Des bénévoles préparent la première distribution
Sur le mur, Coluche s’affiche en citation : « Je suis la manivelle des pauvres, je leur remonte le moral. » Sur les tables, du couscous, des cannellonis et de la ratatouille en conserve, mais aussi des carottes, des pâtes, des biscuits au chocolat… Ce vendredi matin, les bénévoles de l’antenne des Restos du coeur de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne) préparent leurs étals avant l’ouverture et le rush demain de la 24ème campagne hivernale.
Nadège, 34 ans, ancienne cadre dans une entreprise d’électricité, donne, pour la première fois, de son temps aux Restos. « Quand on a deux jambes et deux bras, c’est normal d’aider ceux qui n’ont rien », lance-t-elle.
L’hiver dernier, 237 foyers, soit 450 bénéficiaires, sont venus ici remplir leurs sacs de denrées et récolter des sourires. Et cette année ? Impossible de le savoir précisément, dans la mesure où beaucoup d’inscriptions auront lieu ces deux prochaines semaines. Seule certitude : 137 familles ont déjà postulé, soit une dizaine de plus que l’année dernière à la même époque.
Dans le Val-de-Marne, Monique Guénot, responsable départementale de l’association, s’attend à « une nouvelle augmentation ». C’est un phénomène inéluctable. « Depuis 2003, la hausse est de 58 %. Notre entrepôt est plein à craquer, il va falloir pousser les murs ! » s’inquiète-t-elle.
« Il y a de plus en plus de mères isolées, ces dernières années, en raison de "l’explosion de la cellule familiale" », observe Joëlle, 65 ans, coresponsable de la délégation de Limeil-Brévannes. « On épaule aussi deux anciens ingénieurs, des caissières à temps partiel, des retraités, des jeunes couples… Faut se blinder, on se demande où on va ! On nous force à prendre des responsabilités qui ne sont pas de notre ressort, mais qui appartiennent à l’Etat », juge son camarade Gérard, 68 ans, informaticien à la retraite.
Pour Natacha, 27 ans, son fils de 13 mois dans les bras, les Restos, « c’est vital ». « Grâce à eux, je mange à ma faim et, en plus, je récupère des couches pour mon bébé », souligne cette femme de ménage.
Pour la première fois de sa vie, un Antillais de 23 ans pousse, un brin hésitant, la porte de l’épicerie solidaire. Il n’a pas les moyens de faire ses courses. Alors, il demande une aide alimentaire provisoire. « Je débarque de Guadeloupe, je n’ai pas l’âge d’avoir droit au RMI, je cherche un boulot de brancardier ou d’aide-soignant, mais je ne trouve pas », confie celui qui a un BEP carrières sanitaires en poche...
Henriette, 41 ans, qui élève seule, dans la petite cité HLM voisine, ses cinq enfants, âgés de 7 à 22 ans*, s’inscrit pour la troisième année consécutive. « Coluche, je le remercie chaque jour en priant pour lui », répète cette femme, originaire de la République démocratique du Congo. « Gravement malade », elle ne peut pas travailler et doit faire vivre sa famille nombreuse, avec 800 € de prestations familiales. Elle est soulagée de pouvoir, dès demain, à nouveau repartir sans débourser un centime avec des raviolis, des steaks hachés surgelés, des yaourts aux fruits…
C’est aussi là qu’elle s’habille de la tête aux pieds, comme ses enfants d’ailleurs. « La première fois que j’ai débarqué ici, c’était dur. J’avais l’impression de demander l’aumône. Au début, on est honteux, on se cache, on a peur que les copains de ses enfants disent : Ah, ta mère, elle fait la manche aux Restos. Mais maintenant, je suis à l’aise, il n’y a plus de tabou, j’ai trouvé ici une famille qui m’accueille les bras ouverts », se félicite-t-elle. La prochaine étape ? « Mon objectif, c’est de sortir de cette dépendance et de revenir comme bénévole. » Mais bien sûr!
Le Parisien -30.11.08
* Les aînés ne peuvent-ils pas travailler pour secourir leur mère? Ils devraient avoir honte!