Étudiant en droit
 
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L’affaire Morandini n’en finit pas chez i>Télé : entre déontologie et grève, la crise couve dans la rédaction d’une des premières chaînes d’information de France. Même Audrey Azoulay, ministre de la Culture s’il vous plaît, y va de son petit grain de sel contre la venue du journaliste. Elle dénonce même une « trumpisation de l’information ». Qu’èsaco ?

Même si le terme n’est pas très heureux, on peut comprendre par « trumpisation » une forme de vulgarité qui sied au personnage et qui atteindrait, comme un mal violent, la caste médiatique.

Ainsi, il faudrait moraliser un peu tout ce beau monde afin que le débat s’élève – passez-moi l’expression – « au-dessus des pâquerettes »… Cependant, c’est prendre la cause pour la conséquence et vice versa. Ce n’est pas Trump qui rend les médias vulgaires mais les médias qui créent l’homme public vulgaire Trump. Toute l’élection américaine a atteint des summums de vulgarité durant cette campagne dans les deux camps, justement parce que les médias sont omniprésents : société de spectacle oblige, « the show must go on » !

 

Cette mise au point faite, parlons deux minutes de Cyril Hanouna : madame Azoulay semble avoir le cœur mieux accroché quand il s’agit de laisser les Français s’abrutir devant des émissions débiles et abêtissantes, où plus on choque, plus on créé le scandale et plus on fait parler de soi. Une dame (vulgairement vêtue) se fait embrasser la poitrine par un homme vulgaire, dans une émission qui s’enorgueillit d’être vulgaire (c’est ce qu’on appelle, aujourd’hui, la liberté de ton) : des pâtes crues dans le slip d’un chroniqueur, se ramener à poil sur un plateau – l’imagination n’a jamais eu de limite, l’image non plus, maintenant. Et pourtant, on ne parle pas d’« hanounanisation » de la société alors que cet animateur fait beaucoup plus pour la vulgarité à la télévision que Trump dans la société française.

D’ailleurs, en parlant d’« hanounanisation » – car ce n’est pas le sujet principal -, cela commence à bien faire de créer des mots à partir des noms de famille : « trumpisation » est censé décrire quel phénomène sociétal ? Qu’un ministre de la CULTURE s’abaisse à décrire un phénomène qui pourrait trouver des millions de nuances dans la langue française par « trumpisation », c’est proprement scandaleux.

C’est fascinant de voir comment une seule petite phrase peut concentrer en elle-même tant de critiques. En voulant y aller de son petit mot sur Trump, et voulant paraître à la fois amazone et savante, Audrey Azoulay a tenté lamentablement de décrire un phénomène de paupérisation intellectuelle à la télévision (ce n’est pas le meilleur terme, je vous l’accorde, mais au moins il veut dire quelque chose) sans pour autant y arriver avec son barbarisme.

La décadence intellectuelle française n’est pas l’œuvre de Trump mais plutôt celle des prédécesseurs de madame Azoulay : le temps qu’elle s’en rende compte, on aura une émission de naturiste à la télévision… Pardon ? Oui ? Ah, ils l’ont déjà fait…

BV