A BORD DU TRAIN TARNOW-AUSCHWITZ — Le 14 juin 1940, un train de prisonniers politiques polonais s'achemine lentement vers une ancienne caserne du sud de la Pologne occupée: c'est le premier convoi pour Auschwitz où seront exterminées 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs.
Ils sont 728 hommes, sortis de la prison de Tarnow et poussés par une chaleur étouffante dans des wagons aux fenêtres fermées, pour une destination inconnue.
Les plus anciens reconnaîtront sur le chemin le nom allemand de la ville d'Oswiecim sur une pancarte annonçant "Auschwitz" en caractères gothiques.
Soixante-dix ans après, à l'initiative de l'Association des familles d'Auschwitz, un train parcourt à nouveau lundi symboliquement les quelque 140 kilomètres.
Avant le départ, un petit monument portant les 728 noms et un triangle rouge, couleur des prisonniers politiques, marqué de la lettre P pour Polonais, a été dévoilé sur le quai de la gare de Tarnow.
Un hommage devait être rendu à "toutes les victimes des camps allemands nazis", à l'arrivée dans le camp d'Auschwitz, initialement créé pour détruire la résistance polonaise et les élites du pays, étendu ensuite par l'Allemagne nazie en camp de la mort pour les Juifs d'Europe et devenu symbole de l'Holocauste.
Kazimierz Zajac, 86 ans, refait le voyage. "On nous a dit qu'on nous emmenait dans un camp de concentration mais aucun de nous ne savait encore ce qu'était un camp de concentration", a-t-il dit à l'AFP dans le train.
Il porte tatoué sur le bras le numéro 261 et a gardé précieusement ce même numéro en tissu et le triangle rouge cousus à l'époque sur son uniforme de prisonnier.
Comme en 1940, le convoi a marqué l'arrêt en gare de Cracovie. Là, ces hommes, dont beaucoup avaient tenté de rejoindre par la Slovaquie et la Hongrie l'armée polonaise en France, avaient appris l'entrée ce même jour des troupes allemandes dans Paris.
"C'est comme si le sol s'était dérobé sous nos pieds. Nous avions eu pour but la France, l'armée polonaise et voilà que Paris était occupé et que la France se rendait", a raconté lors d'une interview accordée précédemment à l'AFP l'un d'eux, Kazimierz Albin qui avait 17 ans à l'époque.
Ils sont tatoués de 31 à 758 car trente détenus de droit commun allemands sont déjà là et serviront de kapos. Les premières semaines, ils sont installés dans des bâtiments du Monopole du tabac, non loin de la caserne. Il y a parmi eux un petit nombre de Juifs.
A l'arrivée, ils sont tabassés et placés en rangs. "Les Juifs ne vivront pas plus d'un mois, les prêtres trois mois et pour les autres, la seule sortie possible sera la cheminée du four crématoire", nous a dit le SS Friesch", se souvient M. Zajac, resté dans le camp jusqu'au 19 décembre 1944.
Au moins 227 d'entre eux sont morts à Auschwitz et 300 ont survécu à la guerre.
D'autres convois ont suivi et, jusqu'au printemps 1942, Auschwitz est occupé en majorité par des prisonniers polonais non juifs. Kazimierz Albin, qui a réussi à s'évader en février 1943, sera témoin en 1942 de l'arrivée massive de Juifs de toute l'Europe et de la création d'Auschwitz-II, ou Birkenau, lieu d'extermination des Juifs: hommes, femmes, enfants, vieillards.
Il se souvient avec effroi de convois de "familles sur trois générations" et des détails de l'extermination dans les chambres à gaz entendus dans les conversations des kapos avinés.
AFP. 14/06/10