par Hasmik Hovhannisyan (traduction Georges Festa) Comment les Juifs arrivèrent en Arménie « Au 1er siècle avant J.-C., le roi d’Arménie Tigrane II le Grand (95-55 av. J.-C.) assiégea Cléopâtre à Ptolémaïde pour venger son père, Artavazde II, mais il dut abandonner ce siège, lorsque Lucullus attaqua l’Arménie. Le roi Tigrane repartit et installa les Juifs qui avaient été capturés dans les villes helléniques à Armavir et sur les rives du Kasakh. » Ce passage de L’Histoire de l’Arménie en trois volume de Moïse de Khorène constitue le premier témoignage de la présence juive en Arménie. La seconde vague d’immigration juive en Arménie, selon les historiographes du Moyen Age, eut lieu lorsqu’il y eut deux prétendants au trône de Judée, Antigonos et Hyrcanus, et que les Arméniens décidèrent de soutenir le premier. Antigonos l’emporta et le roi Tigrane décréta que les Juifs capturés lors de cette campagne seraient installés à Shamiram (Van). Selon certaines sources, leur nombre était alors estimé à 300 000. Ces territoires furent par la suite rachetés par la dynastie marchande de Shimon Pokrat et devint le site d’une communauté juive, qui se développa rapidement. Encore maintenant, certains affirment que ceux qui viennent de Van sont les descendants de ces Juifs, bien que cette affirmation n’ait jamais été prouvée. Khorène écrit qu’à l’époque du légendaire roi Hrachya, il y avait un marchand juif appelé Shambat qui vivait en Arménie, et que la famille royale des Bagratides était en fait constituée des descendants de Shambat. Telle est l’histoire, aussi succincte qu’elle puisse être, de l’établissement de la présence juive en Arménie. Aucun ancien lieu d’habitation juif n’a été conservé. Toutefois, un cimetière juif remontant aux 11e et 13e siècles, une minoterie et quelques meubles ont été récemment découverts dans le village de Yeghegis, dans le marz de Vayots Dzor. Des spécialistes de l’université de Jérusalem travaillent actuellement sur ces découvertes. On ne sait pas encore clairement de quelle manière les Juifs parvinrent là, ni s’ils étaient les descendants de ceux qui furent amenés par Tigrane II le Grand ou s’ils sont arrivés plus tard. A partir de 1840, il y avait deux communautés juives dans la province de Yérévan, originaires d’Europe, principalement de Pologne (ashkénazes), mais aussi de Perse (sépharades). Les deux communautés étaient représentées par leurs chefs religieux et possédaient leurs lieux de culte, une shul pour les ashkénazes et une synagogue séparée qui appartenait aux Juifs persans, appelée Sheikh Mordechai, qui fut préservée jusqu’en 1924. Cependant, à partir des années trente, il ne restait plus que quelques dizaines de Juifs en Arménie. La plupart des Juifs qui vivent aujourd’hui en Arménie proviennent de différentes républiques de l’ancienne URSS. Les premiers immigrants arrivèrent au milieu des années trente ; puis, pendant la Seconde Guerre mondiale, des Juifs furent déportés en Arménie, principalement depuis l’Ukraine. Une arrivée suivante massive de Juifs en Arménie eut lieu au début des années 70, lorsque l’antisémitisme devint une politique tacite de l’Union Soviétique. La persécution des Juifs était organisée non par des pressions directes, mais par des moyens plus « civilisés » : on leur refusait des emplois, on leur fermait l’entrée des écoles et des universités. Beaucoup d’entre eux tentèrent donc de quitter leur patrie historique ; la plupart se voyaient refuser des visas et devinrent des « otkazniks » (refusés). Beaucoup partirent en Arménie. Pourquoi en Arménie ? Parce que, selon les membres de la communauté, les Juifs y étaient bien accueillis et qu’il n’y avait pas le problème de l’antisémitisme. Pendant la perestroïka, la majorité des gens qui étaient arrivés en Arménie dans les années 70 partirent en Israël. La vague suivante d’émigration de masse des Juifs et des membres arméniens de leurs familles eut lieu en 1992-1993, au moment du blocus de l’Arménie pendant la guerre du Karabagh. Le Grand rabbin d’Arménie, Gershon Meir Burstein, nous a appris que la plupart de ceux qui partirent à cette période ne l’auraient pas fait dans des conditions normales, ces gens avait réussi socialement : médecins, ingénieurs, hommes d’affaires, spécialistes en nouvelles technologies. La communauté juive Parmi les « otkazniks » qui partirent en Arménie, se trouvaient d’actives familles qui organisèrent le regroupement des Juifs sur leur habitat. A la fin des années 80, un groupe de militants créa Arev, une organisation culturelle juive arménienne, dont le but était de rassembler intellectuels arméniens et juifs. Ce groupe mit en place la Communauté juive d’Arménie en 1991, avec Gerson Burstein et Igor Ulanovsky comme coprésidents. Comme les ONG ne peuvent s’engager dans des activités religieuses, la Communauté juive religieuse d’Arménie (CJRA), présidée par Burstein, fut enregistrée en 1992 par le Conseil aux Affaires religieuses. Actuellement, entre 800 et 900 Juifs vivent en Arménie. Ils résident essentiellement à Yérévan et Vanadzor ; avant le tremblement de terre de 1988, ils vivaient aussi à Gyumri. Il existe aussi une communauté à Sevan de Russes, adeptes du judaïsme. C’est maintenant une petite communauté, principalement composée de gens âgés. La communauté juive reçoit l’aide d’organisations américaines de soutien et des dons privés. Une ONG appelée Ensemble, avec l’aide de la CJRA, met en œuvre différents projets caritatifs pour apporter de la nourriture et une assistance médicale aux personnes âgées, soutenir l’enfance, et autres services. L’organisation Sokhnut aide les Juifs qui veulent partir en Israël. 99 % des Juifs vivant en Arménie sont des familles mixtes ; ce sont principalement les femmes qui sont juives et les maris qui sont arméniens. La présidente de l’ONG Communauté Juive Religieuse d’Arménie, Rima Varzhapetyan, est arrivée d’Ukraine en Arménie en 1970 et a épousé un Arménien. Valeria Karlinskaya-Fljyan est issue d’une famille de Juifs polonais déportés à Tbilissi avant la révolution d’Octobre 1917. Son grand-père fonda deux usines qui produisaient du halva et de l’huile d’olive. Après la révolution, les usines furent nationalisées, ainsi que la maison familiale. On peut encore voir le nom de Karlinsky sur la façade de ces deux édifices historiques. Valeria se souvient de la maison familiale à Tbilissi, où différentes nationalités vivaient côte à côte, ignorant toute inimitié. Diplômée d’une université française, Valeria Karlinskaya épousa un Arménien, Donald Fljyan, et s’installa à Yérévan. Bien qu’il y ait beaucoup de ressemblances entre Juifs et Arméniens, certaines traditions sont différentes. Par exemple, les Arméniens déterminent la nationalité d’un enfant par celle de son père, alors que les Juifs prennent en compte celle de la mère. Nous avons posé la question pour les familles juives arméniennes. « Nous avons un consensus dans nos familles à ce sujet. » se félicite Adelina Livshits, qui est arrivée d’Odessa en Arménie et a épousé un Arménien. « Nous considérons nos enfants comme Juifs et nos maris arméniens les considèrent comme Arméniens. A dire vrai, nos enfants peuvent décider pour eux à l’âge de 18 ans. Ma fille, par exemple, vit en Israël et plus le temps passe, plus elle se sent Arménienne. » (Source: Yevrobatsi) |