Entretien
Vous décrivez une « révolution silencieuse », le retour de la maternité au coeur du destin féminin. L'a-t-elle jamais quitté ?
Il y a trente ans, on débattait publiquement de l'émancipation des femmes, de l'égalité entre les sexes, du partage du travail. Les femmes défendaient leur liberté, une diversité de styles de vie et de modèles maternels. Depuis, une révolution souterraine a eu lieu. On exalte l'identité féminine. Des pressions s'exercent pour retrouver le modèle de la mère au foyer. C'est une régression que beaucoup d'Européennes refusent. Plus d'un quart des Allemandes restent sans enfant.
Faire le choix de la maternité, est-ce forcément aliéner sa liberté ?
Je ne mène pas un combat contre la maternité. Je mets en garde les jeunes contre le retour d'une idéologie naturaliste. Je crie au casse-cou si elles font le choix de l'épouse dévouée à son foyer. Qu'elles n'oublient pas qu'un couple sur deux ou trois se sépare. Que rien n'est pire que de se retrouver sans emploi, seule avec un enfant. Ou, faute d'avoir les moyens de se séparer, de devoir rester aux côtés d'un homme qui ne vous convient plus ou qui vous maltraite.
Vous avez toujours combattu l'idée d'instinct maternel. Avec ce livre, le combat continue...
En effet. De l'OMS au ministère de la Santé, en passant par les pédiatres et les sages-femmes, on assigne aux femmes le devoir d'allaiter. Toutes le doivent, le peuvent, c'est un commandement de la nature. Sinon, vous avez droit à cette phrase culpabilisante : « Vous ne voulez donc pas le meilleur pour votre enfant ? » Désolée, mais il y a deux catégories de femmes. Celles qui aiment à se retrouver dans l'état de mammifère et celles qui détestent. Celles qui adorent allaiter et celles qui n'aiment pas. Nous n'appartenons pas à l'espèce des babouins, qui font tous la même chose.
Vous poussez le bouchon très loin : le nouveau maître de la femme serait le bébé !
C'est une provocation. Mais quand on prétend que « c'est à la mère d'allaiter le bébé, le père n'a pas à donner le biberon », de fait, le père disparaît et le partage des tâches recule.
Vous mettez dans le même sac naturalistes, écologistes, adversaires des biberons et défenseurs des couches-culottes lavables. Amalgame ?
C'est le même mouvement d'idée : priorité au naturel. L'histoire des couches-culottes est révélatrice. Plus de couches jetables, elles polluent. Le raisonnement écologiste l'emporte sur le raisonnement féministe qui voudrait que l'on produise des couches biodégradables. Et surtout que l'on ne me dise pas, comme Mme Duflot, que la solution est la couche lavable que les hommes aussi peuvent enfourner dans les machines à laver. Les hommes ne font pratiquement rien à la maison.
La France possède un taux de natalité record. Cela affaiblit-il votre thèse ?
Les Françaises sont formidables : elles n'abandonnent ni le travail ni la maternité. On ne les culpabilise pas pour qu'elles ne soient que mères au foyer comme la « Mutter » allemande ou la « mamma » italienne. Notre politique nataliste est l'une des meilleures d'Europe, malgré le manque de places en crèche. Mais pour combien de temps ? Face à ce reflux du combat féministe libératoire, je mets en garde les jeunes générations : ne vous soumettez pas à un modèle exclusif.
Ouest-France - 11.02.10
Ndb: encore une pourrisseuse!



