En termes diplomatiques mais sans équivoque, le porte-parole de Barack Obama a fait part de l'agacement américain à l'encontre du Premier ministre israélien.

"Le protocole classique est que le dirigeant d'un pays prenne contact avec le dirigeant du pays dans lequel il se rend, c'est certainement la façon dont les voyages du président Obama à l'étranger sont organisés, et cet événement semble donc être un écart au protocole", a déclaré Josh Earnest. "Les Israéliens ne nous ont pas informés du tout de ce voyage", a-t-il ajouté.

Les deux dirigeants s'étaient parlé au téléphone le 12 janvier. L'invitation s'assimile effectivement à un geste de défiance.

Outre l'incident protocolaire, la venue du Premier ministre israélien interviendra en plein débat américain sur le nucléaire iranien.

Une bonne partie des élus sont favorables à l'adoption préventive de sanctions contre l'Iran, pour contraindre Téhéran à signer avant la date-butoir du 1er juillet un accord sur le nucléaire. Mais Barack Obama ne veut rien céder de son pouvoir de négociation, et a promis d'opposer son veto à une telle législation.

Les propos de John Boehner justifiant l'invitation ne laissent guère de doutes quant à son but: ajouter la puissante voix de M. Netanyahu, très sceptique des pourparlers avec Téhéran, à celles des nombreux parlementaires qui veulent défier l'administration.

"Le Premier ministre Netanyahu est un grand ami de notre pays, et cette invitation est la marque de notre engagement sans faille en faveur de la sécurité et du bien-être de son peuple", a déclaré John Boehner. "Face aux défis actuels, je demande au Premier ministre de s'exprimer devant le Congrès sur les graves menaces que l'islam radical et l'Iran représentent pour notre sécurité et notre mode de vie".

Le discours de M. Netanyahu aura lieu à un peu plus d'un mois des élections législatives israéliennes du 17 mars, lors desquelles il espère être reconduit.

L'incident illustre la mésentente notoire entre les deux dirigeants dans les dossiers iranien et palestinien, notamment sur la construction de logements à Jérusalem-Est.

Assis dans le Bureau ovale près de Barack Obama en octobre dernier, Benjamin Netanyahu l'avait mis en garde devant les caméras contre un accord faible qui mènerait l'Iran "au seuil de la puissance nucléaire".

L'Israélien dispose de solides alliés aux Etats-Unis, en particulier parmi les républicains. Parfaitement bilingue, il est régulièrement invité dans les grandes émissions politiques du dimanche, en duplex de Jérusalem, pour peser sur le débat américain sur l'Iran. La visite de M. Netanyahu risque ainsi de prendre un tour partisan, le Congrès étant passé sous contrôle républicain en janvier.