme patiente devant le palais de justice de N’Djamena. Rhamis Adoum Aroun est persuadé que sept enfants de sa famille se trouvent dans l’orphelinat d’Abéché, parmi les 103 enfants de l’Arche de Zoé. «Dans mon village, il n’y a pas d’école, à cause de l’insécurité. On nous a dit qu’à Adré, il y a une ONG qui s’était installée. Et que là-bas, nos enfants pourraient apprendre le Coran et suivre l’école française», explique le vieil homme.

 Cette ONG, c’est Children Rescue, nom de l’opération de l’Arche de Zoé au Tchad, qui avait effectivement installé officiellement un poste médical avancé à Adré. Mais personne n’avait expliqué à Rhamis que ses enfants partiraient en France, il pensait qu’ils étudiaient à Adré. Lui-même n’a jamais été en contact avec les membres de l’association l’Arche de Zoé. «Ils ne sont pas venus directement. C’est le chef d’un village voisin qui est venu nous sensibiliser sur l’intérêt d’envoyer les enfants à Adré avec l’ONG», précise-t-il. Ce n’est que lorsque le convoi d’enfants a été interpellé sur la route de l’aéroport, le 25 novembre, qu’il a commencé à avoir des doutes. «Quand j’ai appris la nouvelle, je suis allé à Adré et les enfants n’étaient plus là. Et c’est par les médias qu’on a appris qu’ils étaient à Abéché.»

Une trentaine de présumés parents ont fait la route jusqu’à Abéché dans l’espoir de retrouver leurs enfants. La police tchadienne a enregistré leur déclaration et des informations de base : nom, prénom, village d’origine, nom des enfants. Le reste du travail est fait par l’action sociale tchadienne.

Assis sur les bancs du centre social d’Abéché, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, les présumés parents attendent. «Au départ, on a observé les enfants. Puis on les a interrogés. Ça nous a permis de récolter des informations sur le nom et leurs villages d’origine, explique Honoré About, directeur du centre social. Maintenant, je voudrais vérifier que ce sont bien leurs parents, en croisant les informations, avant de demander au procureur de les mettre en contact avec les enfants.»

Dans la salle, on retrouve deux groupes géographiques : les parents originaires de la région d’Adré et ceux venant de celle de Tiné. Ce qui correspond aux informations récoltées par le Haut-Commissariat pour les réfugiés, le Comité international de la Croix-Rouge et l’Unicef : 85 des 103 enfants viendraient de la zone frontalière avec le Soudan, entre Adré et Tiné. Et 91 d’entre eux font référence à l’existence d’un parent proche.

Allimi est une jeune veuve, originaire de Tiné. Elle avait confié trois de ses enfants à l’association. «Six Blancs, des Français, sont venus. Ils ont dit qu’ils voulaient des orphelins pour pouvoir leur donner une bonne éducation à Abéché», raconte-t-elle. Les membres de l’Arche de Zoé ont toujours affirmé avoir recherché des orphelins du Darfour, victimes de conflit. Effectivement, au Tchad comme au Soudan, on est considéré orphelin lorsque le père ou la mère, ou les deux parents sont morts.

Allimi évoque aussi la présence d’un intermédiaire : «C’est parce qu’ils avaient quelqu’un de Tiné, un Tchadien, avec eux, qu’on leur a fait confiance.» Le sous-préfet et l’un des chefs de quartier de Tiné ont été inculpés, ainsi que deux autres Tchadiens. «Nous savions depuis le début qu’ils avaient besoin d’intermédiaires locaux pour entrer en contact avec les familles qui parlent l’arabe ou le zaghawa [dialecte tchadien], dit un officier de police. Nous cherchons à déterminer leur degré de complicité.»

Allimi affirme avoir hésité une nuit avant de confier ses enfants à l’ONG. «Je ne pouvais pas subvenir à leurs besoins, ils ont dit qu’ils prendraient mes orphelins en charge. J’ai réfléchi puis j’ai fini par dire oui», justifie-t-elle.

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