Selon le porte-parole du ministère tunisien de l'Intérieur, Mohamed Ali Aroui, un homme armé "s'est infiltré par l'arrière de l'hôtel et a ouvert le feu". Le bilan est de "27 morts et parmi eux figurent des touristes", a dit à l'AFP M. Aroui dans les minutes qui ont suivi l'attentat.

Le bilan s'est alourdi en soirée à 28 morts, une personne ayant succombé à ses blessures, a déclaré à l'AFP Naoufel Somrani, directeur des services d'urgences du ministère de la Santé, sans pouvoir préciser leur nationalité sans l'immédiat. 36 personnes, notamment de nationalité britannique, belge, allemande et norvégienne, ont aussi été blessées, a-t-il ajouté.

L'auteur est un étudiant tunisien inconnu de la police

L'auteur présumé de l'attentat est un étudiant tunisien inconnu de la police qui avait caché son arme dans un parasol, a indiqué vendredi le secrétaire d'Etat aux affaires sécuritaires, Rafik Chelly. "Il est Tunisien, originaire de la région de Kairouan" l'une des villes saintes de l'islam, située dans le centre de la Tunisie, a déclaré le responsable à la radio Mosaïque FM.

"C'est un étudiant. Cette personne n'était pas connue" de nos services, a-t-il ajouté. Selon M. Chelly "a priori, un seul élément" a mené l'attaque de vendredi. "Il est entré par la plage, habillé comme quelqu'un qui allait se baigner, et il avait un parasol avec dedans son arme. Puis arrivé à la plage, il a utilisé son arme", a ajouté M. Chelly.

51 Belges sur place

L'hôtel visé est le Marhaba, il se situe dans la zone touristique de Port el Kantaoui, aux abords de la ville de Sousse. La chaîne d'hôtels RIU a confirmé vendredi que son établissement situé à Port El kantaoui a été touché par cet attentat. L'attaque a eu lieu sur la plage devant le Riu Imperial Marhaba, indique l'entreprise dans un communiqué diffusé via les réseaux sociaux. "Nous sommes en train de collecter toutes les informations à propos de cet attentat et restons en contact permanent avec les autorités afin de leur décrire ce qu'il s'est réellement passé", annonce le porte-parole de la société espagnole. "Nous exprimons nos plus sincères condoléances aux familles des victimes."

Des touristes figurent parmi les morts mais le ministère de l'Intérieur n'était pas en mesure de dire combien. Plusieurs médias, citant le ministère de la Santé tunisien, affirment que ces touristes sont Britanniques, Allemands et Belges. Les Affaires étrangères belges n'étaient pas en mesure de confirmer cette information vendredi soir, ni le propriétaire de l'hôtel.

L'hôtel touché par l'attentat fait partie du catalogue de tours-opérateurs belges. Selon les Affaires étrangères, 51 Belges logent dans cet établissement. Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, pour sa part, ne disposait vendredi après-midi d'aucune indication sur d'éventuelles victimes belges, a-t-il indiqué à l'agence Belga depuis la Chine. "J'ai appris avec stupeur l'attentat commis en Tunisie. Ce pays en transition n'a pas besoin de se retrouver dans une telle situation", a ajouté le chef de la diplomatie belge.

Un touriste britannique témoigne

Un touriste britannique a indiqué à la télévision SkyNews que l'attaque s'était produite vers midi (11H00 GMT). "Mon fils de 22 ans venait de retourner se baigner (...) quand on a vu à une centaine de mètres à notre gauche ce qu'on pensait être des feux d'artifices", a raconté Gary Pine, venu de Bristol, dans le sud-ouest de l'Angleterre. "C'est seulement quand on a commencé à entendre des balles fuser qu'on a réalisé que c'était beaucoup plus grave que des feux d'artifice". "Il y a eu un exode massif de la plage (...) et il y a eu quelques blessés légers dans le choc ou la panique", a-t-il ajouté. "J'estime avoir entendu une vingtaine ou une trentaine de coups de feu, il y en avait pas mal". "Je suis maintenant à la réception avec environ 200 autres clients étrangers. Doit-on partir? Où aller? C'est d'un calme mortel maintenant", a-t-il encore dit.

L'ambassade de France à Tunis a appelé ses ressortissants par SMS à la vigilance et à "limiter les déplacements et à éviter les rassemblements".

Jetair et Thomas Cook annulent tous leurs vols vers la Tunisie

Jetair a pris la décision de rapatrier une large partie de ses clients présents dans le pays et annule ses prochains vols. "Les hôtels dont les médias parlent ne font pas partie de notre offre", indique de son côté le tour-opérateur Thomas Cook vendredi soir, qui annule ses prochains vols vers la Tunisie.

Le Service public fédéral (SFP) Affaires étrangères a ouvert deux lignes téléphoniques pour informer les familles des Belges qui se trouvent en Tunisie. Il s'agit du 02/501.40.01 (en français) et du 02/501.40.00 (en néerlandais).

Des menaces sur les réseaux sociaux

La Tunisie disait craindre des attentats à l'approche de la saison touristique et avait annoncé des mesures sécuritaires accrues. Des menaces provenant de comptes sur les réseaux sociaux liés à la mouvance djihadiste avaient menacé de nouvelles attaques durant l'été.

Le secteur touristique fortement touché

Cette attaque frappe un pays qui voit monter la menace djihadiste depuis sa révolution en 2011 et survient près de trois mois après l'attaque sanglante contre le musée du Bardo à Tunis, qui avait déjà porté un coup dur au secteur vital du tourisme. Il intervient aussi le même jour que deux autres attaques liées à la mouvance djihadiste, l'une contre une mosquée chiite au Koweit, qui a fait au moins 25 morts et plus de 200 blessé et a été revendiquée par le groupe Etat islamique, et l'autre en France, où un homme est mort décapité.

En 2013 un kamikaze s'était fait exploser sur une plage de Sousse, mais sans faire de victimes. Cette nouvelle attaque survient un peu plus de trois mois après l'attentat sanglant contre le musée du Bardo à Tunis, revendiqué par l'EI. 21 touristes et un policier tunisien avaient péri dans cette attaque menée le 18 mars.

Après cet attentat, le secteur stratégique du tourisme a enregistré en avril de très mauvais résultats, avec un recul sur un an de 25,7% du nombre de touristes et de 26,3% des recettes en devises. Le tourisme, qui représente environ 7% du PIB de la Tunisie et près de 400.000 emplois directs et indirects, était déjà très affecté par les crises politiques à répétition et l'essor de la mouvance jihadiste qui ont suivi la révolution de janvier 2011.

La ministre du Tourisme, Salma Rekik avait annoncé en avril des "mesures exceptionnelles" pour renforcer la protection des sites et circuits ainsi que des contrôles dans les aéroports, les routes et tous les moyens de transport.

La Tunisie, pionnière du Printemps arabe, a malgré les turbulences achevé sa transition avec des élections fin 2014, mais sa stabilité pourrait être menacée par l'essor de la menace djihadiste.

Depuis la révolution de 2011, le pays fait face à l'essor d'une mouvance djihadiste, en particulier à la frontière avec l'Algérie où des heurts réguliers ont lieu entre hommes armés et militaires.

Des dizaines de soldats et policiers ont été tués ces quatre dernières années dans des affrontements et des embuscades, la majorité dans la région du mont Chaambi (centre-ouest) où se trouve le principal maquis djihadiste en Tunisie.