Quatre jours après le séïsme qui l'a ravagé, faisant des dizaines de milliers de victimes, Haïti est toujours en proie au chaos. L'aide humanitaire commence à parvenir aux habitants de l'île, mais elle reste limitée.
Les Etats-Unis ont dépêché une avant-garde de 4.200 soldats, qui ont pris le contrôle de l'aéroport de Port-au-Prince, la capitale. Plus de 6.000 hommes supplémentaires sont attendus. Mais le reste de la ville et de l'île sont privées de protection et le risque d'émeutes se fait plus grand chaque jour.
«Tant que les gens auront faim et soif, tant que nous n'auront pas réglé le problème des sans-abri, nous courrons le risque d'émeutes», a lancé le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, l'un des premiers officiels étrangers à se rendre en visite à Port-au-Prince.
Vendredi soir, un premier cargo a pu livrer ses marchandises, du charbon et des bananes. Les militaires américains ont aussi amené des vivres et du matériel, mais la distribution est un casse-tête pour les sauveteurs dans une île qui ne possède pas d'armée et peu de forces de l'ordre opérationnelles.
Pillages et chaos
Les pillages sont en hausse. Vendredi, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé que ses entrepôts de vivre avaient été mis à sac. Dans une île en proie d'ordinaire à la violence des bandes armées, nombre d'habitants craignent un bain de sang. «Des hommes armés de machettes font irruption pour voler l'argent», raconte ainsi Evelyne Buino, une jeune esthéticienne. «Et ce n'est que le début». «Les gens sont affamés, assoiffés. Ils sont livrés à eux-mêmes. C'est de plus en plus dangereux. Il n'y a plus de police, les gens font ce qu'ils veulent», déplore Léon Melesté, un religieux adventiste.
Un exode est en cours depuis Port-au-Prince, les sinistrés préférant quitter la capitale plutôt que de dormir dans les rues, à la merci des bandes armées. Ils cherchent à rejoindre des zones du pays moins ravagées. Plus de 6.000 détenus ont pu s'évader des prisons du pays et se baladent en liberté au milieu des cadavres et de la désolation. L'ampleur du sinistre se fait plus grande chaque jour. La ville de Leogane a ainsi vu 80% à 90% de ses bâtiments endommagés ou détruits.
La mobilisation continue
Le monde entier continue cependant de se mobiliser. Barack Obama a invoqué vendredi soir Martin Luther King, qui sera à l'honneur aux Etats-Unis lundi. Parlant du «désir de servir et notre générosité d'esprit doivent dépasser les limites de notre communauté», le président américain a affirmé : «En soutenant nos frères et nos soeurs par notre dévouement et notre sens du service, à la fois chez nous et dans le monde, nous rendons hommage à la mémoire du Dr King et réaffirmons notre humanité».
La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, est attendue samedi sur l'île. Dimanche, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, se rendra également sur place. L'ONU a perdu 37 personnes et compte 330 disparus. Les Nations Unies ont demandé en urgence 560 millions de dollars pour aider les Haïtiens.
Plusieurs célébrités ont lancé des initiatives. Dernière en date, celle du tennisman Roger Federer qui mis sur pied une exhibition à l'Open d'Australie afin de lever des fonds en faveur des victimes du séisme . «J'ai pensé, a expliqué le Suisse samedi, qu'on pouvait faire quelque chose pour aider Haïti après ce tremblement de terre tragique. Alors j'en ai parlé à d'autres joueurs de premier plan et ils ont tous estimé qu'on pouvait mettre sur pied un événement. On va jouer des parties de double ou de double mixte dimanche et essayer de remplir ainsi le stade. Il y aura une donation de dix dollars pour venir nous voir jouer», a-t-il expliqué à la presse.
Le rappeur américain d'origine haïtienne Wyclef Jean, qui s'est mobilisé parmi les premiers et a levé 2 millions de dollars en quelques heures, a lui subi les foudres du Better Business Bureau Wise Giving, un groupe d'éthique supervisant les opérations de charité, qui lui reproche ses méthodes et l'opacité de sa comptabilité.
Le Figaro - 16 janvier 2010