A en croire les chiffres officiels, la Belgique serait un eldorado pour les demandeurs d’asile homosexuels. Selon le Commissariat général des réfugiés et apatrides (CGRA), en 2009, 376 demandes pour ce motif ont été enregistrées, alors qu’en 2012, le nombre de dossiers a dépassé 1000. Et cela sur le fond de la baisse générale du nombre de demandes d’asile en Belgique : 21 463 en 2012, soit 16 % de moins que l’année précédente, constatait la semaine dernière le quotidien francophone belge Le Soir.

 Les persécutions liées aux préférences sexuelles sont l’un des critères permettant d’obtenir le statut de réfugié, fixé par la Convention de Genève. Mais pour cela le candidat qui demande l’asile, doit prouver que sa vie est en danger dans son pays d’origine à cause de son homosexualité. Lors de l’examen du dossier de demande, les autorités belges acceptent des documents, comme des mandats d’arrêt, où des certificats médicaux qui prouvent que la personne est persécutée parce qu’elle est homosexuelle. Si le demandeur d’asile ne peut pas fournir ce type de documents, il passe en audition auprès du CGRA, qui lui pose des questions sur la vie dans son pays natal et son orientation sexuelle. A l’issue de cette audition, une décision définitive concernant l’octroi du statut de réfugié est prise.

 Une procédure jugée « arbitraire » par les associations

 Interrogée par le quotidien wallon, Valentine Audate, coordinatrice au CGRA pour les questions du genre, explique que le commissariat n’interroge pas le candidat sur sa vie privée, lui demandant plutôt de raconter s’il était victime d’agressions. La plausibilité de son récit est ensuite vérifiée par les experts.

 Cependant les associations belges se sont déjà insurgées contre le caractère « arbitraire » de cette procédure, reprochant à certains juges de forcer les candidats à parler de leur vie sexuelle et des relations avec leur partenaire.

 Des réseaux « de faux homosexuels » qui remontent jusqu’en Afrique

 Selon Fabien Gillard, chargé de la défense des droits des homosexuels à l’association sans but lucratif « Tels quels », certains candidats n’hésitent pas à utiliser l’homosexualité comme l’ultime argument pour leurs dossiers de demande d’asile. Le groupe de soutien pour les refugiés homosexuels qu’il animait il n’y a pas longtemps comptait au départ quatre ou cinq membres. Mais dès que l’association a commencé à leur délivrer un certificat de fréquentation, le nombre des membres du groupe a augmenté jusqu’à plusieurs centaines.

 « Pour être certain que nous avions affaire à des personnes qui sollicitaient notre aide pour de bonnes raisons, nous avons arrêté de délivrer ces certificats. Et le groupe a littéralement fondu. Au final, ils n’étaient plus que trente ! », explique Fabien Gillard.

 Le coordinateur s’est vite aperçu que certains refugiés se présentaient à l’association avant de déposer leur dossier au CGRA. Un certain nombre d’entre eux savaient donc qu’ils avaient plus de chances d’obtenir l’asile en venant au groupe. En outre, certains candidats donnaient des versions différentes de leur histoire quand on leur demandait de la raconter plusieurs fois de suite, ce qui a suscité la suspicion auprès des membres de l’association. « Pour nous, il est clair que des réseaux de faux homos existent », conclut Fabien Gillard.

 Au Commissariat général des réfugiés et apatrides, on nie le fait de prendre une décision en fonction de l’implication des candidats dans les associations.

 L’homosexualité est considérée comme illégale dans 76 pays, et condamnée par une peine de mort dans 5 d’entre eux. Selon un membre du CGRA, le commissariat reçoit le plus de demandes d’asile pour homosexualité de la part des ressortissants de la Mauritanie et du Sénégal.

 
Eugène Zagrebnov, Rédaction en ligne