Toulouse L'ex-juge antiterroriste estime que l'enquête a trop vite éludé l'hypothèse d'un acte intentionnel
Dans ce document, le juge Bruguière redonne du grain à moudre à la piste terroriste. « Il y a eu beaucoup de négligences […] Si elle fait encore débat, c'est la preuve qu'elle n'a pas été évacuée. » La piste intentionnelle avait été rapidement écartée lors de l'instruction, comme l'ont reconnu plusieurs responsables de l'enquête. Serge Biechlin, le directeur d'AZF, et le groupe Grande Paroisse avaient été relaxés au bénéfice du doute en première instance. Mais la thèse de l'accident chimique était largement défendue par les experts.
Double vieLe rapport de Jean-Louis Bruguière revient largement sur le cas Hassan Jandoubi. Tué lors de l'explosion, l'homme avait eu plusieurs altercations avec un camionneur qui avait accroché un drapeau américain dans sa cabine, peu de temps avant le drame.
Proche de la mouvance islamiste aux dires d'une note contestée des renseignements généraux, il avait été retrouvé avec plusieurs épaisseurs de sous-vêtements. Ce qui, selon le médecin légiste, correspond à un rituel chez certains extrémistes kamikazes. Mais les disputes avec les autres salariés peuvent aussi être imputées à la pression générée par des retards pris ce jour-là dans le travail de l'usine.
De même, plusieurs experts de l'islam avaient démonté l'argument de la superposition de vêtements, qui pouvait également s'expliquer par un complexe de maigreur de l'intéressé.
Selon Bruguière, les factures détaillées du téléphone portable d'Hassan Jandoubi auraient dû être mieux explorées, tout comme ses liens précis avec des membres de la communauté d'Artigat, en Ariège, « berceau d'activistes ». Le fait que l'homme utilisait plusieurs boîtiers de téléphone et qu'il se soit rendu en juin 2001 en Allemagne pour acheter des voitures aurait également dû faire l'objet d'investigations plus poussées, selon l'ancien juge.
Quelques heures avant, Roger Marion a utilisé ces mêmes éléments, lors de sa déposition, mais dans un sens contraire. Selon le directeur central adjoint de la police judiciaire en charge des affaires criminelles en 2001, aucun élément ne constituait une raison de penser à un acte criminel et de saisir une juridiction spéciale. « Aucune trace d'explosif n'a été relevée sur les lieux. Il n'y a eu aucune revendication sérieuse. »
Soupçonné par les parties civiles d'avoir rendu « une étude orientée » et par le parquet d'« incarner la piste terroriste », Jean-Louis Bruguière a maintenu sa position. « J'ai fait un travail de consultant. Si je n'aborde pas la piste chimique dans mon rapport, c'est parce qu'on ne m'a pas saisi là-dessus. »
Armelle Parion, à Toulouse
Sud-Ouest - 21/12/11

Communiqué de Bruno Lemaire, conseiller économique auprès de Marine Le Pen, docteur ès sciences économiques


