Au pied de la croix de Lorraine en granit rose, les forces de l'ordre contiennent quelque 200 manifestants. Les salariés du site Continental de Rambouillet, où 382 suppressions de postes sont annoncées, souhaitent rencontrer Nicolas Sarközy. En vain : une délégation est invitée à rejoindre des représentants du gouvernement à l'écart du déplacement présidentiel.
Au même moment, le chef de l'État s'entretient avec une autre délégation, celle de la CGT des personnels du centre hospitalier de Rambouillet. Rencontre glaciale. Les syndicalistes ne veulent pas lui serrer la main. Réplique du président : « Ce n'est pas toujours très lumineux ce qu'ils m'ont dit ».
Venu avec Roselyne Bachelot visiter un site pilote de la nouvelle organisation hospitalière, Nicolas Sarközy s'est retrouvé hier au carrefour des inquiétudes des Français. Accompagné du président du Sénat et maire de Rambouillet Gérard Larcher et de ses ministres yvelinois, Christian Blanc, Valérie Pécresse et Christine Boutin, le chef de l'État a voulu rassurer.
« Je m'énerve pas, j'explique », a-t-il lancé devant les 800 personnes réunies pour une table ronde sur la réforme du système de santé. « L'hôpital, c'est 23 milliards débloqués et 100 000 embauches depuis dix ans », a-t-il dit avant de déplorer que « malgré tous ces efforts, le malaise s'est aggravé ». « L'hôpital est le grand absent de toutes les réformes depuis vingt-cinq ans », a-t-il poursuivi, lançant, sourire aux lèvres : « Quelle preuve de confiance que de nous avoir laisser gérer cette question ! »
« Cette réforme, j'y crois et je l'assume », a-t-il expliqué, multipliant les compliments envers Roselyne Bachelot et Gérard Larcher, dont le rapport a inspiré le projet de loi. Le texte, qui prévoit de renforcer les pouvoirs des directeurs d'hôpitaux et la création d'agences régionales de santé, a été vivement contesté à l'Assemblée, y compris à droite. « Il ne faut pas que vous craigniez la réforme », dit-il, promettant que « si il y a des modifications à faire ensuite, on les fera. » Mais Sarközy ne se laissera pas « prendre par les lobbys des grands patrons ou ceux des petits ».
La question hospitalière a été l'occasion de réaffirmer sa volonté de poursuivre les réformes. « Le rôle d'un chef d'État, c'est d'engager les réformes dès le début de son mandat et n'arrêter son travail qu'à la fin de son mandat. » Ce rôle, il souhaite l'assumer sans se « cacher derrière les ministres pour faire un petit coucou si ça marche ». Sans prendre, non plus, la crise pour prétexte. « Avant la crise, explique-t-il, il ne fallait pas faire de réformes, car elles allaient amener la crise. Pendant la crise, il ne faut pas en faire non plus puisque c'est la crise. Et après la crise, on se reposera de la crise. »
Sarközy affiche sa conviction : « Le vrai conservatisme est beaucoup plus celui des élites que celui du peuple français. Ce sont elles qui ont freiné les réformes ces dernières années. » Pour l'avenir il promet : « Je ferai bien d'autres réformes ».
Le Figaro
Qu'est-ce qu'il a contre les élites?