La défiance n’est pas une politique. Les sondages, cette fièvre d’un moment, peuvent bien dire épisodiquement le contraire, le fait même qu’un Hollande l’ait emporté indique suffisamment qu’on ne se fait guère d’illusion sur l’avenir, qui risque bien d’être semblable à ce que l’on a connu, voire pire. La revendication, à la limite grotesque, d’une normalité assumée, n’engage pas à l’optimisme. Car, dans une situation si anormale, si inquiétante, où tout peut arriver, l’effondrement économique, la guerre mondiale, la guerre civile, il serait nécessaire, au contraire, d’avoir à la tête de l’Etat un chef qui soit autre chose qu’un être « normal ».
Mais passons. Il est vrai que l’agité qui nous a quittés donnait l’impression parfois d’être atteint de troubles gesticulatoires pathologiques. Mais ce n’était sans doute qu’une interprétation erronée, car notre président « normal » actuel semble tout autant animé de cette frénésie de déplacements, d’interventions et de déclarations que son frétillant prédécesseur. La normalité moderne consisterait-elle dorénavant dans l’ubiquité spasmodique ?
Ou bien est-ce un signe de maladie, comme ces mythomanes qui submergent leurs victimes de leur logorrhée, tout en les séduisant, pour cacher le vide de leurs propos ?
Il n’en fallait pas moins pour qu’un menu fretin, venu des eaux polluées de l’extrême droite « identitaire », ne vienne à la rescousse du gros poisson pourri qu’est l’UMP.
Le 29 mai, par exemple, à Toulouse, s’est tenu, devant la préfecture, un « Rassemblement des droites (comme cela sent bon les années 30 !) contre le vote des étrangers ». Cette sauterie qui ne groupait qu’une vingtaine de personnes, mêlait des membres du bloc identitaire, de l’UMP et de l’UNI. La manifestation se réclamait emphatiquement de la Révolution française et de la République. C’est de mode. Riposte laïque, un autre animal de basses eaux, n’a-t-elle pas ouvert le chemin pour ces réconciliations fusionnels autour de « thèmes consensuels », comme la lutte contre le « voile islamique » ? Il est vrai que Sarkozy, après avoir proposé le vote des étrangers quand il était ministre de l’intérieur, avait viré de bord pour des raisons électoralistes. Mais comme nous avons affaire à de l’affichage politique, il n’est nul besoin d’aller fouiner jusqu’à la vase. Le principal est de se retrouver dans le bon camp.
Lequel, au fait ? Le problème, avec les poissons dits pilotes, c’est qu’on ne sait pas s’ils fraient la voie, ou s’ils se contentent d’accompagner la bête. Dans un tout autre ordre de réalité, nous avons aussi la mouche du coche. Ces gros malins d’identitaires croient peut-être, un jour, influer sur cet organe local du mondialisme mercantile qu’est l’UMP. Ou bien ont-ils quelques visions d’un avenir qui ressemblerait aux destins de Madelin et de Longuet. Peut-être au fond l’explication est-elle plus bête : ils croient sans doute à leurs âneries.
Comme les campagnes électorales s’organisent maintenant volontiers par le truchement électronique, nous n’avons pas tardé à recevoir une invitation (anonyme) à signer une pétition adressée aux candidats des partis de « droite ». La thématique de cet appel reprend en partie celle de l’exhibition toulousaine. En gros, il nous est affirmé qu’Hollande n’était pas légitime. Pourquoi ? Parce qu’en fait, la France est majoritairement à droite, et que la zizanie, seule, a empêché qu’elle n’ait basculé du bon côté.
L’argumentation reprend une rhétorique étrangement surannée : il y est question des socialo-communistes, des trotskistes (Mélenchon), des libertaires (les écologistes), des dizaines de millions de morts causés par les régimes communistes. Elle se fonde essentiellement sur la réactualisation de la vieille dichotomie, issue de la Guerre Froide, droite/gauche. L’échec de la droite à s’unir provient surtout d’une bien-pensance qu’imposeraient le « diktat » de la gauche et la pression de médias qui, pourtant, ont été mis en place et contrôlé aussi bien par la droite que par la gauche.
Enfin, nous assure-t-on, « il existe plus de différence entre un homme de droite et un socialo-communiste qu’entre deux hommes de droite ».
L’impudence de ce qu’on pourrait qualifier de boniment de foire est si imposante qu’on en reste quasi coi. On se demande où ces gens ont vécu depuis quelques dizaines d’années. Cela fait penser aux personnages du film de Kustorica, Underground, qui demeurent enfermés pendant de longues années dans une cave, en croyant vivre dans un monde, qui est, de fait, artificiellement façonné pour les berner. Nos militants identitaires sont des sortes de revenants, qui déblatèrent d’antiques antiennes, en croyant que le monde n’a pas changé.
Est-il vraiment utile de rappeler que cela fait belle lurette que la droite et la gauche, en tant que réalités historique, ont cessé d’exister ? Que la classe politique officielle, dans son ensemble, recrutée et sélectionnée par un système inique, a, depuis longtemps, adopté le libéralisme mondialiste, et s’est convertie, non seulement à la société mercantile sans scrupules identitaires, mais s’est inféodée aux Etats Unis d’Amériques et à son bras armé, le sionisme ? Il y a des lustres qu’il n’existe aucune différence, sinon des bagatelles de surface, concernant surtout, à la mode anglo-saxonne, des problématiques « sociétales » et culturelles, des assaisonnements de mœurs, sur lesquelles, du reste, tout ce beau monde se retrouve un jour en accord, quand bien même on y mettrait les formes, entre les tenants du social-libéralisme, mâtiné, si l’on veut, d’esprit libertaire, et un libéralisme « dur » pour qui, l’argent n’ayant aucune odeur, il n’existe pas fondamentalement de légitimité aux résistances à la marchandise conquérante, que ces obstacles soient la nation, la famille, le peuple ou les traditions. Cette caste n’en forme qu’une. Elle constitue l’appui logistique de ce qui nous détruit, notamment en ayant soumis nos forces armées au commandement de l’Otan, c’est-à-dire des Américains, et en promouvant la sous-culture yankee et la langue anglo-saxonne. Mettre l’accent sur le vote des étrangers n’est qu’un leurre, un rideau de fumée qui cache l’essentiel.
La véritable opposition est entre le mondialisme, défendu par la force et la ruse par l’UMPS, et les forces nationales, les mouvements qui essaient, en lien avec d’autres forces internationales réellement patriotiques, d’empêcher la victoire désastreuse du « Nouvel Ordre Mondial ». Soutenir, de près ou de loin, ceux qui ont pris le parti de nos ennemis mortels, c’est peut-être faire preuve de naïveté, mais c’est sûrement trahir le pays et le peuple français. Ce qui ne saurait être sans conséquences.



