L'Afrique est-elle vraiment le berceau de l'humanité? Pourquoi l'homme est-il aujourd'hui seul sur Terre? Pourquoi des nombreux Homo ayant peuplé l'Afrique, l'Asie et l'Europe aux temps préhistoriques, seul Sapiens - c'est-à-dire nous -, a-t-il survécu? Et ce fameux Sapiens est-il parti d'Afrique pour coloniser le monde en anéantissant tous ses cousins?

La traque de nos origines a tout d'une enquête policière, riche en rebondissements, en détours et en culs-de-sac. Car, malgré l'accumulation d'indices, le scénario s'est considérablement embrouillé ces quinze dernières années. L'histoire racontée à l'école qui fait progresser linéairement l'australopithèque vers l'Homo sapiens ne tient plus. Le passé de notre espèce fourmille dorénavant d'australopithèques, d'ardipithèques et autres Homo. Le compte se monte déjà à une bonne quinzaine. On voit d'ailleurs de nouveaux venus déferler régulièrement. Ainsi la récente découverte, en Géorgie, de "l'homme de Denisova", qui aurait transmis certains de ses gènes aux Papous actuels. Ce Dénosivien va bousculer les idées en place. Sa découverte signifie, en effet, qu'à une époque où l'on croyait que seules deux espèces d'hommes - Sapiens et Néandertal - cohabitaient, deux proches cousins subsistaient en Eurasie: l'homme de Florès, trouvé en Indonésie en 2003, et "l'homme de Denisova", en Sibérie.

De quoi compliquer le tableau de notre famille, et l'histoire des migrations depuis le berceau africain de l'humanité. Au point que les paléontologues parlent dorénavant d'un "buissonnement d'espèces". Aujourd'hui, ils décrivent l'évolution de l'homme comme une image en mosaïque, peuplée de multiples individus, ni tout à fait semblables, ni tout à fait différents, qui forment un buisson d'espèces aux caractères variables, plus ou moins bipèdes, plus ou moins arboricoles, où se dissimulent les ancêtres possibles.

Ce sont les progrès de la génétique qui ont permis, ces dernières années, de pister nos origines, de mieux comprendre les liens de parenté qui unissaient, par exemple, Néandertal et Sapiens. A partir de quelques dents vieilles de 100 000 ans, les généticiens sont capables de reconstituer la vie quotidienne de leurs propriétaires. Ou à partir de l'analyse de l'ADN fossilisé, les scientifiques peuvent retracer avec précision les grandes migrations. Car en se déplaçant, les populations laissent des traces génétiques inscrites pour toujours dans les chromosomes qui se transmettent de génération en génération. C'est ainsi que les chercheurs ont confirmé l'incroyable voyage d'Homo sapiens, il y a environ 70 000 ans.

Grâce à l'étude des comportements, on sait aussi que les singes ont les mêmes caractéristiques que nous. Du coup, tout nouveau fossile oblige les scientifiques à s'interroger sur une définition de l'homme. Qu'est-ce qui le distingue vraiment du chimpanzé? Quel élément doit primer? La forme de la mandibule ou la taille du cerveau? La bipédie ou les habitudes alimentaires? La capacité de fabriquer des outils ou les premiers signes de culture? Les frontières entre l'homme et son cousin tiennent-elles encore?

Il subsiste d'autres interrogations, évidemment. Comme le casse-tête de Sapiens: pourquoi une seule branche, la nôtre, a-t-elle finalement survécu? Sans doute a-t-il prospéré parce qu'il était suffisamment mûr pour s'adapter. Sapiens a aussi peut-être profité de gènes humains archaïques bien adaptés qu'il a rencontrés, ce qui aurait aidé à son succès planétaire. Autre mystère: la disparition de Néandertal. Y sommes-nous pour quelque chose, nous, les Sapiens? Peut-être. Enfin, une dernière énigme et non des moindres: quel est le principal moteur de l'évolution? L'adaptation aux conditions climatiques? La curiosité? L'envie d'aventure?