Journaliste, écrivain
 

En visite au Lycée français de Berlin, Angela Merkel a bien coché les cases de sa liste de commissions : « Je vais essayer de contribuer à ce qu’évidemment d’autres forces politiques soient plus fortes que le Front national pour autant qu’on puisse le faire de l’étranger. » Après la visite de Barack Obama, son tuteur légal, elle ne pouvait effectivement faire moins ; soit étouffer dans l’œuf toute tentative de renaissance d’un pouvoir fort en Europe.

Quand le président Kennedy était venu faire son numéro de claquettes berlinoises, la feuille de route était déjà sensiblement la même : torpiller l’alliance du général de Gaulle et de Konrad Adenauer et éviter la naissance d’un axe franco-allemand ; la lutte anticommuniste, ou aujourd’hui anti-islamiste, a toujours eu bon dos dès lors qu’il s’agissait de promouvoir les intérêts de l’Oncle Sam.

Tout cela est très logique. Ce qui l’est déjà moins, c’est l’entêtement tout agricole d’une certaine « extrême droite » à lapider Marine Le Pen.

Depuis quelques années, des groupuscules tels que Ras l’Front font l’économie de journaux imprimés sur du papier avec de l’encre dessus, tandis que leurs sites Internet font plus pitié qu’autre chose. Ils ont bien raison. D’autres folliculaires « d’extrême droite » font le vilain boulot à leur place, mettant en doute la vertu d’une Marine Le Pen ou les mœurs d’un Florian Philippot.

Pis : il est reproché à la présidente du Front national de ne pas savoir faire de politique, au seul motif qu’elle bouderait des mouvements tels que LMPT et tiendrait pour quantité négligeable des revendications sociétales telles que la lutte contre l’avortement, voire même la contraception ; revendications auxquelles on pourrait aussi ajouter interdiction du rap à la radio, retour de la dynastie capétienne sur le trône de France et remplacement des ronds-points par des ponts-levis.

On nous parle donc d’une nécessaire « union des droites » en vue du second tour de l’élection présidentielle de 2017, avec la « vraie droite » en nécessaire force d’appoint, il va sans dire. C’est marrant, cette « vraie droite », en plus de trente ans de presse et de militantisme politique, je ne l’ai jamais vue. Dahu ? Trèfle à quatre feuilles ou mouton à cinq pattes ? Ou plutôt si, on l’a toujours vue à l’œuvre pour contrecarrer le Front national. De Pasqua en Millon, de Villiers en Dupont-Aignan, de Miguet en Garcimore : un tel défilé de bonshommes plus ou moins appointés par le pouvoir a tout de même de quoi vous donner le tournis.

Alors oui, Marine Le Pen fait de la politique. Tend à délaisser les questions sociétales pour se concentrer sur la seule raison qui vaille, sachant bien que les voix qui pourraient l’amener au pouvoir peuvent venir tout autant, voire plus, de la gauche que de la droite.

La question sociale ? Celle de la France des oubliés, des invisibles, de nos campagnes qui se meurent, des villes qui s’enlaidissent, du chômage de masse, alors que d’autres en sont encore à mendier les oracles de grands patrons – de droite, paraît-il –, mais qui auraient la fibre sociale et catholique…

Mais question sociale qui en amène une autre, plus politique : cette mondialisation globalisée est principalement le fait des Américains, donc d’une idéologie libérale, consumériste et hédoniste. Certains, à droite, prétendent qu’il est possible de dompter la bête. Marine Le Pen n’y croit pas. Les chômeurs de longue durée, les travailleurs contraints de dormir dans leurs voitures, les paysans qui se suicident, les Français qui ne se sentent plus chez eux en France non plus. Au secours, Marine !

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