Colonel à la retraite
 
 
 

74 % des retraités auraient donc voté pour Emmanuel Macron. Huit points de plus que pour l’ensemble des suffrages exprimés. Fascination des seniors pour le pas encore quinqua ? Tropisme exercé par celui qui cumule, faute de mandats électoraux, l’avantage d’être à la fois le gendre idéal et le mari qu’on pourrait s’offrir si l’on veut, bien évidemment, faire fi de ces ridicules histoires de frontières intergénérationnelles ? Sans doute. Mais les retraités ont-ils bien lu le contrat que leur présentait le sémillant VRP de la mondialisation heureuse ? Il est vrai que les lunettes sont mal remboursées par la Sécu et que, justement, « Il » a promis d’y remédier…

Ces retraités, notamment les plus aisés – ceux-là mêmes qui, en 2013, débarquèrent par vagues entières de leur train de la banlieue ouest de Paris pour aller agiter, dans les rues de Paris, leurs petits drapeaux roses et bleus -, ont donc, au second tour de la présidentielle, au pire voté Emmanuel Macron, au mieux se sont abstenus, parce qu’il n’était tout simplement pas correct de voter pour Marine Le Pen : rapport au débat…

Et aujourd’hui, on est passé de l’émission de télé-réalité au tirage du loto. « Il faut laisser sa chance à Macron », nous dit-on, dans une sorte de lâche soulagement consensuel. Un lâche soulagement qui prend des airs de « Allons, finissons-en ». Nous eûmes, avec le regretté Pascal Sevran, « La Chance aux chansons », délicieuse émission vespérale des années Mitterrand pour retraités nostalgiques des « Roses blanches ». Nous avons désormais la chance au Macron. Une chance au grattage – le 7 mai dernier -, une chance au tirage : ce sera les 11 et 18 juin prochains.

Pourtant, les retraités risquent de rapidement déchanter lorsque Macron aura emporté le gros lot, c’est-à-dire une majorité absolue à l’Assemblée. En effet, la petite chanson sur la CSG commence à faire son chemin. Certes, on nous avait bien parlé d’une augmentation de la CSG. De combien ? 1,7.

 

Pas de quoi s’affoler ! Sauf que ce n’est pas 1,7 % mais 1,7 point. Et comme l’immense majorité des retraités d’aujourd’hui ne sont pas allés à l’école de Najat Vallaud-Belkacem, il leur sera aisé de faire leur calcul : 1,7 divisé par 6,6 (taux CSG pour la plus grande partie des retraités), multiplié par 100, ça fait tout de même 25,75 % d’augmentation. 60 % des retraités (ceux percevant plus de 1.200 euros par mois) seront concernés. La majorité, donc. M. Ferrand, l’homme des mutuelles, expliquait récemment que 40 % des retraités ne seraient pas touchés. Tout est question de présentation. On ne dit pas sourd, on dit malentendant, on ne dit pas démolir mais déconstruire. De même, on ne dit pas baisser les pensions, mais augmenter la CSG… Important, l’emballage, chez nos VRP…

 

Mais ça, c’est l’une des deux mâchoires qui vont broyer les retraités. La seconde, c’est évidemment l’augmentation de la taxe foncière qui pend au nez de ces « salauds » de propriétaires, alors même que la meilleure façon de sécuriser sa retraite, tout en répondant à la légitime aspiration de transmettre un bien à ses descendants, est d’être propriétaire. L’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des Français, derrière le fameux « C’est l’État qui paiera », cache évidemment cette sombre perspective.

Avec Emmanuel Macron, les temps s’annoncent donc difficiles pour les retraités. Cela dit, si le gendre idéal s’inspire des idées de son mentor Jacques Attali, les solutions sont d’ores et déjà toutes trouvées pour abréger cette agonie.

« Je crois que dans la logique même de la société industrielle, l’objectif ne va plus être d’allonger l’espérance de vie, mais de faire en sorte qu’à l’intérieur même d’une vie déterminée, l’homme vive le mieux possible mais de telle sorte que les dépenses de santé soient les plus réduites possible en termes de coût pour la collectivité. Il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle se détériore progressivement. L’euthanasie sera un instrument essentiel de nos sociétés futures… » 1

 Notes:
  1. in L’Avenir de la vie, 1981

Merci à Dirk↩