Juriste
 
 

Ils sont venus, ils sont tous là. À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle dans une France réduite à l’état d’urgence permanent, les ténors du pompeux comité dit « de riposte républicaine » sont venus brandir la victoire potentielle de Marine Le Pen comme l’ultime spectre électoral, dans une tribune parue dans le JDD du 9 avril.

Car c’est là l’ultime crainte, la seule urgence des soutiens précieux de François Fillon. Qu’importe les cinq ans de « socialie » qui ont dévasté la France, ancrant dans ses gènes à coups de boutoir politique le communautarisme pour concept, le métissage comme une chance, l’asservissement de Marianne aux dogmes de Bruxelles.

Amnésie collective, également, concernant les 2.170,6 milliards d’euros de dette publique de la France (98,4 % du PIB fin 2016) dont ces représentants LR sont pour partie débiteurs, par l’incompétence arrogante de leur président Sarkozy.

« Ils sont républicains et craignent l’élection de Marine Le Pen, ils appellent à combattre le clan Le Pen » (JDD du dimanche 9 avril). Nathalie Kosciusko-Morizet, Christian Estrosi, Xavier Bertrand sont donc les gardiens du temple républicain, du Juste et du Vrai. Ils auraient pu déclarer la guerre au terrorisme islamique, combattre énergiquement le chômage qui plonge six millions de nos concitoyens dans la précarité, s’indigner des prières de rue de Clichy et des mosquées salafistes en exercice sur notre sol, rougir de honte face au suicide quotidien d’agriculteurs laminés par la politique commune agricole. Ils auraient pu être du côté de la France et des Français. Mais, à défaut d’avoir le feu sacré, ils l’ont aux fesses, car la présidente du Front national poursuit sa course en tête du premier tour dans les sondages.

Si un mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour était en place en France, Marine Le Pen serait élue le 23 avril prochain.

Dans ce mode de scrutin, celui qui remporte le plus de voix remporte l’élection.

 

Simple comme une démocratie directe, ce système de vote est utilisé pour l’élection présidentielle dans beaucoup de pays : Corée du Sud, Islande, Mexique, Philippines, etc. Au Royaume-Uni, est désigné Premier ministre le leader du parti qui a obtenu la majorité aux Communes, à l’issue d’un scrutin uninominal à un tour.

  

Seulement, en France, nos élites ont la République comme étendard mais la démocratie peu regardante. Le premier parti de France, aux élections régionales de décembre 2015, arrivé en tête au premier tour dans de nombreuses régions, aura subi les alliances « mafieuses » des LR et du PS.

La volonté électorale de plus de 30 % des Français vaut « queue de chie » quand il s’agit de conserver le pouvoir entre amis.
Le parti mariniste n’a droit, jusqu’à présent, qu’à deux députés sur les bancs d’une Assemblée nationale pourtant censée représenter le peuple français, et la proportionnelle étant repoussée à un horizon fuyant, quand elle n’est pas tout simplement balayée d’un revers de la main par les LR.

Avec un scrutin à deux tours à l’élection présidentielle américaine, Donald Trump n’aurait pas été élu. L’engrenage des alliances et bourrages de crânes aurait eu le temps de s’activer.

Marine Le Pen sera probablement en tête du premier tour le 23 avril au soir. Si elle est battue le 7 mai, ce sera par une coalition hétéroclite et, en tout état de cause, celui qui sortira vainqueur des urnes n’aura aucune légitimité pour appliquer son programme.

« Le projet de Le Pen, c’est le village d’Astérix, la potion magique en moins », déclarait NKM au JDD. C’est oublier que les Gaulois étaient aussi d’irréductibles guerriers.

BV 12/04/2017