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  • Israël: "Je suis khazar et fier de l'être"

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    Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d'Israël a produits au fil des générations, le sort n'aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l'Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu'elle fût une fière juive, peu d'Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l'ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l'armée musulmane qui envahissait le nord de l'Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d'une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le 6e siècle.

    D'après l'historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling – en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d'autres tribus d'Afrique du Nord converties au judaïsme sont l'origine principale à partir de laquelle s'est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d'Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties – et non à partir d'exilés de Jérusalem – n'est qu'une composante dans l'ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d'Histoire de l'Université de Tel Aviv.

    Dans ce livre, Sand démontrent que les Juifs qui vivent aujourd'hui en Israël et en d'autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l'époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l'Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d'Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s'était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d'Europe de l'Est (des réfugiés du royaume khazar converti au huitième siècle).

    A la différence d'autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l'historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d'années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n'a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune, mais qu'il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l'Histoire, ont adopté la religion juive. D'après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu'un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d'origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd'hui, si quelqu'un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde, n'ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).

    D'après Sand, la description des Juifs comme un peuple d'exilés, errant et se tenant à l'écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d'une « mythologie nationale ». Tout comme d'autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d'or pour ensuite, grâce à lui, forger leur passé héroïque – par exemple, la Grèce classique ou les peuples nordiques– afin de prouver qu'ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).

    Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l'approche de Sand ? « Dans l'Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d'origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste' du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple "rétrospectivement", avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l'historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l'histoire du judaïsme comme l'histoire d'un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »

    - En fait, l'essentiel de votre livre ne s'occupe pas de l'invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d'où viennent les Juifs.

    « Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d'examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j'ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c'est alors ce qui m'a poussé – je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j'aboutirais. J'ai pris des documents originaux pour essayer d'examiner l'attitude d'auteurs anciens – ce qu'ils avaient écrit à propos de la conversion. »

    Shlomo Sand, historien du 20e siècle, avait jusqu'à présent étudié l'histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L'intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 - en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l'histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 - en hébreu). D'une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu'il n'avait jamais étudiées – généralement en s'appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.

    - Des spécialistes de l'histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n'avez "aucune compréhension" et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.

    « Il est vrai que je suis un historien de la France et de l'Europe, et pas de l'Antiquité. Je savais que dès lors que je m'occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m'exposerais à des critiques assassines venant d'historiens spécialisés dans ces champs d'étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu'il décrit. Si je ne l'avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j'avais continué à travailler sur la France, j'aurais peut-être obtenu des chaires à l'université et une gloire provinciale. Mais j'ai décidé de renoncer à la gloire. »

    « Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n'a pas cessé de prier et d'espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d'Indépendance. C'est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L'invention de l'Exil ». Aux dires de Sand, l'exil du peuple de sa terre n'a en fait jamais eu lieu.

    « Le paradigme suprême de l'envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du "Peuple du Livre" qui l'a précédé », dit Sand ; sous l'influence d'autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l'Exil, il déclare que l'exil du peuple juif est, à l'origine, un mythe chrétien, qui décrivait l'exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d'avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l'envoi en exil – événement fondateur dans l'Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j'ai découvert qu'il n'y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n'a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n'ont pas déporté de peuples et ils n'auraient pas pu le faire même s'ils l'avaient voulu. Ils n'avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n'a pas existé avant le 20e siècle. C'est de là, en fait, qu'est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n'a été ni dispersée ni exilée. »

    - Si le peuple n'a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.

    « Aucune population n'est restée pure tout au long d'une période de milliers d'années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l'ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu'à l'insurrection arabe, savaient qu'il n'y avait pas eu d'exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s'en vont pas tant qu'on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l'Etat d'Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d'avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". »

    - Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?

    « Le peuple ne s'est pas disséminé, c'est la religion juive qui s'est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l'influence de l'hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu'à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d'autres régions païennes – par exemple, vers le Yémen et le Nord de l'Afrique. Si le judaïsme n'avait pas filé de l'avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »

    - Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d'Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?

    « Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J'ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l'Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n'avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d'Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d'Espagne, c'étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »

    Aux dires de Sand, l'apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s'est produit à la suite de la conversion du royaume khazar – vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu'à Kiev. Au 8e siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l'hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du 10e siècle, le royaume s'est affaibli et au 13e siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.

    Shlomo Sand revisite l'hypothèse, déjà avancée par des historiens du 19e et du 20e siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l'origine principale des communautés juives d'Europe de l'Est. « Au début du 20e siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l'Est : trois millions de Juifs, rien qu'en Pologne », dit-il ; « l'historiographie sioniste prétend qu'ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d'Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d'Europe occidentale – de Mayence et de Worms – a pu fonder le peuple yiddish d'Europe de l'Est. Les Juifs d'Europe de l'Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l'Ouest. »

    - Si les Juifs d'Europe de l'Est ne sont pas venus d'Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?

    « Les Juifs formaient, à l'Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c'est comme ça qu'ils ont adopté des mots allemands. Je m'appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l'Université de Tel Aviv, qui a démontré qu'il n'y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l'ancienne langue des Juifs n'était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l'historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l'origine des Juifs d'Europe de l'Est et peignait la Khazarie comme la "mère des communautés de l'Exil" en Europe de l'Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d'Europe de l'Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »

    - Pourquoi, selon vous, l'idée d'une origine khazar est-elle si menaçante ?

    « Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : "Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici" – comme l'ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l'existence. »

    - Cette crainte n'est-elle pas fondée ?

    « Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l'exil et de l'errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m'est égal de penser que je suis d'origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l'Etat d'Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l'ensemble des citoyens israéliens. »

    - En fait, vous affirmez qu'il n'y a pas de peuple juif.

    « Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un "peuple yiddish" qui existait en Europe de l'Est, qui n'est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s'est épanoui sur le terreau de ce "peuple yiddish". Je reconnais également l'existence d'une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.

    « Du point de vue du sionisme, cet Etat n'appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l'Etat d'Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n'y a pas lieu de voir en eux une nation. »

    - Qu'y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s'imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?

    « Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C'est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n'a pas d'existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d'un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j'ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j'aurai fait ma part.

    « Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l'origine ethnique, ni la croyance n'auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d'Israël, peut voir qu'ils ne seront pas d'accord de vivre dans un Etat qui proclame n'être pas le leur. Si j'étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c'est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »

    - La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu'au royaume des Khazars et jusqu'au royaume Himyarite.

    « Je ne cache pas que j'éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m'a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu'historien, j'ai une obligation d'écrire de l'Histoire et d'examiner les textes. C'est ce que j'ai fait. »

    - Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d'exil sur sa terre, que sera le mythe de l'Etat que vous imaginez ?

    « Un mythe d'avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd'hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l'existence d'une nation, c'est la promesse d'une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l'avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la "Nakba", entre le Jour du Souvenir et la Journée de l'Indépendance. »

    Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l'université de Tel-Aviv, à l'École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l'histoire de l'Europe contemporaine à l'université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L'Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXe siècle à l'écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)

    (Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

    Ofri Ilani
    (Source: alterinfo.org)

  • Sarközy et Morin démantèlent l'armée

    Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a confirmé mardi 6.000 suppressions de postes annuelles pendant six à sept ans dans les armées, en s'exprimant à huis clos devant quelque 600 officiers et civils de son ministère, a-t-on appris auprès de participants.

    Ces suppressions de postes, civils et militaires, découlent de l'objectif du gouvernement de ne pas remplacer un fonctionnaire partant à la retraite sur deux, a-t-il déclaré en substance lors d'une rencontre à l'Ecole militaire à Paris, selon ces sources.

    De vives inquiétudes ont agité ces dernières semaines les rangs des armées et des services de la défense après une série de fuites sur des rapports envisageant la suppression d'une trentaine de garnisons et de plus d'une dizaine de régiments, celle de 35.000 emplois de soldats ou de 16.800 emplois civils.

    Les effectifs de la Défense s'élèvent à quelque 426.000 militaires et civils. M. Morin a par ailleurs indiqué qu'il annoncerait en juin le nombre et la localisation précise des implantations, bases ou régiments qui seront supprimés ou restructurés.

    Ces décisions, a-t-il souligné, dépendront des conclusions du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, dont la version définitive, arbitrée par le président de la République, est désormais attendue en juin.

    Les suppressions d'unités, a précisé le ministre, ne seront pas mises en oeuvre avant l'été 2009 et seront accompagnées de diverses mesures sociales.

    De la même manière, les externalisations de services (entretien, alimentation, immobilier...) n'interviendront pas avant la deuxième moitié de la prochaine Loi de programmation militaire 2009-2013.

    M. Morin a également confirmé la création de quelque 90 «bases de défense». Employant 2.800 personnes en moyenne, elles réuniront les fonctions administratives et de soutien de plusieurs unités sur un rayon maximum d'une trentaine de kilomètres, a-t-il ajouté.

    Interrogé par l'AFP, un officier supérieur a vu dans les propos du ministres «une vraie conviction qu'il faut changer les choses».

    Relevant qu'il «y avait une véritable attente des personnels», un autre officier s'attendait toutefois à la «déception» de ses hommes, en l'absence d'annonces concrètes sur les restructurations.

    Quant aux syndicats du personnel civil de la défenses, reçus à l'issue de cette première rencontre par le ministre, ils lui ont adressé un «avertissement solennel», dénonçant une «politique destructrice d'emplois».

    «Vous vous préparez à laisser votre nom dans l'histoire comme celui qui aura démantelé le ministère de la Défense, sachez que nous n'entendons pas vous laisser faire sans réagir», ont-ils averti, selon le texte rendu public de leur déclaration.

    La rencontre de l'Ecole militaire était la deuxième du genre, après une première début novembre où M. Morin avait pris cinq «engagements personnels»: maintien de l'effort budgétaire, rationalisation des implantations territoriales, préservation de l'automie de décision de la France, de sa capacité d'action et de ses forces opérationnelles.

    (Le Parisien 8 avril 2008) 

  • Les "jeunes" sont devenus des "lycéens"!

    Des incidents ont éclaté ce matin devant le lycée Gustave Monod de Saint-Gratien, voisin de la ville d'Enghien-les-Bains (Val-d'Oise). A partir de 11 h 30, pendant trois quarts d'heure, des lycéens se sont affrontés aux forces de l'ordre devant l'entrée de cet établissement. Des pavés prélevés sur un terre-plein voisin ont été projetés en direction des policiers.

    Deux d'entre-eux ont été légèrement blessés. Dans le même temps, une voiture a été incendiée, des barrières et des panneaux routiers démontés et arrachés. Les policiers, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes, ont bloqué les accès à Enghien-les-Bains afin de contenir les débordements. Un peu plus loin, à Saint-Gratien, un groupe de lycéens a saccagé les rayons d'une supérette. Toujours dans le Val-d'Oise, des incidents ont été signalés également en fin de matinée à Sarcelles.

    Un léger glissement sémantique!

    Il suffit que les "jeunes" (toujours les mêmes) soient à proximité d'un LYCEE pour être appelés "lycéens" par les médias!

    Parmi ces jeunes CPF, il peut y avoir des jeunes inscrits dans un lycée... Mais ces émeutes, ces altercations violentes avec la police, ces saccages et voiture mise à feu nous rappelent des émeutes où l'on ne parlait pas de "lycéens", mais de jeunes immigrés! 

  • Philippe Randa Diffusion PRIMATICE

    Chers amis lecteurs,

    Ce mois-ci, LA LIBRAIRIE PRIMATICE fête ses deux années d’existence samedi 12 avril (entre 11h00 et 19h00) dans ses locaux situés, comme son nom l’indique, au 10 de la rue Primatice dans le XIIIe arrondissement (métro Place d’Italie).
    Marcelline, Xavier et toute l’équipe de la librairie se joignent à moi pour inviter nos amis et lecteurs à venir prendre un (ou plusieurs) verre(s), et à profiter des nombreuses bonnes affaires qui vous seront proposées ce jour-là.
    Vous pourrez retrouver à cette occasion un grand nombre d’auteurs, ainsi que plusieurs journalistes et collaborateurs de journaux, revues ou sites internet politiquement incorrects.
    Par ailleurs, nos correspondants réguliers ont reçus ces jours-ci le 100e catalogue FRANCEPHI DIFFUSION et toute notre (très) petite équipe n’en est pas peu fière.
    Oui, nous avons une légitime fierté d’avoir pu, en dépit d’innombrables difficultés – manque de temps et surtout de moyens – vous informer des parutions nouvelles des meilleurs éditeurs non-conformistes. Grâce à la librairie Primatice et à Francephi diffusion, des milliers d’ouvrages non-conformistes ont ainsi pû échapper à l’oubli…
    Au fil des années, vous l’avez constaté, nos catalogues se sont enrichis de sujets, d’auteurs, d’éditeurs nouveaux… Nous avons ouvert notre diffusion aux revues, aux DVD, aux CD qu’il est difficile – parfois impossible – à se procurer dans les grands circuits de distribution, leur assurant une promotion inespérée et souvent vitale pour eux.
    Chaque mois, beaucoup d’entre vous nous font part de leur reconnaissance et nous sommes extrêmements sensibles à vos témoignages de sympathie. Pour ma part, j’estime qu’il n’y avait là rien que de très naturel entre hommes et femmes sensibles à la culture française, la défense du patrimoine national et européen, la recherche inlassable d’une meilleure connaissance de l’histoire, l’obsession de lutter encore, toujours et inlassablement contre la désinformation, voire la mahonnêteté intellectuelle.
    Nous avons investis beaucoup de temps, d’énergie et le peu de moyens que notre trésorerie permettait pour aller de l’avant, faire connaître notre librairie parisienne Primatice, améliorer nos services internet, diffuser nos catalogues auprès de nouveaux lecteurs, assurer un meilleur suivi de vos commandes… dans le même temps, tous nos frais ont augmentés : tarifs postaux, prix du papier, façonnage et impression des catalogues, charges sociales, frais divers, etc. J’arrête là une liste encore très longue…
    Aussi, comme il vaut mieux prévenir que guérir, je vous demande instamment de continuer à nous soutenir financièrement par des commandes régulières… QUE CHACUN D’ENTRE VOUS PASSE UNE COMMANDE, même minime, mais qui couvrira ainsi, au moins, les frais d’envoi de plus en plus lourds de nos catalogues.
    Si chacun d’entre vous passe une simple commande de 30 euros, nous pourrons envisager les prochains mois avec sérénité… 30 euros pour nous aider à continuer notre combat éditorial.
    D’avance, merci !
    Avec toute ma sympathie et… à samedi !

    Philippe Randa
    PRIMATICE DIFFUSION DISTRIBUTION
    10 rue Primatice - 75013 Paris
    Tél. 01 42 17 00 48 - Fax 01 42 17 01 21
    Mél. primatice@wanadoo.fr

    Vient de paraître:

    LA MERCATIQUE OU LE NOUVEL ART DE LA GUERRE
    Gilles Falavigna

    Éditions Dualpha
    Collection « À nouveau siècle, nouveaux enjeux », dirigée par Philippe Randa

    « Ce livre fait d’entrée ressortir remarquablement le parallèle, mais aussi l’analogie, entre deux mondes : celui de l’économie et celui du théâtre d’opérations militaires » (extrait de la préface du Gal Christian Piquemal)
    Philosophie d’intelligence économique et boîte à outils de sûreté : La mondialisation peut apparaître comme une grande aventure. Elle peut également apparaître comme une grande menace. L’entreprise, dans tous les cas, doit y faire front. En parallèle, la brutalisation des rapports dans la société met le patrimoine de l’entreprise en péril.
    La mercatique est le nouvel art de la guerre. L’Intelligence Économique en est l’outil d’aide à la décision pour mesurer les forces et faiblesses, opportunités et menaces. D’un côté, ce carré n’est qu’une continuité de la conception économique de la stratégie. De l’autre, c’est un cadrage très militaire qui révèle la nature guerrière du nouveau marché mondial. Pour rendre ce constat utile, l’auteur utilise la méthode basique de gestion de projet : le pourquoi détermine le comment.
    Philosophie et boîte à outil, la raison de l’Intelligence Économique permet de démystifier les prestations de l’univers occulte des services opérationnels de l’action et de les décliner, par niveau d’approfondissement, dans leur rôle de défense des intérêts de la société et des entreprises.
    « Construire le futur, c’est, me semble-t-il, faire face avec lucidité aux pressions du temps, tenir compte de l’évolution économique et sociale, travailler pour réussir, certes mais aussi savoir se défendre dans tous les domaines, avoir, en somme, une mentalité de soldat, dans l’espérance d’un monde de paix et de fraternité. Ne serait-ce pas là notre raison de vivre ? » (extrait de la postface du Gal Jean Combette)
    Gilles Falavigna est responsable d’une société de prestations d’Intelligence économique issue du savoir-faire des services secrets israéliens. Il est également l’auteur d’essais sociétaux.
    248 pages - 25 euros - (ISBN 978 - 2 - 35374 - 072 - 7)

  • IRAK: pillage des musées archéologiques, destructions des sites

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    Lion de Babylone en céramique  Porte d'Isthar ( sauvegardé au Musée archéologique de Berlin)
    Irak : le pillage des musées irakiens par les forces d'occupation


    Selon la chaîne européenne Euro-News, des militaires américains et britanniques sont responsables du pillage de milliers de pièces archéologiques appartenant aux musées irakiens.

    Cette chaîne a souligné la disparition d'objets de valeurs et des pièces extrêmement précieuses des musées irakiens, sous l'œil complice des militaires d'occupation qui ont souvent eux-mêmes participé à ces pillages.


    Euro-News a qualifié d'important le rôle des conservateurs en chef des musées américains et européens dans l'achat et la vente de ces chefs d'œuvres dérobés.


    Selon des sources irakiennes, les responsables culturels de ce pays cherchent, à l'heure qu'il est, pas moins de 3000 objets de valeurs.


    Au mois de mars dernier, des experts du monde entier au deuxième jour d'une conférence sur ce thème sous l'égide de l'UNESCO avaient mis en garde le pillage et le trafic de biens culturels soulignant qu'il connaissait un essor inquiétant, attesté par la mise à sac archéologique de l'Irak.


    «Le fait est que la culture se vend de plus en plus, et de plus en plus cher, d'où un boum du trafic lié aux zones de non-droit», a aussi relevé Françoise Rivière, sous-directrice générale pour la culture à l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).


    Non seulement le pillage lèse le pays concerné, il entraîne aussi le risque d'effacer des pans entiers de son passé en sortant l'objet de son contexte archéologique, ont souligné de nombreux participants à la conférence, conservateurs, directeurs de musée, archéologues ou juristes.


    Le cas irakien est exemplaire, selon Mme Rivière: outre que les fouilles sauvages ravagent parfois les sites au moyen de bulldozers, «nous en sommes au point où nous redoutons que les trafiquants ne jettent ou détruisent des tablettes cunéiformes, car il y en a tellement en circulation que leur valeur est en chute».


    Sur quelque 14 000 pièces volées lors du pillage du Musée de Bagdad, en avril 2003, moins de la moitié d'entre elles ont pu être récupérées, dont environ 4000 pièces à l'étranger, a pour sa part indiqué le colonel américain Matthew Bogdanos, chargé de l'enquête sur cette mise à sac.


    «Il est très difficile de repérer ces pièces. Les acheteurs, des négociants mais aussi des musées, sont patients et attendent», a-t-il souligné.


    Faute de pouvoir lutter contre le pillage avec seulement «1400 gardiens pour quelque 12 000 sites», l'Irak veut que la communauté internationale renforce sa lutte contre le trafic et facilite la restitution des vestiges, a insisté Bahaa Mayah, conseiller du ministre irakien de la Culture.


    «Il y a des pays européens qui saisissent des pièces mais nous demandent d'aller en justice pour les récupérer. Nous n'en avons pas les moyens, ce sont ceux qui sont en possession de ces biens qui devraient prouver la légalité de leur provenance, comme c'est le cas en Grande-Bretagne ou aux États-Unis», a-t-il plaidé.


    Le procureur italien Paolo Ferri, un des artisans de la récente restitution à l'Italie par le musée américain Getty de 42 antiquités, a appelé à continuer à exercer une pression sur les musées, «car même s'ils ont fait de véritables progrès, certains achètent encore des pièces à l'origine douteuse».

    Lundi 07 Avril 2008

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  • L'arnaque monétaire internationale, face cachée de la mondialisation

    “ Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent

    733252396.jpg les banques est semblable, je n'hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. ”
    Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Economiques 1988,
    La crise mondiale aujourd'hui (Ed. Clément Juglar 1999)

    A l'heure où l'on nous rabâche à longueur de temps le problème de la dette publique, qui sert à justifier les réformes liberticides et anti-sociales que notre cher gouvernement fait passer avec plus ou moins de tact, il importe de se poser la question : Comment un état souverain peut-il devoir plus de 1 000 milliards d'euros à différents créanciers ? Lorsque tous les “ experts ” jurent que la relance de la croissance résoudra tous nos maux en diminuant le chômage et en augmentant notre pouvoir d'achat, il est bon de s'interroger sur les fondements de telles assertions. Quand enfin, notre modèle de société se caractérise par le flot toujours croissant de monnaie en circulation, il serait sage de se demander : Qu'est-ce donc que cette monnaie et d'où vient-elle ? Cet article a pour but de dissiper certaines idées reçues et de vous éclairer sur certaines réalités habilement dissimulées par une oligarchie de la finance prétentieuse, peu scrupuleuse, avide de pouvoir et de richesse...



    I - La monnaie n'est pas créée par l'Etat

     
    Contrairement à une idée largement répandue dans le public, la monnaie n'est pas créé par un organisme de l'Etat (autrement dit du peuple).
    En effet depuis le 1er janvier 1999, la Banque Centrale Européenne (BCE) s'est vue transférer les compétences des Banques Centrales Nationales (BCN) des Etats membres. La BCE et les BCN devenus ses sous-traitants forment le Système Européen de Banques Centrales (SEBC).
    La BCE a le monopole d'émission de la monnaie fiduciaire, autrement dit des pièces et des billets de banque. C'est une institution indépendante selon le traité de Maastricht et elle ne peut en aucun cas accorder un découvert ni aucune autre forme de crédit “ aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publiques des États membres ; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. ” (Article 104)
    “ L'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix ”. Et : “ Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté, tels que définis à l'article 2 ” (article 105, paragraphe 1, du traité). La Communauté se donne pour objectifs d'obtenir un niveau d'emploi élevé et une croissance durable et non inflationniste (article 2 du traité sur l'Union européenne).
    Autrement dit, l'Etat français doit financer son déficit en vendant aux organismes privés et à quelques riches investisseurs des bons du trésor. Il s'agit ni plus ni moins de prêts remboursables à plus ou moins long terme et auxquels sont associés des intérêts comme pour n'importe quel prêt contracté par une entreprise ou un particulier. Les détenteurs de ces bons du trésor sont donc les créanciers de l'Etat.


    II - Le processus de création monétaire

     
    Comme on l'a dit au point précédent, la BCE a le monopole d'émission de la monnaie fiduciaire. Or on sait bien qu'aujourd'hui la plus grande partie des transactions s'effectuent en monnaie scripturale (chèques, carte bleue, virements, etc.) qui est la forme dématérialisée de la monnaie. En 2006 par exemple, il y avait 7 387 milliards d'euros en circulation (agrégat M3 - bulletin N°153 de la Banque de France, septembre 2006) dont seulement 552 milliards d'euros de pièces et de billets.

    Mais alors comment sont créés les 6 835 milliards d'euros de monnaie supplémentaire ?

    Ce sont les banques privées qui créent cet argent par l'intermédiaire du crédit. Certains feront appel ici à une deuxième idée reçue pour se rassurer : “c'est l'épargne qui permet le crédit”.
    Malheureusement non, le crédit n'est nullement limité par la valeur des dépôts effectifs dans une banque, comme on pouvait le lire dans un opuscule édité en 1971 par la Banque de France, La Monnaie et la Politique monétaire : “ Les particuliers - même paraît-il certains banquiers - ont du mal à comprendre que les banques aient le pouvoir de créer de la monnaie ! Pour eux, une banque est un endroit où ils déposent de l'argent en compte et c'est ce dépôt qui permettrait à la banque de consentir un crédit à un autre client. Les dépôts permettraient les crédits. Or, cette vue n'est pas conforme à la réalité, car ce sont les crédits qui font les dépôts ”.

    Comment ça se passe ?

    Disons que vous avez besoin de 15 000 euros pour acheter une nouvelle voiture. Vous allez voir votre banquier qui n'a qu'à inscrire la somme sur votre compte, après vous avoir fait signer quelques papiers, vous engageant à lui rembourser le capital qu'il vous a prêté plus les intérêts convenus sous peine de saisie de vos biens. La monnaie est créée par un simple jeu d'écriture. Le banquier porte à l'actif de son bilan une créance de 15 000 euros et au passif les 15 000 euros qu'il vient de mettre sur votre compte.
    Vous pouvez noter que le banquier n'a pas créé les intérêts qu'il vous demande de payer, comme nous le verrons plus loin. Si vous parvenez à rembourser votre prêt, les 15 000 euros disparaîtront de la masse monétaire. C'est pourquoi on qualifie ce type de monnaie de temporaire ou encore de “ monnaie de crédit ”. Seuls resteront les intérêts que vous aurez versés (souvent équivalents voire bien supérieurs au montant emprunté) et qui représentent la rémunération du banquier pour avoir créé de l'argent à partir de rien. Incroyable mais vrai, désolé.
    La seule chose qui permette de limiter l'octroi par les banques de ce type de crédit est une règle prudentielle qui dit qu'une banque ne peut prêter qu'à hauteur de 98% des dépôts qu'elle détient. Mais il faut savoir que parmi ces dépôts une bonne partie provient de crédits accordés par d'autres banques à leurs clients, selon le même procédé douteux décrit ci-dessus.

    III - Le problème des intérêts

     
    Nous avons expliqué que la monnaie n'existait aujourd'hui que sous forme de crédit et donc de dettes. Ni l'euro, ni le dollars ne sont gagés sur l'or.
    Imaginez un instant que tous les citoyens du monde, las de toutes leurs dettes, décident de les régler toutes en même temps. Et bien on peut en déduire alors qu'il n'y aurait plus de monnaie du tout !
    En réalité, et c'est ça le plus incroyable, il est impossible de régler toutes les dettes puisque aucune banque n'a créé la monnaie nécessaire pour régler les intérêts demandés...


    Il est mathématiquement impossible de payer toutes les dettes car pour cela il faudrait plus de monnaie qu'il n'en a été mis en circulation ! Voilà la vraie raison d'être de la doctrine de la croissance. Nous devons créer toujours plus de crédits afin de pouvoir rembourser les intérêts. Mais en créant ces crédits nous engendrons de nouveaux intérêts qu'il faudra payer en faisant de nouveau crédits et ainsi de suite. C'est une spirale sans fin...
    L'intérêt est la cause principale de l'inflation, puisque avec un crédit à 5 % par an par exemple, c'est le double de la somme empruntée qui doit être remboursée sur 15 ans, par le jeu des intérêts composés. L'intérêt est le premier responsable de la pauvreté dans le monde et de l'élargissement de la fracture sociale. Sachez que les prix que vous payez sont constitués à 40-45 % du seul poids des intérêts, comme l'ont mis en évidence dans leurs études Magrit Kennedy et Ralph Becker (vraisemblablement 30-40% aujourd'hui), vous pouvez imaginer la somme colossale qui est transférée du monde de l'économie réelle au monde financier.
    A l'origine les intérêts servaient à rémunérer les épargnants dont les dépôts permettaient d'effectuer les prêts, le banquier se payant grâce à la différence des taux. Mais dans le contexte actuel, étant donné la façon dont la monnaie est créée, cela n'est plus justifié.
    La société civile doit prendre conscience de cette situation aberrante, étudier sérieusement la question et réclamer la fin de ces privilèges absurdes.
    Plus le temps passe, et plus la finance internationale, avec un cynisme effrayant, s'accapare les vraies richesses du monde (les réserves minières, l'eau, la terre, les biens immobiliers, et depuis peu les êtres vivants...) qu'elle achète avec de la monnaie de singe !

    Citation :
    “ Je crois que des institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos privilèges que des armées institutionnelles. Déjà ils ont élevé au sommet une riche aristocratie qui a défié le Gouvernement. Le pouvoir d'émission devrait être pris aux banques et redonné au peuple à qui il appartient.
    Si les Américains permettent un jour aux banques de contrôler l'émission de leur monnaie, d'abord par l'inflation et ensuite par la déflation, les banques et les sociétés qui grandiront autour d'eux priveront le peuple de toute propriété jusqu'à ce que leurs enfants se réveillent sans abri sur le continent de leurs pères. ”
    Thomas Jefferson, 3ème président des Etats-Unis,
    lettre au Secrétaire du Trésors Albert Gallatin (1802)


    IV - Que peut-on faire ?
     
    Pour commencer il faudrait faire l'effort de comprendre. Les économistes prétendument experts ont bon ton de dire que tout cela est tellement compliqué qu'un non-initié ne saurait s'y retrouver. C'est une façon de dissimuler ce qui se cache derrière ce système économique d'un autre âge. Il nous faut une refonte du système économique.
    Et pour commencer, les citoyens doivent reprendre le pouvoir de création monétaire, cédé par nos “ représentants ” aux puissances financières alors que la monnaie est et doit rester au service du peuple. La quantité d'argent injecté dans l'économie doit être proportionnelle à l'indice de croissance, qui correspond à la valeur cumulée des biens et services échangeables dans la zone concernée. Actuellement seulement 5% des transactions mondiales correspond à l'échanges de biens économiques réels. Le reste correspond à la spéculation boursière...
    Selon A.-J. Holbecq : “ Toute la monnaie nécessaire au développement de l'économie doit être produite par la BCE et confiée contre intérêts aux banques commerciales qui la distribueront aux emprunteurs en faisant payer leur travail et expertise par des honoraires. Et tous les intérêts de toute la monnaie créée dans le passé par les banques commerciales et par la BCE doit revenir aux États de la zone euro et donc à la population... C'est certainement plus de 350 milliards d'euros par an ”.
    Un nouveau crack planétaire surviendra bientôt en raison de la chute programmée du cours du dollar qui, je le rappelle, sert actuellement de monnaie de réserve internationale. Ce sera le moment d'exiger de nos élus une refonte complète du système monétaire pour qu'il soit vraiment au service de l'économie et non plus l'instrument de pouvoir d'une minorité de nantis.

    La démocratie restera un vœu pieux si les citoyens se laissent désinformer.

    Prenez votre destin en main : informez-vous !

    La liberté est à ce prix...
    (Source: Alterinfo - 7 avril 2008)