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"Elle rigole et elle est championne du gratin aux fraises"
Dans la salle d'audience pleine à craquer, cette petite femme brune qui symbolise aujourd'hui le mystère du déni de grossesse échange des regards de soutien avec son mari Jean-Louis Courjault, assis juste en face d'elle sur le banc des parties civiles et avec sa famille.
Le mari a décidé de se porter partie civile pour pouvoir assister aux audiences et peser sur les débats en faveur de son épouse.
"Je soutiens plus que jamais la femme que j'aime, la mère de mes enfants", a-t-il dit en montant les marches du palais.
"Jean-Louis Courjault voit en l'accusée une bonne épouse, une bonne mère", affirme Me Marc Morin, son conseil, avant d'ajouter: "les mères qui tuent les nouveau-nés ne sont pas des tueuses d'enfants."
A l'issue des débats, l'avocate des deux garçons du couple, âgés de 12 et 14 ans, Me Pascale Brémant, a affirmé avoir découvert, lors de cette première journée, une femme sans rapport avec la personne qui lui avait été décrite, la qualifiant d'"excellente mère".
"On me disait que cette femme était effacée, réservée, sans initiative personnelle. Et je découvre une mère capable de faire une activité par jour, qui rigole, championne du gratin aux fraises et qui organise des cours de théâtre pour les enfants", a-t-elle relevé.
La découverte le 23 juillet 2006 par le mari de deux bébés dans le congélateur de leur maison à Séoul a été le point de départ de l'affaire. Lors de sa garde à vue, en octobre 2006, la femme reconnaissait les deux infanticides de nouveau-nés et en avouait un troisième commis en 1999 en France.
AFP. 09/06/09
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Comment juger les monstres?
Des mots mêmes du procureur de la République de Tours, Philippe Varin, c’est le procès d’une « histoire exceptionnelle » qui s’ouvre ce matin devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire.
Véronique Courjault, 41 ans, comparaît pour l’assassinat de ses trois nouveau-nés entre 1999 et 2003. Les corps des deux derniers, nés viables lorsque la famille était expatriée en Corée du Sud, avaient été découverts par hasard en juillet 2006 par Jean-Louis Courjault dans le congélateur de son appartement de Séoul.
Poursuivi pour complicité d’assassinats, car « il ne pouvait pas ne pas savoir » avait jugé Philippe Varin, cet ingénieur de 42 ans a bénéficié d’un non-lieu.
Elle risque la perpétuité
Son épouse répondra donc seule de ces infanticides. Après plus de deux mois de dénégations en dépit des conclusions des tests génétiques, Véronique Courjault avait fini par reconnaître avoir à trois reprises donné la vie, puis la mort, l’instant suivant. Personne n’en a jamais rien su. Les psychiatres qui ont examiné cette femme réservée ne croient pas au déni de grossesse, soulignant son « pouvoir de dissimulation extrêmement fort ». « Le dossier ne se résume pas à cette notion de déni de grossesse, assure Me Hélène Delhommais, l’un de ses défenseurs. D’autres éléments apparaîtront à l’audience. La personnalité de Mme Courjault est fragile. Elle a des choses à dire, elle parvient un peu plus à verbaliser mais je ne sais pas si elle arrivera à s’exprimer en raison de la pression qui entoure ce procès et du harcèlement médiatique dont sa famille est victime. »
La principale préoccupation de Véronique Courjault, ce sont ses fils, âgés de 12 et 14 ans, qui la visitent régulièrement en prison avec leur père. Jean-Louis Courjault n’a jamais cessé de soutenir et d’aimer sa femme. Une solidarité affichée par toute la famille, malgré l’incompréhension, afin que « Véronique retrouve au plus vite ses enfants ». « Elle n’est pas une criminelle », plaide le clan. Elle encourt pourtant la perpétuité.Le parisien- 09/06/09
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Infanticides dans le congélateur familial
Jean-Louis et Véronique CourjeaultEn 2006, deux jours avant son incarcération(Cliquez sur les photos pour les voir en totalité)
La France a découvert son visage à la fin de l’été 2006. Ses yeux clairs, emplis de lassitude et de tristesse, imploraient de la croire quand elle et son mari disaient leur incompréhension après la découverte des corps de deux nouveau-nés dans le congélateur de l’appartement familial à Séoul. « Je ne suis pas le père de ces enfants et ma femme n’a pas accouché de ces enfants », clamait Jean-Louis Courjault tandis que son épouse, Véronique, disait vivre en plein « cauchemar ».« La solution la plus simple pour les dissimuler »
Pendant plus de sept ans, Véronique Courjault, 41 ans, s’est jouée de tout son monde, affichant une maîtrise absolue de la dissimulation. Elle est ainsi parvenue à cacher trois grossesses à son mari, ses enfants, sa belle-soeur médecin, ses parents, ses amies… Cette fille de modestes viticulteurs du Maine-et-Loire, sixième d’une fratrie de sept, a toujours donné l’image d’une femme timide, mère attentionnée auprès de ses deux fils, nés en mars 1995 et septembre 1996. Elle n’avait que 19 ans quand elle a rencontré Jean-Louis Courjault en 1986 alors qu’ils étaient tous deux étudiants à Tours (Indre-et-Loire). Ils se sont mariés en 1994, quand Véronique a su qu’elle était enceinte. Elle s’est présentée à la cérémonie vêtue de noir, histoire de dissimuler ses rondeurs hors mariage. Elle a attendu plus de cinq mois avant d’annoncer sa deuxième grossesse à son mari.
Malgré leur intimité, cet ingénieur a tout ignoré de la troisième grossesse de son épouse. Véronique Courjault a accouché seule au printemps 1999 avant d’étrangler et incinérer le bébé dans la cheminée de la maison de Charente-Maritime où la famille vivait alors. Un quatrième enfant est né à l’automne 2002, peu après l’expatriation des Courjault en Corée du Sud. Puis un dernier en décembre 2003. Deux garçons qu’elle a étouffés et rangés dans un tiroir du congélateur familial, « solution la plus simple pour les dissimuler ». Elle a expliqué qu’elle « n’y pensait pas chaque fois » qu’elle « ouvrait le congélateur ». Car, « pour moi, ça n’a jamais été des bébés comme Paul* et Alexandre*, ce n’était pas des êtres à part entière », a-t-elle expliqué aux experts psychiatres.« Cet enfant était de moi : je m’accordais tous les droits »
Véronique Courjault ne sentait pas le « courage » d’élever d’autres enfants. « Puisque cet enfant était de moi, je m’accordais tous les droits sur lui, même celui, extrême, de lui donner la mort », a-t-elle dit pour justifier ses crimes. Le premier collège de psychiatres qui l’a examinée souligne son extrême détachement affectif envers ces bébés, « rejetés comme un objet impur, sans aucun état d’âme ». Pour les docteurs Masson et Puel-Metivier, il ne saurait s’agir d’un déni de grossesse. L’ex-analyste programmeuse a « toujours été parfaitement consciente de ses grossesses ». Et d’évoquer « l’hypothèse » d’un « plaisir secret du pouvoir à donner la vie et la mort ».
Jean-Louis Courjault, qui rêvait d’une famille nombreuse, n’a jamais abandonné sa femme. Après les aveux de Véronique, ils sont tombés en larmes dans les bras. « Ils s’aiment », s’est ému un enquêteur. « Ils forment plus que jamais un couple, malgré la séparation », assure M e Marc Morin, le défenseur du père de famille. Jean-Louis est devenu le meilleur avocat de sa femme : « Les grossesses qui se passent mal, c’est une réalité. Il faut que la société avance. Son jugement sur ces femmes-là doit changer », plaidait-il le jour de son non-lieu. Une union sacrée qui marque, selon les psychiatres, « l’aveuglement et la naïveté » de Jean-Louis Courjault. Il devrait demander à prendre la parole à l’ouverture du procès.* Les prénoms ont été modifiés
Le parisien - 09/06/09
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