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A Florange, le FN recrute à la chaîne

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Les ouvriers d'ArcelorMittal, victimes de la mondialisation, sont de plus en plus séduits par le discours social du Front national.

Devant l'usine ArcelorMittal de Florange, des agents de sécurité montent la garde. Face à eux, des militants. Un gardien tend la main pour prendre un tract et se fait rabrouer par son collègue. "Ne leur parle pas. Ils n'ont rien à faire là. Vous êtes sur une propriété privée. Si vous ne bougez pas, j'appelle la police !" Chemisette à carreaux et jean serré, Fabien Engelmann, 32 ans, demande à ses militants de rester calmes et courtois. Pas question pour autant de bouger. "Quand c'est le Front de gauche qui vient tracter, cela ne leur pose pas de problème. Ce sont des permanents de la CGT, ils sont sectaires. L'accueil des ouvriers sera bien meilleur, ne vous inquiétez pas..."

Fabien Engelmann est lui-même employé de la cité sidérurgique d'Hayange. La CGT, il connaît bien : il en a été exclu en juin dernier. Il a également milité à Lutte ouvrière de 2001 à 2008 puis brièvement au NPA. Choqué par l'investiture d'une jeune candidate portant le voile lors des élections régionales de 2009, il quitte le parti d'Olivier Besancenot et rejoint le Front national pour soutenir Marine Le Pen lors du congrès de Tours en 2011. L'ancien syndicaliste défendra les couleurs du FN dans la circonscription de Thionville-ouest aux législatives de juin prochain. Déjà tête de liste lors des élections cantonales de 2011, il avait recueilli 23,5 % des suffrages exprimés. Un score prometteur pour celui qui incarne sur place "le nouveau visage du FN" : le visage jeune et rassurant d'un ouvrier...

"Jaurès des temps modernes"

L'immigration n'est pas le thème qui le passionne le plus. S'il s'est engagé au Front national, c'est d'abord pour défendre les travailleurs. "Je milite depuis très jeune pour changer la société, pour améliorer le quotidien des ouvriers et des petites gens. Pour moi, Marine Le Pen est un peu la Jaurès des temps modernes. D'ailleurs, Jaurès disait bien : À ceux qui n'ont plus rien, la patrie est leur seul bien." Fabien Engelmann ne se reconnaît pas dans "la gauche caviar", qu'il accuse d'être complice des politiques néolibérales. "François Hollande fera exactement la même politique que Nicolas Sarkozy. On a eu la gauche avant 2002, on a vu ce que ça a donné ! Le gouvernement Jospin a plus privatisé que le gouvernement RPR de Chirac. Les fausses promesses des politicards qui se réveillent un mois avant l'élection, ça commence à peser !"

Les fausses promesses de la gauche, Élisabeth Barget ne les digère pas non plus. Après avoir milité pendant des décennies à la gauche de la gauche, cette fille de sidérurgiste âgée de 62 ans représentera le FN aux prochaines législatives dans la circonscription de Thionville-est. "En 81, Mitterrand avait déjà promis de garder tous les emplois à Longwy. On a sacrifié toute l'industrie du secteur à cause de la mondialisation."

À Florange, sur le site ArcelorMittal, ce thème de la mondialisation prend une résonance particulière. Deux ans après avoir fermé définitivement l'aciérie de Gandrange, l'Indien Lakshmi Mittal, sixième homme le plus riche de la planète, a décidé d'éteindre temporairement les deux derniers hauts-fourneaux de Lorraine. ArcelorMittal, géant de l'acier né de la fusion de son groupe avec l'européen Arcelor, a pourtant affiché un profit de 2,6 milliards de dollars sur les six premiers mois de l'année. "Pourquoi choisir un Indien ?" s'interroge Fabien Engelmann. "Mittal a une idée derrière la tête : faire mourir le site de Florange pour éviter la concurrence avec ses propres industries à l'étranger."

"Marine ou Mélenchon"

La nuit tombe sur Florange. Les cheminées noires de l'aciérie qui barraient l'horizon disparaissent dans l'obscurité. Autrefois, deux grosses flammes jaillissaient de l'usine. Aujourd'hui la seule flamme qui brille dans la pénombre est celle du FN. Comme l'avait prédit Fabien Engelmann, l'accueil des ouvriers est plutôt bon. En dépit de l'heure tardive et du OM-Bayern de Munich qui s'apprête à débuter, les voitures s'arrêtent presque toutes. Les bras se tendent pour saisir les tracts. Certains prennent le temps de discuter.

"Pourquoi ne pas essayer ? Il faut lui donner sa chance. Peut-être qu'elle réussira. De toute façon, on n'a plus rien à perdre", explique Daniel, syndiqué à Force ouvrière. Un point de vue partagé par le cégétiste Alfredo : "Je vais voter pour Marine Le Pen. Il n'y a pas à se cacher, c'est la seule qui dit la vérité. Je suis fils d'immigré, mais face à la crise mondiale, il faut changer un peu ses opinions. À la CGT, beaucoup pensent comme moi." D'autres sont plus indécis, mais promettent de lire le projet, "pour se faire une idée".

Comme Jean, qui a quitté la CGT, "dégoûté par la direction". En 2007, il a voté Sarkozy. Il en a "honte" aujourd'hui. Marine Le Pen ? "Elle a de bonnes idées. Ce sera elle ou Mélenchon..." Comme d'autres, il hésite entre le leader du Front de gauche et la présidente du Front national. Fabien Engelmann tente de le convaincre de pencher pour cette dernière. "On ne peut pas nier que Jean-Luc Mélenchon est un bon tribun comme Georges Marchais à l'époque. Mais c'est tout de même un ancien socialiste. Il a fait campagne pour Maastricht en 1992. C'est le rabatteur du Parti socialiste."

Pour Fabien Engelmann, la récente percée de Mélenchon ne menace pas Marine Le Pen. "Mélenchon, c'est tendance chez les bobos. Il ne fera pas plus de 10 % chez les ouvriers. Il défend l'Union européenne et la mondialisation puisqu'il va rejoindre Hollande." Dans l'ensemble, le jeune leader et ses troupes sont satisfaits du déroulement de la soirée. En une petite heure, ils ont distribué plus d'une cinquantaine de tracts.

"Les aciéries sont condamnées"

Arnaud, un ami de Fabien Engelmann, travaille à ArcelorMittal. Tout à l'heure, il a discrètement accepté le tract Marine Le Pen, mais, syndiqué à la CGT, il a préféré ne pas s'afficher devant l'usine avec des militants frontistes. Il a lu consciencieusement le projet du Front national. "Il y a du bon et du mauvais. En fait pas beaucoup de mauvais. Sur les retraites, elle a raison." Idem sur l'immigration : "En période de crise, il faut ralentir l'immigration, c'est normal." Arnaud, tenté par le vote Le Pen, n'est retenu que par le fatalisme. "Les politiques n'ont plus le pouvoir. Mittal fera ce qu'il veut. Les aciéries sont condamnées."

Fabien Engelmann refuse, lui, de se résigner. "Des solutions, il y en a. Il faut se donner le courage, c'est tout. Si on avait un État compétent et fort, on pourrait imposer à Mittal de revendre. Et s'il refuse, il faut réquisitionner et renationaliser pendant quelques années, le temps de trouver un repreneur français." Le jeune homme, qui ambitionne de briguer la mairie d'Hayange, a pour modèle Steeve Briois. "À Hénin-Beaumont, le FN est passé de 11 % à 49 %. Il faut quadriller le terrain, s'intéresser à tous les sujets locaux."

Son prochain objectif : faire venir Marine Le Pen à Florange pour soutenir et discuter avec les sidérurgistes. "Les salariés d'Arcelor auraient beaucoup gagné à un échange avec Marine Le Pen, qui a des propositions à leur faire pour défendre l'industrie." Restera à affronter l'accueil de ses anciens collègues de la CGT.

Le Point - 17/04/12

Commentaires

  • Ah, ce n'est que la perte de leur emploi qui les fait se rapprocher de MLP...

  • @ arauris: ils ne peuvent pas en dire davantage! Ils sont déjà très courageux!

  • Gaelle , vrai ,car dans ce milieu pur et dur cégétiste , pas vraiment facile de nager à contre-courant.
    salutations.

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