Le chef de l'Etat, qui a reçu le président du MoDem en fin d'après-midi à l'Elysée, aimerait débaucher Marielle de Sarnez, le fidèle bras droit de François Bayrou. Mais cette dernière assure qu'elle n'est «pas ralliable».
Optimiser sa victoire aux européennes et frapper fort, tout de suite. Nicolas Sarközy a défini sa cible prioritaire : François Bayrou. Après Martine Aubry mercredi, le président de la République poursuit ses consultations avec les chefs de parti sur les questions européennes, seul Jean-Marie Le Pen ayant opposé un refus catégorique à une telle entrevue.
Jeudi à 17h, François Bayou a donc franchi le perron de l'Elysée pour y rencontrer Nicolas Sarkozy lors d'une entrevue qui s'annonçait glaciale. Depuis l'élection présidentielle 2007, les deux hommes entretiennent des relations tendues, le dernier ouvrage au vitriol de Bayrou contre le chef de l'Etat («Abus de pouvoirs») n'ayant pas allégé l'atmosphère.
Face à un François Bayrou affaibli et meurtri par ses 8,4% aux européennes, Nicolas Sarkozy s'active en coulisses pour lui porter le coup de grâce. Sa méthode : l'isoler de ses derniers soutiens importants, à commencer par son fidèle bras droit, l'eurodéputée et n°2 du MoDem Marielle de Sarnez, réélue dimanche en Ile-de-France. C'est d'abord le ministre du Travail Brice Hortefeux, comme le rapporte Le Parisien de jeudi, qui a tressé des lauriers à l'élue francilienne : «Elle serait excellente au gouvernement. C'est une femme très intelligente et solide. Elle serait très compétente». Un appel du pied qui a relancé les rumeurs à quelques jours du remaniement ministériel, d'autant qu'un dîner entre Hortefeux et Sarnez, en compagnie de la sénatrice MoDem Jacqueline Gourault, est prévu mardi prochain.
Sarnez : «Tant pis pour les carottes râpées !»
Une invitation que Marielle de Sarnez n'honorera finalement pas. «Nous nous connaissons bien, mais je n'ai aucune connivence politique avec Brice (Hortefeux)», indique-t-elle au Parisien. Avant de doucher les espoirs des proches de Nicolas Sarkozy qui veulent la voir rejoindre l'équipe de François Fillon : «Je vais annuler ce dîner. Je connais trop l'interprétation qui pourrait en être faite. Tant pis pour les carottes râpées ! Ils pensent sans doute que je suis bonne à cueillir comme la romaine et toute cabossée. Mais je ne suis pas ralliable.»
Point final ? Pas sûr. Car Nicolas Sarkozy a un plan de rechange pour essayer de tordre le cou à François Bayrou. D'autres centristes, comme le président MoDem du conseil général du Rhône Michel Mercier ou encore François Sauvadet, pourraient faire leur entrée au gouvernement. De même, le sénateur Jean Arthuis lancera fin juin son mouvement Rassembler les centristes. Une occasion pour l'UMP d'élargir la galaxie sarkozyste en vue des régionales, avec le Nouveau centre d'Hervé Morin, les radicaux valoisiens de Jean-Louis Borloo et la gauche moderne de Jean-Marie Bockel.
Bayrou pas inquiet après son «gadin électoral»
Un coup dur pour François Bayrou, qui peine déjà à convaincre les électeurs en accusant Nicolas Sarkozy de sectarisme quand ce dernier affiche au contraire sa volonté de poursuivre l'ouverture. François Bayrou dispose désormais de moins de trois ans pour rebondir et définir une nouvelle stratégie pour 2012. Son échec européen ne semble pas l'inquiéter. «C'est un gadin électoral. Ce n'est pas la mort du petit cheval non plus».
Le Figaro - 11 juin 2009




