02/12/2006
DELFICA
Ultima cumaei venit jam carminis aetas.
La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants,
Cette chanson d'amour qui toujours recommence?...
Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,
Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence?...
Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l'ordre des anciens jours;
La terre a tressailli d'un souffle prophétique...
Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encore sous l'arc de Constantin
- Et rien n'a dérangé le sévère portique.
Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 )
10:56 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie
19/11/2006
La vie...
La vie n'était que chants et arbres pleins de vent
Violons bleus les collines
Le ciel un baiser d'enfant
Une mer où nageaient les oiseaux
Un infini qui faisait halte au bord des âmes
Et la métaphysique s'en allait entre les harpes
Des voiliers
La vie n'était que chants et vents apportés par l'aile du levant
La vie allait dans des allées où n'allait plus personne
Qu'amours
Femmes aux genoux de safran
Gaëlle Mann (Les Machaons en Macfarlane)
17:08 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paganisme
Marges ...
Marges du soir
la rue comme un cahier où l'écriture s'avance
à petits pas
s'arrête
respire près d'une pêche roulée d'un panier
tentation de l'invisible
du mot seul
égaré hors des lignes
loin des regards derrière les carreaux gris
Gaëlle Mann (La nuit fuyait comme une amante... LA BARTAVELLE)
16:36 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie contemporaine
MANCIE
Jusqu'à une heure avancée de la nuit
dans une fatigue extrême
précisément
j'ai laissé mes mains courir sur les cartes
et les cartes me disaient tout ce que je voulais savoir
tout ce que je savais déjà
les cartes aimaient la paume de mes mains
les phalanges énervées de mes doigts
- tout ce battement comme des ailes lasses...
elles devenaient fagots de carton
couleurs du couchant dans les arbres d'hiver
yeux fardés me fixant pareils à ceux des nocturnes aux aguets
de l'horreur tapie dans l'ombre...
les nombres, les symboles allaient plus vite
encore que cette nuit inquiète et douce
où les cartes à mes doigts s'enflammaient
et retombaient en étincelles.
Il fallait aller vite pour ne saisir rien
que la cendre écarlate des anciens magiciens
que les larmes de miel des sorcières et des fées
de ces vieilles tout égarées dans le grand chagrin
de ces folles qui sont mes soeurs
jusqu'à la vanité du vent
jusqu'au matin de sommeil.
Gaëlle Mann (La nuit fuyait comme une amante... LA BARTAVELLE)
15:55 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Magie
Inédits
La poésie, cette foutaise qui vous dérange le coeur !
*
Ma jeunesse, ne me laisse pas sans un dernier revoir,
La rivière coule encore entre les saules noirs...
*
Accusé au printemps des regards
ne dis rien des visages passés
dans l'outremer des songes
Gaëlle Mann ( dans "Nouvelle Poésie Contemporaine, une anthologie" par Jean Breton)
00:21 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie contemporaine
18/11/2006
Où meurent les jardins
L'amour a peut-être des yeux où meurent les jardins
je me souviens
ces allées désertes
nous deux
qu'importe
mémoire
si la nuit soudain a ouvert le feu
seulement la nuit la plus noire
et l'heure du couvre-feu
Gaëlle Mann (L'été nu derrière les stores)
23:46 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie en liberté
Marseille, la rue Marveyre
Au coin de la rue Marveyre
des putes sont oiseaux de mer
criardes et folles
des becs à dépecer l'enfer
elles viennent se poser
totémiques
aux angles mauves de la mer
d'une autre mode leur solitude
d'une autre coupe leur destin
aux grands soirs d'août
sur hauts socques de fonds marins
elles regardent passer les autres
elles qui sont plus autres encore
Gaëlle Mann (L'été nu derrière les stores)
23:34 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie en liberté
Sans titre
Il y a des âges dans la vie
Comme des creux à marée basse
Où tout lasse passe et repasse
Où l'on se juge et se renie
Il y a des âges dans la vie
Comme des mares de silence
Ou des replis immenses
Où ne voguent qu'oiseaux de nuit
Il y a des âges dans la vie
Qui sont alcools éventés
Bus à une terrasse désertée
Où notre ennui n'a plus d'ami
Gaëlle Mann (Les Machaons en Macfarlane)
23:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie libre
12/11/2006
La magique étude...
Ô saisons, ô châteaux
Quelle âme est sans défauts ?
Ô saisons, ô châteaux,
J'ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n'élude
Arthur RIMBAUD ( Extrait de Vers nouveaux)
21:42 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rimbaud
11/11/2006
Arthur Rimbaud
LE MAL
Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu;
Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu;
Tandis qu'une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant;
- Pauvres morts! dans l'été , dans l'herbe, dans ta joie,
Nature! Ô toi qui fis ces hommes saintement !... -
- Il est un Dieu , qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or;
Qui dans le bercement des hosannah s'endort,
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir!
Arthur RIMBAUD (Poésies)
14:17 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Arthur Rimbaud















