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  • Quelle leçon!

    Un pédiatre suisse, qui dirige plusieurs hôpitaux pour enfants au Cambodge, a refusé les 91.000 dollars issus de la vente aux enchères d'une photo de Carla Bruni nue, par "respect" envers ses patients, a rapporté l'hebdomadaire suisse "Le Matin Dimanche".

     Le pédiatre Beat Richner, qui dirige l'association Kantha Bopha Children's Hospital, s'était vu offrir la somme après la vente aux enchères jeudi à New York de la photo prise en 1993 de l'actuelle Mme Sarközy par le photographe suisse Michel Comte. Ce dernier avait convaincu le vendeur de l'oeuvre, le collectionneur allemand Gert Elfering, de reverser la recette à une oeuvre humanitaire, selon le journal.

     Mais Beat Richner a expliqué dans une interview au Matin qu'il refusait que son institution "soit mêlée à l'utilisation médiatique de la nudité de Mme Bruni". "L'idée de ce don est un moyen d'assurer la publicité de cette vente aux enchères et le renom du photographe. C'est un moyen de se servir de nous", a-t-il dénoncé. Le pédiatre a souligné qu'au Cambodge "l'utilisation de la nudité n'est pas comprise comme elle l'est en Occident". "Ma décision a été prise par respect envers nos patients et leurs mères. L'acceptation d'argent venant de l'exploitation du corps féminin serait perçue comme une insulte", a-t-il fait valoir. La recette de la vente de la photo devrait cependant rester entre des mains helvétiques, car les fonds sont finalement destinés à un projet gouvernemental de l'Institut suisse de recherche de l'eau, qui vise à fournir aux pays pauvres une méthode simple pour transformer l'eau sale en eau potable, toujours selon Le Matin. Interrogé par l'hebdomadaire, le ministère suisse de l'Intérieur a indiqué qu'il acceptait les fonds.

  • Les Affameurs

    Les émeutes de la faim ayant fait irruption dans les journaux télévisés, l'heure est à la mobilisation. De Paris à Washington, chacun y va de son idée pour venir en aide aux populations des pays pauvres incapables de faire face à l'augmentation des prix des denrées alimentaires de base, notamment le riz.

    Pourtant, comment ne pas se sentir mal à l'aise face à ces élans du coeur ? Car les plus généreux aujourd'hui sont peut-être les plus responsables de ce dérèglement planétaire. Les nouvelles habitudes alimentaires des pays émergents, largement importées des pays développés, expliquent en grande partie l'explosion de la demande, et donc les tensions sur les prix.

    Ce n'est pas la seule raison. La concurrence des biocarburants en est une autre, essentielle. Or les Etats-Unis, si généreux avec le Programme alimentaire mondial, ont confirmé leur volonté de doubler les surfaces déjà très importantes qu'ils consacrent aux biocarburants. Face à l'automobiliste américain, le paysan haïtien ne fait pas le poids. Même chose pour l'Europe. Non seulement elle veut développer les biocarburants, mais, dans les négociations internationales, elle maintient une politique protectionniste qui déstabilise depuis longtemps les agricultures du tiers-monde et freine la réduction de la pauvreté.

    Quant à la responsabilité de la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI), elle est également considérable. Pendant des décennies, ces institutions ont expliqué aux pays émergents que l'agriculture avait son avenir derrière elle. Les pays émergents ont ainsi favorisé les cultures d'exportation, destinées à leur rapporter des devises ; ils récoltent aujourd'hui les fruits amers de cette politique. Ainsi le Sénégal exporte des produits alimentaires - que l'Europe taxe quand il a l'audace de vouloir les transformer sur place -, mais doit importer environ 80 % du riz qu'il consomme. Or, non seulement le riz devient rare, mais les spéculateurs en font parfois grimper les prix de 30 % en une journée. La générosité soudaine de l'Occident ne saurait faire oublier la part de responsabilité qui est la sienne dans la crise majeure qui menace aujourd'hui.

    (Le Monde 16 avril 2008)

    Les pays du Tiers-monde, et les "émergents", ont des gouvernements qui sont, eux aussi, largement responsables de ces pénuries alimentaires!

  • Pour l'honneur d'Islam

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    Islam entre ses parents, Billel et Sarah Alaouchiche 

    Il était en lice pour participer au jeu « In ze boîte » de la chaîne Gulli. Mais il a été recalé à cause de son prénom, jugé trop religieux. Les parents d'Islam, 9 ans, ont décidé de porter plainte.

    Fadela Amara se dit scandalisée par cette affaire.

    Il a zappé, « trop dégoûté ». Désormais, à l'heure du dîner, Islam Alaouchiche regarde « les Simpson ». Avant, il ne jurait que par l'émission « In ze boîte », diffusée par Gulli, la chaîne jeunesse de la TNT, propriété du groupe Lagardère Active.

    Mais, depuis quelques semaines, l'enfant de 9 ans, domicilié à Colombes (Hauts-de-Seine), boycotte ce programme, mélange d'« Intervilles » et de « Questions pour un champion ». Il rêvait d'y participer avec son meilleur copain, Jules, et sa maman, Farah, et a postulé sur Internet, a été présélectionné mais, dans la dernière ligne droite du casting, il lui a été demandé de changer de prénom sous prétexte qu'il avait une connotation religieuse.

    Face à cette discrimination révélée par l'hebdomadaire « la Vie », les parents du candidat devenu malheureux s'apprêtent à déposer plainte auprès du procureur de la République. « C'est pour son honneur », martèle le papa, Billel, agent de sécurité. C'est le 16 février dernier qu'Islam, Jules et Farah ont rendez-vous dans les locaux de la boîte de production Angel Productions pour, notamment, des essais vidéo, l'ultime sélection avant l'enregistrement de l'émission, prévue quelques jours plus tard. « Une dame nous a dit : Il y a un problème, votre fils ne peut pas garder son prénom. S'appeler Islam, pour un garçon, c'est comme porter un voile pour une fille. Son collègue a ajouté qu'il représentait une religion qui n'est pas aimée par les Français. J'étais bouche bée. La vérité, ça m'a fait un choc, j'ai pris une gifle ! » témoigne Farah, serveuse à la recherche d'un emploi.

    Les casteurs proposent alors de baptiser l'indésirable d'un « autre prénom arabe » comme « Mohamed » ou « Sofiane ». Farah, « énervée », refuse. « Au moment de partir, on nous a dit : On vous rappellera », se souvient-elle, convaincue à ce moment-là que le téléphone ne sonnera pas, ce qui se confirmera par la suite.

    « Il culpabilise »

    « Moi, j'étais triste, je me demandais ce que j'avais fait de mal. Ensuite, à l'école, je suis passé pour un mytho ( un mythomane) , j'avais juré à mes copains qu'ils allaient me voir à la télé », enchaîne Islam. Depuis qu'on a voulu toucher à son identité, celui qui, pour la première fois de sa vie, s'est senti rejeté, a perdu confiance en lui, ayant l'impression d'avoir été pris pour « un terroriste ». « Pourtant, Islam, en arabe, ça veut dire la paix, le salut », traduit monsieur. Le garçon en survêt, fan de Tony Parker, n'a plus envie de s'inscrire dans un club de basket de « peur de ne pas être accepté par les autres ».

    « Il culpabilise », décrivent ses parents, de nationalité algérienne. Ironie du sort, Islam, né à Marseille, aurait dû s'appeler en fait Islem. « L'officier de l'état civil s'est trompé, il a mis un a au lieu d'un e », assure Billel. Très embarrassée par cette affaire, la direction de Gulli a appelé la famille pour s'excuser. « Ça ne change rien, on veut des excuses écrites. Elle a également invité Islam à venir à l'émission dans le public, pas pour participer », regrette le papa. « Etre dans les gradins, ça m'intéresse pas ! » rétorque le fiston. Chez Angel Productions, dont la patronne a aussi joint les Alaouchiche, on promet qu'Islam a été convié, « dans un premier temps », dans le public parce que le recrutement des candidats pour la prochaine session était clos. « Mais, pour la suivante, on le prendra... »

  • Shimon Pérès au ghetto de Varsovie

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    Invité en Pologne pour les cérémonies commémorant le 65ème anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, le président israélien Shimon Pérès a rendu, mardi 15 avril, un vibrant hommage aux insurgés. "Oui, nous voulons la vengeance, mais une vengeance d'un autre type", a lancé le président israélien devant le monument aux Héros de l'insurrection, au centre de la capitale polonaise. "Après la Shoah et les guerres, a-t-il poursuivi, nous voulons la paix. Cela est notre vengeance. La vengeance, c'est également la création de l'Etat d'Israël et son existence malgré les sept guerres auxquelles il a dû faire face en soixante ans d'existence."

    L'insurrection du ghetto a éclaté le 19 avril 1943. Quelques centaines de jeunes juifs avaient choisi d'attaquer les nazis pour mourir en combattant, plutôt que de se faire envoyer sans résistance vers les camps de concentration. C'est ce qu'a souligné le président polonais, Lech Kaczynski, en déclarant que "les soldats du ghetto n'ont pas lutté pour vaincre, ils ont lutté pour l'honneur". Les nazis durent déployer 3 000 soldats pendant un mois pour venir à bout de ce soulèvement.

    En arrivant lundi en Pologne pour une visite officielle de quatre jours, le président israélien s'est rendu sur le site de l'ancien camp de la mort de Treblinka, au nord-est de Varsovie, où 800 000 juifs, dont 300 000 du ghetto de Varsovie, ont été assassinés par les nazis. Sa visite intervient après celle du premier ministre polonais, Donald Tusk, à Jérusalem. Avant-guerre, 3,5 millions de Polonais, soit 10 % de la population, étaient de religion juive. Les deux pays souhaitent renouer avec cette histoire. La communauté juive renaît aujourd'hui de ses cendres malgré la persistance d'un antisémitisme latent au sein de la droite catholique qui était associée au gouvernement précédent des frères Kaczynski.

  • "La chasse, moi et les criminels de guerre"

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    A droite, Hashim Thaçi, actuel Premier ministre kossovar  

    Selon l'ex-procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, de hauts responsables albanais du Kosovo ont organisé le meurtre de centaines de prisonniers serbes, dont les organes étaient ensuite revendus. La Serbie souhaite une enquête.

    Des prisonniers systématiquement dépouillés de leurs organes quitte à les tuer, leurs reins, leurs poumons revendus à l'international, c'est le scénario de film d'horreur que révèle l'ex-procureure du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie Carla Del Ponte dans un livre à paraître dans le mois.

    Selon la procureure, qui a traqué durant huit ans les criminels de guerre de l'ex-Yougoslavie, environ 300 prisonniers, dont des femmes, des Serbes et d'autres ressortissants slaves, ont été transportés au courant de l'été 1999 depuis le Kosovo jusqu'en Albanie où ils étaient enfermés dans une sorte de prison.

    Là, «des chirurgiens prélevaient leurs organes. «Ces organes étaient ensuite envoyés depuis l'aéroport de Tirana vers des cliniques à l'étranger pour être implantés sur des patients qui payaient», écrit Carla del Ponte dans «La chasse, moi et les criminels de guerre». Et, précise-t-elle, leurs bourreaux n'hésitaient pas à aller plus loin. «Les victimes privées d'un rein étaient de nouveau enfermées dans une baraque jusqu'au moment où elles étaient tuées pour d'autres organes».

    De hauts dirigeants Albanais du Kosovo impliqués

     

    Toujours selon Carla del Ponte, «les dirigeants d'un niveau intermédiaire et élevé de l'UCK étaient au courant et étaient impliqués de manière active dans la contrebande des organes». Or, les responsables de l'organisation indépendantiste kosovare à l'été 1999 étaient Agim Ceku, premier ministre du Kosovo de mars 2006 jusqu'en janvier 2008, et Hashim Thaçi, actuel Premier ministre.

    Si les informations de la procureure sont exactes, le scandale est donc énorme. Mais, comme elle l'avoue elle-même, ses sources, des «journalistes fiables» et des membres de l'ONU, ne suffisent pas à enquêter. Elle déplore d'ailleurs les «violences contre les témoins» prêts à évoquer les crimes de l'UCK durant la guerre du Kosovo.

    La Serbie annonce lundi après-midi qu'elle va demander au Tribunal pénal international (TPI) d'ouvrir «très rapidement» une enquête. A défaut, Belgrade enquêtera de son propre chef.

    Le livre de Carla Del Ponte a déjà fait du bruit. Notamment en Suisse, dont l'ex-procureure est ambassadrice en Argentine. Berne a interdit à Del Ponte de présenter son ouvrage en Italie, estimant qu'il était incompatible avec son statut.

    (Le Figaro -14 avril 2008)

         
  • Farc et attrapes

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    Juan Carlos Lecompte, mari d'Ingrid Betancourt, est allé à El Capricho, en  zone Farc

    Juan Carlos Lecompte sur les traces d'Ingrid Betancourt

    Tout à coup, pile le 4x4 de tête. Les commandos sautent du pick-up et se déploient en bordure de jungle, le doigt sur la détente de leurs fusils d'assaut. En plein milieu de l'ocre de la piste, se dresse une petite table de camping en plastique bleu. Dessus, trois bouteilles vides, une vieille musette militaire, des détritus. Drôle d'invitation à déjeuner. Le capitaine de cette unité d'élite de la police donne l'ordre de ne pas s'approcher. «Typique des Farc ! Mascarade ? Piège à l'explosif ? Le problème, c'est qu'on ne sait jamais à l'avance !» , dit-il, très calmement. Dix kilomètres auparavant, nous avons trouvé dans l'herbe un bout de cordon détonant. Il semblait neuf.

    «C'est un message, pour montrer qu'ils tiennent le terrain, qu'ils ont des informateurs partout, qu'ils sont capables de monter en moins d'une demi-heure une telle mise en scène !» , explique Yolver Larrota, le chef de cabinet du maire de San José de Guaviare, à Juan Carlos Lecompte, assis à sa droite, à l'avant du pick-up tout-terrain de la municipalité, qui a pris la deuxième position dans le convoi. Issu d'une vieille famille de savonniers de Carthagène aux lointaines origines françaises, architecte passé à la pub comme créatif, le mari d'Ingrid Betancourt ne joue pas les héros. Il reconnaît que les routes défoncées, la jungle, les moustiques, la guerre, ce n'est pas son truc. Quand on lui demande si c'est son «premier Paris-Dakar», il cite en riant la chanson de Renaud : «Cinq cents connards sur la ligne de départ !» . Même dans les circonstances les plus dramatiques, un gentleman colombien ne perd ni son sens de l'humour ni l'élégance de l'autodérision.

    Le côté cool de Juan Carlos, c'est sans doute ce qui a séduit Ingrid. Leur première rencontre remonte à 1994, lors d'un week-end organisé dans la propriété de Mauricio Villa, un riche ami commun, dans la montagne, à une heure et demi de route de Bogotá. Passionnée d'équitation, Ingrid montait là sa propre jument, presque chaque semaine. Juan Carlos est fasciné par cette jeune députée, élue au Congrès deux mois plus tôt. Elle ne lui prête aucune attention. Obstiné, le jeune homme se fait réinviter chez son ami à chaque fois qu'Ingrid a annoncé qu'elle viendrait. Six mois plus tard, un dimanche soir, elle accepte qu'il la raccompagne à Bogotá. Sur la route serpentant dans la cordillère, le petit Lorenzo, alors âgé de cinq ans, ne cesse de vomir dans la voiture. Ingrid se confond en excuses ; Juan Carlos lui assure que l'incident n'a aucune importance, réconfortant autant qu'il peut le garçonnet, né du premier mariage de la jeune femme avec le diplomate français Fabrice Delloye. Arrivée à Bogotá, Ingrid envoie sa bonne nettoyer la voiture. Juan Carlos, qui habite tout près, propose à Ingrid une virée à moto. C'est le début de leur relation sentimentale. Deux ans plus tard, le 30 janvier 1997, ils se marient, à Moorea (Polynésie française), de retour d'un voyage en Nouvelle-Zélande, où Ingrid, victime de menaces de mort en Colombie, était allée confier ses deux enfants à leur père, alors en poste à Auckland.

    Depuis six ans qu'Ingrid est séquestrée par les Farc, Juan Carlos n'a pas eu de nouvelles de sa femme, hormis les trois vidéos transmises aux médias par les guérilleros (juillet 2002, août 2003, novembre 2007). Dans celle de 2003, figuraient six messages personnels, qu'Ingrid adressait, dans l'ordre, à Lorenzo, à Mélanie, à sa mère, à son mari, à sa sœur Astrid, à Fabrice. Ému, Juan Carlos évoque le sien, une métaphore, caractéristique du tempérament poétique d'Ingrid : «l'amour est comme un fleuve, les eaux peuvent se séparer, mais elles finissent toujours par se retrouver en aval» .

    La jungle n'est pas vide

     

    Le convoi a repris sa progression dans la jungle. Nous sommes partis le matin de San José de Guaviare, minuscule chef-lieu de province lové dans un méandre du fleuve amazonien, pour rejoindre El Capricho, village perdu dans la campagne, en pleine zone traditionnelle des Farc, où Ingrid aurait reçu des soins, à la fin du mois de février 2008. Juan Carlos a l'intention d'entendre lui-même ce que dit la population. Obstruée de gigantesques nids de poule, la piste fend une végétation inextricable. Une marée verte, à perte de vue, striée de minuscules rios. Parfois, émergent les falaises d'énormes rochers noirs, de la taille d'une colline.

    La jungle n'est pas vide. On croise des jinete, les gauchos colombiens, droits sur leurs chevaux. Ils vous jettent un regard bref, ni chaleureux, ni vraiment hostile, impénétrable. On croise aussi des camions du gouvernement provincial, remplis de terre, où il est écrit «Un pacto political y social». Pour éloigner la population de l'emprise des Farc, les autorités multiplient les constructions de routes, d'écoles, de dispensaires.

    Par moments, le relief s'éclaircit, on tombe sur des clairières, où paissent des vaches. Les fincas ne sont que de misérables baraques de planches au toit de tôle. Ca sent la bouse, l'herbe, le brûlis. La déforestation est apparemment anarchique. Deux Indiens, chaussés de bottes en caoutchouc noir, descendent vers la route, le long d'un sentier. «Ce sont des raspachines (ramasseurs de feuilles de coca)», explique Yolver Larrota, le collaborateur du maire. Cinq cents mètres plus loin, on tombe sur une vaste surface, d'un vert plus pâle. C'est un champ de coca, dont les feuilles, pas encore mûres, poussent entre les squelettes de grands arbres calcinés.

    Malgré les campagnes d'épandage aérien financées par les États-Unis, la production de cocaïne n'a pas grandement chuté en Colombie. Elle est toujours de 600 tonnes annuelles, ce qui représente une valeur de 20 milliards de dollars (un sixième du PIB du pays). Les trafiquants ont développé des espèces qui permettent quatre moissons par an. Dans les années 1980, les Farc ont développé une stratégie originale de broker, qui consistait à acheter à prix fixe la pâte de coca aux paysans, à protéger militairement les laboratoires de transformation, puis à vendre la cocaïne aux narcotrafiquants. Pour communiste qu'elle se prétende toujours, la plus vieille guérilla d'Amérique latine est riche.

    Impôt et terreur révolutionnaires

     

    Le problème est que l'argent ne fait pas bon ménage avec le marxisme. Début mars, deux des sept membres du secrétariat (la direction) des Farc ont été tués. Raul Reyes par une bombe de 250 kg guidée au laser, larguée la nuit par l'aviation colombienne, sur son camp secret, situé à deux kilomètres à l'intérieur du territoire équatorien. Ivan Rios fut abattu dans les montagnes de la cordillère centrale, par l'un de ses propres gardes du corps, qui amena ensuite la main coupée de son chef à la police. À l'informateur comme au tueur, le gouvernement versa la prime promise de 5 milliards de pesos (environ 2 millions d'euros).

    Dans un hameau voisin d'El Capricho, on sait tout de suite à quoi s'en tenir. Peinte en noir sur un réservoir d'eau en ciment, une inscription murale proclame : «Unete a las Farc» (rejoignez les Farc). La calligraphie est soignée, on dirait une affiche murale du gouvernement. Ici règnent l'impôt et la terreur révolutionnaires. En mai 2002, les Farc furent capables d'enfermer dans leur église les paysans du village récalcitrant de Bojaya, puis d'y mettre le feu (119 morts, dont 45 enfants).

    Au dispensaire comme à l'école d'El Capricho, le discours tenu à Juan Carlos Lecompte est le même : «Oui, on voit bien passer, de temps en temps, de petits groupes de Farc, mais jamais Ingrid n'est venue ici. Tout ça est le résultat d'un vaste bidonnage journalistique». Lorsqu'on demande à Bertha Ayala comment elle explique la disparition du médecin et de l'infirmière du dispensaire juste après la date de la supposée visite d'Ingrid, ainsi que celle du curé du village, à qui des paysans ayant vu Ingrid se seraient confiés, la sympathique directrice d'école répond en souriant : «Vous savez, dans la vie, les coïncidences existent. Le médecin et l'infirmière avaient fini leur temps réglementaire. Ils voulaient vivre ailleurs. Quant au curé, il est simplement parti en vacances !» Quelque chose cloche dans l'argument de l'institutrice. Dans ce pays profondément catholique, le curé d'El Capricho, parti fin février (et toujours pas revenu le 12 avril 2008), aurait-il manqué la semaine sainte avec ses ouailles, pour simplement «prendre des vacances» ? Cela ne tient pas debout. Cela sent l'omerta à plein nez.

    Revenu fourbu, tard le soir, à San José, Juan Carlos Lecompte ne sait pas à quoi s'en tenir. D'autant plus que Yolver Larrota lui a confié s'être entretenu avec des paysans début mars, bien avant que les médias ne se mêlent à l'affaire, et que tous lui avaient raconté qu'Ingrid avait bien passé une nuit au dispensaire, à la fin du mois de février.

    Le lendemain matin, nous affrétons un petit Cessna 172, pour survoler la jungle en direction du sud, jusqu'à la bourgade de Calamar. Vus du ciel, les ravages de la déforestation sauvage semblent encore plus dramatiques. Assis à la place du copilote, Juan Carlos ouvre sa vitre, pour balancer des tracts illustrés de photos récentes de Mélanie et Lorenzo. Quelque 8 000 tracts, comme autant de bouteilles à la mer. Il fait le pari que les guérilleros en ramasseront plusieurs, et qu'Ingrid finira par en récupérer au moins un. Juan Carlos espère que l'image de ses enfants, maintenant magnifiques jeunes étudiants, redonnera à Ingrid l'envie de vivre, malgré le calvaire que lui font subir les Farc, depuis six très longues années.

    (LE FIGARO - 15 avril 2008)

  • BRUNO GOLLNISCH: trafic d'organes

    1065688849.jpgmardi 15 avril 2008
    Le Kosovo serbe aux mains des bouchers de l'UCK ?

    Communiqué de Bruno Gollnisch


    Carla Del Ponte, ancien procureur du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, publie un livre, coécrit avec Chuck Sudetic, un américain d'origine croate, qui accuse les chefs Albanais du Kosovo, dont l'actuel Premier ministre Hashim Thaçi, d'avoir fait entre autres, un trafic d'organes prélevés sur des prisonniers serbes.

    L'horreur est à la hauteur du scandale que provoque cette révélation pour le moins inattendue de la part de Madame Del Ponte. On y apprend que des centaines de prisonniers serbes ou slaves se voyaient prélever un rein avant d'être sommairement exécutés pour servir de réserve pour les organes restants.

    Bien que, cette fois ci, la fourniture de preuves soit difficile pour Madame Del Ponte, on remarque à travers cet ouvrage qu'elle se lamente au sujet des violences contre les témoins disposés à parler des crimes commis par les membres de l'UCK. Outre cette étrange naïveté, cette information arrive malheureusement bien tard à l'heure où le nouvel ordre mondial exige l'indépendance du Kosovo, berceau de la civilisation serbe, au profit des terroristes albanais.

    On est aussi en droit de se demander, à la suite de ses révélations, si Madame Del Ponte va changer de camp ? Elle qui fut une vraie passionaria dans sa traque et sa condamnation acharnée des patriotes serbes et croates alors que demeure une impunité plus que douteuse des criminels de guerre et mafieux bosniaques ou albanais.