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  • Visites des familles à Kaboul, "Condie" Yade ira aussi en Afghanistan

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    Dix-sept membres de familles de soldats français tués en Afghanistan se sont rendus pour quelques heures vendredi à Kaboul, accompagnés du ministre de la Défense Hervé Morin.

    Les familles, qui avaient été invitées par le président Nicolas Sarközy à se rendre en Afghanistan, ont rencontré le général Michel Stollsteiner, commandant la région de Kaboul, et d'autres officiers du contingent français pour leur poser des questions sur les circonstances de l'embuscade qui a fait 10 morts parmi les soldats français le 18 août, a déclaré à l'AFP le commandant de bataillon Hyacinthe de la Vaissière.

    "On a partagé avec eux une journée d'émotion, de recueillement et d'échanges", a ajouté le commandant de la Vaissière.

    Sept des familles qui ont perdu un proche lors d'une embuscade des talibans étaient du voyage, ainsi que trois parents de soldats tués en 2006 et 2007.

    La rencontre avec les militaires a eu lieu sur une base de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) dans la banlieue est de Kaboul, plutôt que sur la base de Saroubi, à une soixantaine de kilomètres à l'est de la capitale d'où était partie la patrouille prise en embuscade, afin de pouvoir garantir une "sécurité maximale", a ajouté le commandant.

    La séance de questions-réponses a été précédée par une cérémonie religieuse oecuménique et une cérémonie militaire.

    "Si leur venue a pu les aider dans leur démarche de deuil, c'est une bonne chose", a estimé le commandant, sans vouloir donner plus de détails sur cette rencontre.

    Les familles ont quitté Kaboul en fin d'après-midi à bord d'un vol militaire.

    Par ailleurs, la secrétaire d'Etat française aux droits de l'Homme Rama Yade se rendra dimanche en Afghanistan pour rendre hommage aux soldats français engagés dans ce pays et "faire le point" sur "l'état d'engagement de l'aide internationale", indique vendredi le Quai d'Orsay.

    "Elle rendra hommage aux militaires français engagés en Afghanistan et leur témoignera la reconnaissance de la nation pour leur action courageuse au service de la liberté et en faveur de la stabilisation, la reconstruction et la réconciliation du pays", indique ce texte.

    Mme Yade saluera également la mémoire des dix soldats tués le 18 août dans une embuscade.

    Lors de cette visite, qui durera 48 heures, la secrétaire d'Etat fera aussi "le point avec les autorités afghanes sur l'état d'engagement de l'aide internationale", trois mois après la conférence internationale de soutien à l'Afghanistan à Paris.

    Rama Yade ira à Kaboul et dans la province de Bamyan (centre). Elle s'entretiendra avec des personnalités de la société civile et des ONG françaises présentes en Afghanistan.

    Depuis octobre 2001 et le début de l'intervention française aux côtés de la coalition internationale en Afghanistan, 24 militaires français ont été tués dans ce pays dans des combats ou dans des accidents ou attentats. Sept d'entre eux appartenaient aux forces spéciales, désengagées en janvier 2007.

    Hervé Morin a exclu jeudi sur la chaîne de télévision France 2 que la France envisage un retrait d'Afghanistan. "Il est inconcevable que la France, membre du Conseil de sécurité des Nations unies, cinquième puissance mondiale, envisage un retrait", a déclaré M. Morin.

    "C'est une opération longue, qui mérite d'être inscrite dans la durée et conduite avec la volonté que des institutions afghanes se mettent en place progressivement", a-t-il ajouté.

    M. Morin a par ailleurs estimé qu'il "faut absolument que le président (afghan Hamid) Karzaï s'engage dans un vrai processus de réconciliation nationale et des discussions avec toutes les parties", assurant qu'il y avait "des talibans avec lesquels on peut discuter".

  • La relève pour Kaboul

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    CASTRES (TARN). Trente soldats du 8e RPIMa, dont dix membres ont été tués dans une embuscade en Afghanistan le 18 août, partent demain
    pour Kaboul, effectuer la relève de leurs camarades.

    A l'intérieur du bar, quelques jeunes jouent au baby-foot. Attablés dehors sous la pluie, une dizaine d’autres sirotent une bière en parlant à voix basse. Ce mardi soir, au « Palma » le Palmarium pour les initiés , à H - 36 du grand départ, ce n’est pas la fête. L’entraînement vient de s’achever.

    Il reste seulement une soirée et une journée pour boire un dernier verre avec les copains, faire son sac et dire au revoir à des proches, forcément un peu inquiets. Car ces trente parachutistes de la 3 e compagnie du 8 e RPIMa, qui quitteront Castres ce matin pour rejoindre l’Afghanistan via Paris (d’où ils s’envoleront demain pour Kaboul), auront la difficile tâche de remplacer la section Carmin 2 (de la 4 e companie), qui fut décimée le 18 août dans l’embuscade des talibans.

    « Une journée pour dire au revoir, ce n’est pas de trop », grince Mélanie*, la petite amie d’un 1 r e classe sur le départ, l’une des rares à avoir accepté de s’exprimer. Car ici, la Grande Muette mérite plus que jamais son surnom et la population, encore sous le choc, fait bloc autour de ses soldats. « Il faut nous comprendre, explique Annie, une coiffeuse. Ici, chacun a perdu quelqu’un ou connaît une personne qui a été endeuillée. » Anthony Rivière, tué le 18 août, habitait en colocation avec l’un des 1 r e classe blessés, juste au-dessus d’un magasin de lingerie fine. C’est à quelques mètres de là que travaillait la femme de l’adjudant Devez, lui aussi tombé « on est tellement tristes pour elle », souffle l’une de ses collègues.

    Depuis le fatal « 18 », ici, même les fêtes n’ont plus la même saveur. « Avant, on allait au Quay Night pour danser, maintenant, on discute », résume Mélissa, dont le chéri est parti fin juillet. « Il y a peu, dans cette boîte, Lionel, l’un des jeunes qui va partir, à peine ses classes terminées, s’est effondré en pleurs », raconte une autre épouse, dont le budget téléphone a explosé ces dernières semaines.
     Le week-end dernier, un autre sujet de conversation était sur toutes les lèvres : la désertion de Makhou, un Sénégalais qui a pris la poudre d’escampette via la gare de Castres, un matin à l’aube, à une semaine du départ. « Il était volontaire, c’est lâche pour ceux qui nous attendent là-bas », juge Philippe, pour sa part heureux d’avoir été sélectionné.

    Dans un petit café du centre, le seconde classe Philippe raconte les petites nuits pour cause d’entraînement intense ces dernières semaines, qui permet de souder une section nouvellement constituée.



    « Toute la section, assure-t-il, est pressée d’aller là-bas, pour les copains », et aussi « pour venger ceux qui sont tombés ». « Même les blessés », qu’il voit encore, « voudraient y retourner ». « Avant d’y aller », tout ce qu’il demande c’est que l’armée française « cesse de vouloir faire la guerre à l’américaine avec un budget de Tchétchènes » et, surtout, qu’elle ne pousse plus des jeunots qui n’étaient pas faits pour ça à s’enrôler. « Dans les publicités, on voit les soldats descendre d’un hélico avec une corde lisse. La réalité, c’est qu’on nettoie les chiottes deux fois par jour, qu’on enchaîne les gardes et que là-bas c’est une putain de guerre. »

    * Tous les prénoms ont été modifiés.

    Le Parisien -11 septembre 2008

    Nicolas Sarközy devrait donner l'exemple en envoyant  au moins un de ses deux fils, Pierre et Jean, se battre à Kaboul! Ils ont le même âge que ces jeunes militaires français que nous saluons pour leur courage.

    "Il y a des noms qui protègent des balles", a dit en 14-18 quelqu'un dont le nom m'échappe...

  • L'intervention de Louis Aliot à Evian

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    Il est un peu plus de 15 heures quand Louis Aliot, Secrétaire général, a entamé son intervention en rendant un hommage sincère et émouvant à Alain Griotteray, récemment disparu. Il a prévenu, avec beaucoup d’humour, que même si dans son intervention il allait faire référence au gaullisme, il ne fallait surtout pas y trouver une quelconque sympathie.

    Il commence alors un remarquable balayage de l’histoire en abordant le thème de la Constitution telle qu’elle a été voulue et mise en place par Charles De Gaulle et explique le rôle du Président de la République. Ce qu’il devrait être en tout cas. L’occasion de rappeler que Nicolas Sarközy est loin de tenir ce rôle.

    Extraits :

    “La fonction du chef de l’Etat est l’avant-garde du socle politique a t-il rappelé ! Or Nicolas Sarkozy a mis en œuvre une architecture de la fonction présidentielle contraire à la constitution de 58. Avec lui, le Président gouverne. Et la Constitution est trahie, elle est vidée de sa substance et ce dès 1986.”

    “Les gouvernants mènent leurs politiques en fonction des intérêts extérieurs. L’Etat n’est plus le support privilégié de la souveraineté !”

    Louis Aliot, en professeur de droit constitutionnel, a donné tout au long de son allocution, une belle leçon aux frontistes passionnés par ce cours magistral et a rappelé qu’une Ve République qui a été révisée 24 fois depuis sa création, même si elle porte le même nom qu’à son origine, en réalité…  n’existe plus !

    “Quand on voit les pratiques de Nicolas Sarkozy et de ses amis avec les grands groupes qui dirigent les médias, on peut légitement se poser la question de savoir si ce régime est démocratique.”

    Après une heure d’intervention, l’auditoire passionné a remercié comme il se devait, par des applaudissements très nourris, le Secrétaire général, brillant comme à son habitude.

    Jacques Vassieux, en direct d’Evian pour NPI

    Les articles de NPI sont libres de copie et de diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
    http://www.nationspresse.info

  • Université d'été du Front National à Evian

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    Le président du Front national Jean-Marie Le Pen a assuré qu'il ne prenait "pas sa retraite" et qu'il n'était "pas mort", samedi à l'ouverture de l'université d'été du FN à Evian-les-Bains, sur fond de spéculations sur sa succession.
    C’est ce matin à 10 heures que s’est ouverte à Evian, dans une excellente ambiance de retrouvailles après la trêve estivale , et de camaraderie, la XXIème Université d’Été du Front National. Contrairement à ce que certains prévoyaient, il n’y a pas eu de “bagarre” entre les “partisans” de Bruno Gollnisch” et ceux de Marine Le Pen…et encore moins “de sang”, tout au contraire. Ceux qui étaient venus en espérant voir les responsables du Front National se battre en seront donc, une fois de plus, pour leurs frais.
    C’est le Secrétaire départemental de la Haute Savoie, Dominique Martin, qui a souhaité la bienvenue aux universitaires en regrettant que le beau temps ne soit pas de la partie dans cette belle ville d’Evian au bord du Lac Léman.

    Après avoir rappelé que le FN Haut Savoyard avait reçu 10 fois le Président Jean Marie Le Pen, il a souligné que le FN 74 était une fédération stable puisqu’elle n’avait connu que 3 Secrétaires départementaux en 25 ans d’existence.
    Dominique Martin en a profité pour affirmer haut et fort que le sa fédération est et restera fidèle au Front National. Il a aussi évoqué la bataille juridique qui avait été menée et gagnée par Bruno Gollnisch face à Bernard Bosson, l’ancien député maire centriste d’Annecy, qui avait voulu empêcher le Front National de tenir sa XVIIIème Université d’Été à l’Impérial Palace. C’est le Conseil d’Etat qui à  l’époque avait dans un arrêt très bien motivé, obligé le maire hostile au FN à accueillir le parti politique des patriotes  en indiquant qu’il était “interdit d’interdire le Front National”, faisant ainsi jurisprudence en la matière. Est-ce pour cette raison que le Député Marc Francina n’a pas cherché à s’opposer à la venue du FN dans sa ville ? Nous ne le saurons jamais mais toujours est-il que l’accueil de la population, et des collaboratuers de l’hôtel Hilton a été des plus chaleureux…


    Dans les salons de l’hôtel Hilton à Evian les anciens se sont souvenus ce matin, avec le sourire,  de cette péripétie juridique de 2002.
    Dominique Marin n’a pas manqué non plus de présenter l’histoire, avec de bons mots, de la Haute Savoie et les atouts de ce très beau département tant sur le plan économique que touristique et commercial.
    Il a aussi fait applaudir à tout rompre ses militants qui ont oeuvré a la bonne organisation de cette UDT et plus particulièrement son Secrétaire de Circonscription Patrick Chevallay.

    Il a conclu en souhaitant un très bon séjour aux sympathisants frontistes et a ensuite cédé la parole à Marine Le Pen qui a dit de son côté combien l’espoir était grand de redevenir une des principales force politique de ce pays. De partout a expliqué la Vice-présidente du FN, la colère monte. Sur le terrain les Français disent : ” un impôt de plus par an… On a pas voté Sarko pour ça ! “, “la guerre en Afghanistan… On a pas voté Sarko pour ça !” “la régularisation des clandestins… On a pas voté Sarko pour ça !” “Un demi milliard d’euros à Tapie… On a pas voté Sarko pour ça !”. Sur le terrain, a répété Marine,  la voix de ceux qui ont été trompés par Nicolas Sarközy se fait entendre de plus en plus fort et de plus en plus souvent.

    Et Marine Le Pen de conclure : ” comme l’a dit si souvent Jean Marie Le Pen, tant qu’il y aura une nation française, il y aura un Front National  ! “

    C’est sous un tonnerre d’applaudisements que, Marine Le Pen a alors quitté la salle pour donner une conférence de presse devant de très nombreux journalistes de la presse locale et nationale.

    La journée va se poursuivre avec des intervenants de qualité à l’image du Professeur Jean Richard Sulzer, le Professeur Jean Claude Martinez, Bruno Gollnisch, Louis Aliot , Thibault de la Tocnaye ou encore Olivier Martinelli.

    nations presse.info - 13.09.08

  • Après une messe devant 260 000 personnes, le pape se rend en pèlerin à Lourdes

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    Benoît XVI suscite à Paris une ferveur inattendue
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    Célébration de la messe sur l'esplanades des Invalides- 13 septembre 2008

    Le pape Benoît XVI a quitté samedi après-midi Paris pour Lourdes, où il suivra notamment le chemin du pèlerin, après avoir présidé une messe en plein air aux Invalides suivie sous le soleil par une foule de 260.000 fidèles. Evènement

    Lourdes, qui célèbre cette année "le 150ème anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous", est le but premier de cette visite en France de Benoît XVI, qui attache beaucoup d'importance au culte populaire de la Vierge Marie. Presque tous ses voyages l'ont mené dans un lieu de pèlerinage consacré à la Vierge où il a célébré des messes devant des milliers de fidèles: le sanctuaire de Mariazell en Autriche, Lorette en Italie, Aparecida au Brésil, Altötting en Allemagne, la "maison de Marie" en Turquie.

    Dès son arrivée à Lourdes, où sont attendus quelque 60.000 pèlerins samedi et 120.000 dimanche, il suivra, en papamobile, le chemin du Jubilé, un itinéraire spirituel sur les pas de Bernadette Soubirous. Il visitera l'église du Sacré-coeur, le cachot où vivait la famille de Bernadette Soubirous ainsi que la grotte où l'Immaculée Conception a fait plusieurs apparitions à la jeune bergère.

    Avant de quitter Paris, Benoît XVI a présidé une messe devant une esplanade des Invalides noire de monde. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, en majorité des jeunes, avaient passé la nuit sur place pour être aux premières loges.

    Selon le diocèse de Paris et la police, 260.000 personnes s'étaient massées sur l'esplanade, le pont Alexandre III et la place Vauban toute proche où étaient installés des écrans géants.

    Le pape a officié sur un podium monumental de bois clair qui descendait doucement vers l'assistance et où douze oliviers, symboles de paix, avaient été installés. Une cinquantaine d'évêques et 900 prêtres avaient pris place sur la structure.

    "N'ayez pas peur! N'ayez pas peur de donner votre vie au Christ!", a dit l'évêque de Rome dans un vibrant appel aux vocations religieuses, reprenant, comme la veille devant les jeunes, une exclamation chère à son prédécesseur Jean-Paul II. "Rien ne remplacera jamais le ministère des prêtres au coeur de l'Église! Rien ne remplacera jamais une messe pour le Salut du monde!", a-t-il souligné .

    "Chers jeunes ou moins jeunes qui m'écoutez, ne laissez pas l'appel du Christ sans réponse".

    Les vocations connaissent un déclin constant en France, comme dans la plupart des pays catholiques européens. Il y a actuellement en France 15.440 prêtres diocésains, c'est-à-dire travaillant dans les paroisses, contre 16.859 prêtres diocésains en 2004 et 37.555 en 1970. En 2007, il y a eu 101 ordinations de prêtres, ce qui ne compense pas la baisse des effectifs pour cause de retraite ou de décès.

    Le Souverain pontife a donné la communion à une quarantaine de personnes qui l'ont reçue à genoux, une pratique d'avant le Concile Vatican II, perpétuée par les traditionalistes et à laquelle Benoît XVI est attaché.

    Le Premier ministre François Fillon et plusieurs membres du gouvernement dont Michèle Alliot-Marie (Intérieur), Rachida Dati (Justice), Christine Boutin (Logement) et Xavier Darcos (Education), ainsi que Bernadette Chirac, l'épouse de l'ancien chef de l'Etat, ont assisté à la messe.

    La célébration avait commencé vers 10H00 après l'arrivée du pape en papamobile de l'Institut de France tout proche où Benoît XVI, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, a effectué une courte visite.

    Après l'eucharistie, le chef de l'Eglise catholique a regagné la nonciature pour déjeuner avec les évêques d'Ile-de-France. Il a quitté vers 16H45 la capitale pour Lourdes, deuxième lieu catholique le plus visité après Rome. La cité mariale accueillera ainsi sa troisième visite papale après les deux pèlerinages de Jean-Paul II en 1983 et 2004.

     

  • Résister au mensonge

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    Thierry Meyssan
    A l’occasion du 7e anniversaire des attentats aux États-Unis, nous publions en français un texte de Thierry Meyssan, déjà édité en italien et en russe dans le volume collectif Zéro, pourquoi la version officielle du 11-Septembre est un mensonge. Il y relate comment il écrivit L’Effroyable imposture et ce qui s’en suivit. Bien sûr, ce texte, écrit il y a plus d’un an, doit être mis à jour : désormais les médias russes se sont emparés du sujet. Il est clair que la censure dans les médias occidentaux (qui discréditent et réduisent au silence tous les dissidents, comme on l’a vu ces jours-ci avec l’humoriste Jean-Marie Bigard) ne pourra plus se poursuivre longtemps.

    En ouvrant la polémique sur les attentats du 11 septembre, je n’avais pas conscience de me projeter dans ce que l’on allait bientôt appeler « une guerre globale sans fin ». Je pensais juste faire mon travail de journaliste en relevant les incohérences de la version gouvernementale. Dans les jours qui suivirent, je publiai une série d’articles sur Internet reconstituant la chronologie des faits, minute par minute et pointant le rôle invraisemblable du NORAD (commandement de la protection militaire aérienne). Je notai immédiatement que les auteurs des attentats disposaient de complices à la Maison-Blanche et à l’état-major interarmes ; que les individus accusés d’avoir piraté les avions ne figuraient pas sur les listes d’embarquement ; que l’accumulation d’indices laissés derrière eux n’était pas crédible ; que des explosifs avaient été placés dans les tours jumelles ; qu’Oussama Ben Laden fournissait un alibi commode pour justifier une attaque de l’Afghanistan décidée à l’avance ; et, bien sûr, que tout cela servirait à alimenter le projet de « clash des civilisations » et à justifier des guerres en chaîne.

    Comme beaucoup d’autres, j’avais compris que ce jour-là, le monde avait changé. Pourtant, je continuais à agir et à écrire comme par le passé. Ce n’est que plus tard, en affrontant les difficultés qui allaient surgir, que j’ai trouvé de nouveaux moyens pour défendre notre liberté.

    Je m’aventurai à identifier les groupes capables de monter une telle opération. Ayant étudié les réseaux stay-behind de l’OTAN (communémement appelés Gladio), je fus frappé par un certain nombre de similitudes dans le modus operandi. Je retrouvai dans mes archives la copie d’un bulletin interne de commandos basés à Fort Bragg, connus sous le nom de Forces spéciales clandestines (Special Forces Underground). On y annonçait, huit mois à l’avance, l’attentat contre le Pentagone. Sous la présidence de Bill Clinton, ce groupe —composé de soldats d’élite impliqués dans les principales actions secrètes US à l’étranger— avait été accusé de participer à une conspiration. Dans le contexte, je ne pouvais malheureusement pousser l’investigation beaucoup plus loin.

    Je m’attelai donc à reconstituer en détail les différents attentats pour en mieux comprendre le mécanisme. Cherchant à établir le timing exact de l’attentat du Pentagone, je relus avec perplexité quelques dépêches de l’Agence France Presse :

    AFP | 11 septembre 2001 | 13h46 GMT |
    URGENT Le Pentagone évacué après la catastrophe du World Trade Center
    WASHINGTON - Le Pentagone a été évacué mardi près de Washington après qu’une attaque terroriste eut visé les tours du World Trade Center à New York, ont indiqué des responsables américains.
    jm/vm/glr

    AFP | 11 septembre 2001 | 13h54 GMT |
    URGENT Deux explosions au Pentagone (témoin)
    WASHINGTON - Deux explosions ont secoué le Pentagone mardi matin et de la fumée sort d’un mur du bâtiment, a-t-on appris auprès d’un témoin, Lisa Burgess, journaliste du Stars and Stripes.
    jm/gcv/vmt

    AFP | 11 septembre 2001 | 14h51 GMT |
    URGENT Un avion se dirige vers le Pentagone
    WASHINGTON - Un avion se dirigeait mardi matin vers le Pentagone près de Washington, a indiqué un responsable du FBI à l’AFP.
    smb/cw/vmt

    AFP | 11 septembre 2001 | 16h07 GMT |
    Un avion s’écrase sur le Pentagone (témoin)
    WASHINGTON - Un avion de ligne s’est écrasé mardi sur le Pentagone, frappant violemment le bâtiment situé près de Washington au niveau du premier étage, a rapporté un témoin, le capitaine Lincoln Liebner.
    « J’ai vu ce gros avion d’American Airlines arriver rapidement et à basse altitude », a déclaré ce témoin.
    « Ma première idée est que je n’en avais jamais vu si bas », a-t-il ajouté. « J’ai réalisé ce qui se passait juste avant qu’il ne percute » le bâtiment, a noté le capitaine en précisant qu’il avait entendu des gens crier sur le lieu du drame.
    Le Pentagone se trouve en Virginie, à environ un kilomètre du deuxième aéroport de Washington, Reagan National Airport.
    jm/gcv/vmt

    Selon la version gouvernementale, un avion de ligne s’est écrasé sur le Pentagone à 9h38 (13h38 GMT), mais selon les dépêches AFP, il y a eu des explosions dans le bâtiment avant le crash de l’avion. Il y aurait donc eu non pas un, mais plusieurs attentats au Pentagone.

    Je me mis donc à collationner toutes les photos disponibles de la scène du crime pour voir s’il y avait ou non des traces d’explosions distinctes.
    Toutefois une autre question me taraudait l’esprit : comment le rédacteur de l’AFP pouvait-il avoir intitulé l’une de ses dépêches « Un avion se dirige vers le Pentagone » ? En effet, on peut observer qu’un avion se dirige vers Washington, mais comment savoir si, une fois arrivé, il ciblera le Pentagone plutôt que le Capitole ou la Maison-Blanche ? Décidément, cette histoire n’était pas claire.

    Je présentai les photos que j’avais réunies à quelques amis compétents : un ex-pilote de chasse, un pompier, un artificier. Le pilote ne comprenait pas pourquoi les terroristes s’étaient lancés dans une manœuvre compliquée pour crasher leur avion sur la façade au lieu de piquer simplement sur le toit. Le pompier et l’artificier s’étonnèrent de l’incendie qui ne rappelait en rien ceux que causent des crashs d’avion. J’observai alors ce que tout le monde aurait dû noter dès le premier instant : il n’y avait aucun orifice dans la façade par lequel un avion aurait pu pénétrer dans le bâtiment, ni aucune épave d’avion à l’extérieur. Parce que tout simplement, il n’y avait pas eu d’avion.
    Je venais de trouver « l’œuf de Christophe Colomb » et l’Amérique ne m’en serait pas reconnaissante.

    Reprenant à son tour les photos, mon fils aîné, Raphaël, mit en évidence l’impossibilité de la version gouvernementale sous la forme d’un jeu des sept erreurs qui fit le tour du web mondial en quelques heures. Alors que mes articles n’étaient disponibles qu’en français, les légendes de ces photos furent rapidement traduites dans les principales langues tandis que le caractère ludique de leur présentation assura leur popularité. La gigantesque machine de propagande mise en marche par l’Alliance atlantique pour imposer la version gouvernementale avait éveillé l’intérêt du public pour tout ce qui touchait aux attentats. Porté par cette vague, le « jeu des sept erreurs » attira une dizaine de millions d’internautes en deux semaines. Pour la première fois, une opération d’intoxication planétaire était dévoilée aux yeux de tous en temps réel. C’est ce que les communicants du Pentagone, dépassés par ce revirement, ont appelé « la rumeur »

    En résumant mon enquête par quelques photos et en interpellant les internautes pour qu’ils jugent par eux-mêmes, Raphaël réussissait à capter l’attention du public comme il avait déjà su le faire en d’autres occasions avec le même succès. Mais —contrepartie de cette simplification—, il réduisait la question à une simple affaire de communication gouvernementale mensongère en la privant de sa dimension politique. Dans cette période, je reçus le soutien massif de mes confrères. Des débats s’engagèrent sur les forums professionnels comparant l’attentat du Pentagone au charnier de Timisoara (en 1989, la presse s’était faite gruger par les opposants à Caucescu qui présentèrent des corps autopsiés comme s’il s’agissait de cadavres de suppliciés).

    Je poursuivis mon enquête. J’explorais aussi bien les secrets de la nouvelle politique énergétique de Dick Cheney conduisant inévitablement les troupes de l’empire à faire main basse sur les réserves d’hydrocarbures du « Grand Moyen-Orient », que l’étrange parcours d’Oussama Ben Laden de la Ligue anti-communiste mondiale à l’émirat des talibans.

    En Amérique du Nord, le principal hebdomadaire hispanique d’information générale, Proceso, reprit intégralement en octobre un long dossier que j’avais consacré aux liens financiers unissant les familles Bush et Ben Laden. Il apparaissait soudain que les deux hommes incarnant « le monde libre » et « le terrorisme » n’étaient pas des inconnus l’un pour l’autre et partagaient des intérêts communs alors même que de mystérieux initiés avaient réalisé de fabuleux profits en spéculant à l’avance sur les attentats. Ce sont ces informations qui achevèrent de convaincre des leaders états-uniens que les comploteurs n’étaient pas dans une grotte afghane, mais à la Maison-Blanche. La représentante de Georgie, Cynthia McKinney, interpella l’administration Bush au Congrès. Sa voix fut recouverte par les vociférations patriotiques, mais le doute venait de faire son entrée au Capitole.

    En définitive, je réunit mes différents articles et les publiai sous forme de livre en mars 2002. Cette nouvelle présentation, sous une forme synthétique et cohérente, de données que j’avais distillées durant six mois transforma brutalement la nature du débat. Nous quittions les discussions sur le détail des faits pour embrasser à nouveau leur signification politique. Nous passions de la remise en cause de la communication gouvernementale à la désignation des criminels. D’autant que l’essentiel du livre était une analyse de la transformation à venir des États-Unis en un État militaro-policier et une description de leur nouvelle tendance expansionniste. Perplexes, mes confrères français se faisaient silencieux, tandis que la presse internationale, de Népszabadság en Hongrie à Tercera au Chili, chroniquait L’Effroyable imposture. Malgré l’absence de toute publicité, l’ouvrage, imprimé à 10 000 exemplaires, était épuisé en cinq jours. Intrigué, un animateur de télévision atypique, Thierry Ardisson, m’invita dans son show. Le livre était alors réimprimé en catastrophe et rapidement vendu à 180 000 exemplaires en France.

    Pour l’Alliance atlantique, je devenais l’homme à discréditer d’urgence. Pour mes confrères, qui m’avaient encouragé jusque là, je passais soudain du statut de sympathique Tintin reporter à celui de dangereux concurrent et d’abominable blasphémateur. Ce fut alors un déluge d’imprécations. À quelques exceptions près, tous les médias respectables me lynchèrent en chœur, le plus acharné étant le quotidien de gauche Libération qui me stigmatisa dans vingt-cinq articles successifs. Dans un éditorial sans honte, Le Monde déplora mon indépendance d’esprit affranchie des contraintes économiques de la profession. Dominique Baudis, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, mis en cause dans mon livre pour son rôle au sein du Carlyle Group, fit téléphoner par ses collaborateurs aux grands médias audiovisuels pour m’interdire d’antenne.

    La polémique prenait un tour d’autant plus surréaliste que la France était en campagne électorale présidentielle. Le clivage entre atlantistes et souverainistes traversait tous les partis. Chaque candidat évitait donc soigneusement de parler du 11 septembre pour ne pas provoquer de dissension dans son propre camp. Les citoyens, frustrés de ne pas voir leurs leaders se prononcer et convaincus que les médias n’admettraient jamais de reconnaître s’être faits berner par les porte-parole de l’administration Bush, se tournaient spontanément vers mes analyses.

    C’est alors que le Centre Zayed, le puissant institut d’études politiques offert par les Émirats arabes unis à la Ligue arabe, m’invita à m’exprimer à Abu Dhabi. Les diplomates s’y pressèrent si nombreux que la plupart ne purent entrer dans la salle et assistèrent à la conférence depuis les jardins aménagés. Elle fut suivie d’une interview d’une heure par l’un des plus célèbres journalistes arabes, Faiçal Al-Kassim, pour Al-Jazeera. Au cours de ces interventions, je présentais de nouveaux éléments et apportais la preuve que l’attentat contre le Pentagone avait été perpétré par un missile des forces armées des États-Unis. Surtout, j’appelais les États membres de la Ligue arabe à demander la constitution d’une commission d’enquête internationale par l’Assemblée générale de l’ONU. La polémique politique franchissait un pas de plus et s’installait désormais dans les relations internationales.

    Le département d’État, qui avait pourtant dépêché une délégation de sept diplomates pour m’écouter, fut un peu long à réagir. Le Centre Zayed publia une version arabe de L’Effroyable imposture, dont 5 000 exemplaires furent offerts par le souverain aux principales personnalités politiques et intellectuelles du monde arabe. Les États arabes refusaient d’endosser la responsabilité collective des attentats. La Ligue arabe et le Conseil de coopération du Golfe étaient en ébullition. Il devenait urgent pour Washington de discréditer le Centre Zayed. Une campagne de diffamation fut lancée pour couper ce prestigieux institut de tout contact étranger. En définitive, les Émirats arabes unis décidèrent de le fermer, quitte à créer une nouvelle structure plutôt que de s’épuiser dans une vaine polémique.

    L’Effroyable imposture était traduite en vingt-six langues et propulsée numéro 1 des ventes dans tous les pays du bassin méditerranéen, sauf Israël. Comme j’utilisais les premiers bénéfices perçus à financer les activités éditoriales du Réseau Voltaire dans le tiers-monde, les atlantistes se mobilisèrent pour organiser la faillite de mon éditeur de sorte que je n’ai jamais touché des droits d’auteur qui s’annonçaient considérables.

    Washington exerçait toutes sortes de pressions sur la France pour qu’on me fasse taire. Une organisation sioniste appela au boycott du Festival de Cannes par Hollywood, que Woody Allen parvint à désamorcer. Le département de la Défense menaça les médias qui persisteraient à rendre compte de ce débat de leur supprimer toute accréditation. La chasse aux sorcières se généralisait.

    Simultanément, des voix libres se faisaient entendre en Europe. Notamment, celle de l’ancien ministre allemand Andreas von Bülow et celle de l’ancien chef d’état-major russe, le général Leonid Ivashov. L’opinion publique mondiale et les chancelleries étaient partagées. Après vérifications, les principaux services de renseignement militaires étaient convaincus de la supercherie de l’administration Bush. De sorte que l’on peut dire qu’en moins d’un an, la plus gigantesque opération de propagande de l’Histoire avait échoué.

    C’est avec un net retard sur le reste du monde que le mouvement pour la vérité s’est développé aux États-Unis. Une longue période de deuil était nécessaire aux États-Uniens avant de retrouver leur esprit critique.

    Pendant ces cinq années qui se sont écoulées depuis le 11 septembre 2001, j’ai reçu plusieurs milliers de menaces de mort par courrier postal et par e-mail et j’ai dû affronter de grands dangers. Dans tous mes déplacements, des États et parfois des particuliers ont mis à ma disposition des escortes armées et des voitures blindées, sans que j’en fasse la demande. J’ai appris que l’on pouvait voyager sous de fausses identités et passer les douanes sans contrôle. Je n’ai jamais su précisément qui me protégeait ainsi.
    J’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux chefs d’état-major, des chefs de gouvernement et des chefs d’État pour leur présenter mon enquête sur le 11-Septembre et pour leur communiquer des informations non publiables. Leurs portes se sont ouvertes devant moi avec une étrange facilité.
    De ce que j’ai compris, j’ai gardé le sentiment d’une dette personnelle vis-à-vis de Jacques Chirac, que je n’ai jamais rencontré mais dont la haute figure était toujours évoquée par ceux qui me recevaient et par ceux qui assuraient ma sécurité.

    * * *

    Au cours de ces rencontres à haut niveau, j’ai observé l’évolution des relations internationales.

    Le 11-Septembre peut être analysé comme un crime de masse ou comme une opération militaire, mais il restera dans l’Histoire comme une mise en scène qui a précipité le monde dans des représentations et un discours irrationnels. Les hommes qui l’ont commandité ont voulu faire basculer idéologiquement les États-Unis et ils y sont parvenus. Ce pays est passé d’une conception messianique de son rôle dans le monde à un millénarisme. Il se pensait jusqu’alors comme un modèle de vertu et d’efficacité. Il espérait régénérer la vieille Europe et vaincre le communisme athée. Voilà qu’il s’affirme comme un État au dessus des autres ayant, seul, vocation à administrer le monde.

    Si les symboles de la puissance financière et militaire états-unienne, le Centre mondial du commerce et le département de la Défense, sont crucifiés, c’est pour mieux transfigurer la bannière étoilée. À partir de ce moment, les États-Unis n’ont plus ni adversaires, ni partenaires, ni alliés. Ils n’ont que des ennemis ou des sujets. La rhétorique officielle s’enfonce dans le manichéisme : « Qui n’est pas avec nous est contre nous ». Le monde devient un champ de bataille eschatologique dans lequel les États-Unis et Israël incarnent le Bien, tandis que le monde musulman incarne l’Axe du Mal.

    Ce basculement idéologique consacre le triomphe de la doctrine Wolfowitz sur la doctrine Brzezinski.
    A la fin des années 70, Carter et Brzezinski avaient pris la décision de vaincre le Pacte de Varsovie sans confrontation militaire directe, mais en dressant le monde musulman contre lui (d’abord en Afghanistan, puis en Yougoslavie et en Asie centrale) et de réserver les capacités militaires US pour sécuriser les approvisionnements en hydrocarbures (création du Central Command).
    Mais, dans la foulée de « Tempête du désert », Paul Wolfowitz avait préconisé de profiter de l’effondrement de l’URSS pour abandonner le système de sécurité collective onusien et affirmer la suprématie sans partage des États-Unis et d’Israël. Il convenait alors d’accroître au maximum l’asymétrie des capacités militaires en développant l’arsenal états-uno-israélien et en dissuadant toute autre puissance de se poser en rivale. Ceci impliquait notamment de priver l’Union européenne de toute velléité politique en la noyant dans un élargissement forcé et indéfini.
    Ces deux doctrines stratégiques ont été soutenues par des groupes d’influence économique distincts. Ceux qui rêvent de croissance continue et d’ouverture des marchés comptent sur la stratégie de Brzezinski pour garantir un recul des régimes socialistes et un approvisionnement permanent en énergie aussi bien pour eux que pour leurs clients. Au contraire, ceux qui rêvent de maximiser les ventes d’armes et les profits spéculatifs comptent sur la stratégie de Wolfowitz pour créer des disparités et des tensions, sans crainte des inégalités, des crises et des guerres qui sont autant d’occasions de faire du business.
    Or, le spectre du pic pétrolier —c’est-à-dire le commencement de la raréfaction du pétrole exploitable— a convaincu une société malthusienne que la paix était impossible à moyen terme et que l’avenir appartiendrait aux prédateurs.

    Le monde actuel doit faire face à deux États expansionnistes, les États-Unis et Israël. Tous deux sont emportés par une logique qui les dévore de l’intérieur : ils concentrent toutes leurs capacités sur l’accroissement de leur puissance militaire au détriment de leur développement intérieur. Ils ont consacré presque toute leur activité à l’économie de guerre, de sorte que pour eux, c’est la paix qui serait funeste. Ils sont contraints à la fuite en avant ou à la faillite. Cependant, leur appétit ne menace pas tout le monde de la même manière et pas en même temps.

    Les Européens se sont comportés comme des autruches. Ils ont refusé la vérité sur le 11-Septembre parce qu’ils croyaient pouvoir rester des alliés des États-Unis alors qu’ils n’étaient plus que des proies. Ils ont admis sans broncher l’attaque de l’Afghanistan par les Anglo-Saxons, le dégagement d’un long corridor leur permettant à terme de drainer les hydrocarbures de la Caspienne, et la plantation de vastes champs de pavot pour s’emparer des marchés européens de l’opium et de l’héroïne. Certains Européens, conduits par la France, ont cru pouvoir s’opposer à l’invasion de l’Irak. Mais ils n’ont pu que dire le droit et ont été punis de leur audace en étant contraints de payer cette guerre, par l’entremise de la dollarisation forcée des réserves monétaires de la Banque centrale européenne. Reculant un peu plus, les mêmes Européens tentent aujourd’hui de jouer les médiateurs avec l’Iran comme si leurs efforts diplomatiques pouvaient infléchir la volonté de l’Empire.

    Loin de ces atermoiements pitoyables, le monde musulman et les États latino-américains ont fait preuve de lucidité. Ils ont vite compris qu’après avoir été considérés comme des variables d’ajustement durant la Guerre froide, puis comme des pions sur le « grand échiquier » de Zbignew Brzezinski, ils étaient promis à l’extermination. Ils avaient le tort d’habiter au mauvais endroit. Les premiers gênaient l’exploitation des hydrocarbures ; les seconds utilisaient leurs terres pour se nourrir au lieu de cultiver les biocarburants indispensables aux 4x4 des yankees. Ce n’est donc pas un hasard si cheik Zayed aux Émirats, puis Saddam Hussein en Irak et Bachar el-Assad en Syrie furent les premiers chefs d’État à briser explicitement le mensonge. Et, dans la même logique, ce sont aujourd’hui les deux principaux leaders des non-alignés, le Vénézuélien Hugo Chavez et l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad qui sont les plus diserts sur le sujet.

    Les dirigeants russes, quant à eux, se sont divisés selon un clivage préexistant. Ceux qui étaient préoccupés d’enrichissement rapide ne voulaient pas compromettre leur business international en s’aliénant les États-Unis. À l’inverse, ceux qui rêvaient de retrouver le statut de superpuissance préconisaient d’affaiblir Washington en révélant ses mensonges.
    Pragmatique, Vladimir Poutine n’a pas tranché, mais a agi de manière à ce que la Russie tire le plus grand profit de la situation. Il s’est moyennement indigné de la guerre en Afghanistan, tant il s’amusait de voir les États-Uniens détruire eux-mêmes l’émirat des talibans qu’ils avaient constitué principalement pour servir de base arrière à la déstabilisation de la Tchétchénie. Il s’est opposé à l’invasion de l’Irak, mais plutôt que d’affronter aux États-Unis, il a choisi de les embourber sur place en soutenant en sous-main la Résistance. Il a adopté la même attitude à propos du Liban et a été surpris —comme tout le monde d’ailleurs—de la victoire du Hezbollah sur le régime sioniste. Il souffle aujourd’hui le chaud et le froid sur l’Iran.
    Progressivement, il place son pays non en rival des États-Unis, mais en protecteur des faibles et en arbitre. De ce fait, il s’abstient de toute déclaration sur le 11-Septembre et laisse abondamment s’exprimer à sa place les vétérans du KGB.

    Après avoir plus ou moins longtemps cru à un cauchemar qui s’évanouirait au réveil, les gouvernements du monde entier ont pris la mesure du problème posé par le 11-Septembre et la transformation des États-Unis. Il appartient à chacun de protéger son pays, ce qui n’interdit pas de mener des actions collectives pour paralyser le fauve. Les forces armées US et Tsahal sont en effet très dépendants de leur ex-alliés. Ainsi, le refus turc de laisser l’US Air Force utiliser son espace aérien pour bombarder l’Irak a contraint le Pentagone a déplacer son dispositif et à retarder son attaque. Si d’autres États s’étaient ainsi opposés passivement à cette guerre, elle n’aurait pas pu avoir lieu.

    Toutefois, le passage à l’action collective suppose une meilleure connaissance du mode de fonctionnement de l’impérialisme et de l’impact que pourraient avoir des mesures nationales coordonnées. C’est à cela que les militants pour la vérité sur le 11-Septembre doivent maintenant se consacrer. Les victimes centre-américaines des escadrons de la mort de John Negroponte doivent échanger avec ses victimes irakiennes. Les Indiens du Guatemala qui ont été parqués dans des réserves par les conseillers israéliens de la junte doivent rencontrer les Palestiniens enfermés dans la bande de Gaza. Les personnes enlevées et torturées en Amérique latine lors de l’Opération Condor doivent débattre avec celles qui viennent d’être enlevées en Europe et torturées par la CIA. Etc. C’est ce que nous avons commencé à faire avec la conférence Axis for Peace.

    Le mensonge du 11-Septembre a fourni la base de la rhétorique de l’administration Bush. Le moment est venu d’admettre que l’on ne peut combattre la politique de cette administration sans dénoncer ce mensonge.

     Thierry Meyssan
    Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).
    10 septembre 2008