Docteur en droit, journaliste et essayiste
 
 

On savait que l’interruption volontaire de grossesse, en France, était devenue une méga-foire à la brocante où les vies de petits êtres en formation valaient bien moins que les désirs de s’en débarrasser au nom de mille motifs exposés sur les étals obscènes de cet hypermarché des droits-créances.

On sait encore, horresco referens, que, depuis le 5 juin 2016, un simple décret élargit le champ de compétences des sages-femmes qui pourront, désormais, réaliser ces mêmes IVG par voie médicamenteuse (ou létale, c’est selon) et – comble de l’hypocrisie – vacciner l’entourage de la mère et du nouveau-né (pour vil prix du rachat d’une pseudo-mauvaise conscience ?).

On saura, dorénavant, que le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (SYNGOF) est devenu, via les réseaux sociaux, notamment, le porte-étendard de la « réaction » et du « sexisme » en France. Pour avoir effectué un don massif à la fondation Jérôme-Lejeune ? Vous n’y êtes pas ! Alors, plus modestement, pour avoir porté ce décret en annulation devant le Conseil d’État ? Nenni ! Vous faites fausse route, derechef. Plus tristement banal, pour avoir contesté auxdites sages-femmes le pouvoir d’administrer un abortif ? Vous brûlez, mais ce n’est pas tout à fait ça.

Bon, allez, on vous dit tout, par la voix d’une représentante de ce « SYNGOF » qui considère que les sages-femmes n’auraient pas les compétences pour délivrer un arrêt de travail de quatre jours ni le renouveler. Sur sa page Facebook, ce médecin se justifie :

Soit il y a une complication et la patiente a dû être vue aux urgences gynécologiques pour hémorragie et l’arrêt de travail est prescrit pour complications ; soit tout se passe bien et on propose à la patiente de choisir le jour de l’expulsion un jour férié avec un adulte, si possible le compagnon ou une amie, ou de poser un jour de congé (cela lui évite de donner un arrêt de travail à son employeur et de craindre de devoir s’expliquer avec ses collègues). […] Si on considère que la femme est l’égale de l’homme au sein du travail et qu’elle puisse enfin être payée comme l’homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes. »

Hourvari médiatique. Ou peu s’en faut. Sans rire, avec la componction funèbre qui sied aux gardiens du temple de l’ordre moral progressiste, Slate (19 juin) commente avec emphase et sur le ton infantile du type « Oh la la ! Je vais le dire à la maîtresse ! » : « La docteure (sic) Élisabeth Paganelli a écrit quelques mots pleins (re-sic) de sexisme sur la page Facebook du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France. […) Un discours plein de mépris pour les sages-femmes […] mais aussi envers les femmes dont l’IVG “se passe bien”. » La praticienne ainsi mise à l’index se voit même « félicitée » par un de ses bienveillants confrères pour être aussi « profondément réactionnaire ».

Voilà où nous mène la banalité du mal. Alors que l’on s’attendrait à un minimum de compassion (sinon un silence gêné, à tout le moins) de la part du « SYNGOF », celui-ci s’offre le luxe indigne d’une polémique dérisoire sur le sexe des (faiseuses d’)anges. La communion unanimiste, uniforme, univoque sur l’avortement, ses causes et ses conséquences psycho-physiologiques et socio-anthropologiques (quelle est la valeur de la vie ?) inhibe toute réaction saine sur un sujet sculpté dans le granite d’un dogme d’État.

Sans doute la République tressera-t-elle des couronnes de lauriers mortuaires à la féministe Benoîte Groult, qui vient de décéder à l’âge honorable de 96 ans, tandis que les plus faibles d’entre nous, perdus dans les limbes de l’oubli anonyme, attendront encore d’entrer au Panthéon d’une patrie si peu reconnaissante à leur égard.

BV