Par Marie-Violette Bernard

Mis à jour le 23/07/2014 | 15:40 , publié le 23/07/2014 | 15:40

Les 30 000 habitants de Yumen, une ville du Nord-Ouest de la Chine, ont été priés de ne pas quitter la ville. En cause, la mort d'un homme de 38 ans atteint de peste bubonique, le 16 juillet dernier. Selon la chaîne chinoise CCTV, la police impose aux voitures de contourner l'agglomération, alors que 151 personnes ont été placées en quarantaine après avoir été en contact direct avec la victime.

Si les mesures semblent impressionnantes, la bactérie peut toutefois être éliminée facilement grâce à des antibiotiques, explique le Center For Disease Control américain (en anglais). Alors, quels sont les risques liés à cette maladie ? Eléments de réponse avec Anne-Sophie Le Guern, directrice adjointe du Centre national de référence de la peste à l'Institut Pasteur.

Francetv info : Quels sont les symptômes de la peste bubonique ?

Anne-Sophie Le Guern : La peste bubonique [aussi connue sous le nom de peste noire] est due à une piqûre de puce. En quelques jours, on constate l'apparition d'une lésion au point de morsure. La bactérie responsable de la maladie, appelée "Yersinia pestis", voyage ensuite jusqu’au ganglion lymphatique le plus proche et provoque son inflammation. On remarque alors une grosseur au niveau de ce ganglion infecté et douloureux, qui peut parfois se nécroser.

La situation peut alors évoluer de deux façons. Soit la bactérie est éliminée par les défenses immunitaires au niveau du ganglion, où se limite l’infection, et le patient se remet en environ trois semaines. [La guérison est observée dans 20 à 40% des cas de peste bubonique, selon les statistiques de l’Institut Pasteur.] Soit la bactérie passe la barrière du ganglion et se dissémine dans l’organisme : c’est la septicémie. Elle peut alors provoquer la mort sous 48 heures.

Le bacille "Yersinia pestis" est aussi responsable de la peste pneumonique, qui ne se différencie de la bubonique que par son mode de contamination. Elle est transmise d’homme à homme par l’intermédiaire d’aérosols [émis lorsque le malade tousse]. Les symptômes apparaissent plus rapidement que dans le cas de la peste bubonique et, sans traitement, la mort est systématique.

Pourquoi la peste est-elle considérée comme une maladie "ré-émergente" ?

Durant des siècles, il y a eu de grandes épidémies de peste. Puis plus rien. Ce phénomène a donné l’impression d’un "retour" de la maladie ces dernières années. Plusieurs foyers de peste existent actuellement, principalement dans des pays en développement comme la Chine, l’Inde ou certains pays d’Amérique du Sud. La Colombie, par exemple. L'île de Madagascar a aussi été touchée par la maladie. A noter que quelques cas ont été recensés après des séjours dans les parcs nationaux situés dans l’ouest des Etats-Unis.

Il est difficile d'enrayer la maladie parce qu'elle est transmise à l'homme par les rongeurs. Dans le cas du décès survenu en Chine, la victime a sans doute été infectée par un parasite présent sur une marmotte qu'il a découpée : l'animal étant mort, la puce a cherché un nouvel hôte sur lequel s'installer. Or, on ne maîtrise pas complètement ces foyers de rongeurs : certains animaux porteurs du bacille n'entrent jamais en contact avec l'homme et sont difficile à éliminer. D’autres, jusque-là sains, peuvent être contaminés par des bactéries restées au niveau du sol.

Existe-t-il un risque d’épidémie mortelle et de grande envergure, comme l’Europe en a connu durant le Moyen Age ?

A priori non, parce que nous disposons à présent d’antibiotiques, contrairement aux médecins de l’époque. Il existe des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les traitements à administrer aux malades et nous avons des médicaments en réserve. Le scénario le plus probable est que quelques cas se déclareront occasionnellement, mais que les épidémies seront rapidement endiguées grâce à ces antibiotiques. En revanche, nous n'avons pas encore de vaccin pour prévenir la maladie.

A ce jour, la plupart des bactéries responsables de la peste bubonique sont sensibles aux différents traitements dont nous disposons. Il n’existe a priori pas de souche multirésistante, qui serait bien plus difficile à combattre, et nous n’avons pas observé de mutation allant dans ce sens. Cette maladie effraie encore aujourd’hui à cause des grandes épidémies de peste noire qui ont frappé nos pays il y a quelques siècles. Mais il n’y a aucune raison de paniquer.

Francetvinfo