Article du Monde sur le débat Europe1/I-Télé entre Marion Maréchal-Le Pen et Christian Estrosi:

« Sourires et champagne. L’attitude satisfaite de l’état-major de campagne de Marion Maréchal-Le Pen en disait long, mercredi 21 octobre au soir, au Pôle médias de la Belle-de-Mai, à Marseille, à l’issue du premier débat entre les quatre principaux candidats aux régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Face à ses trois adversaires réunis sur le plateau du rendez-vous organisé par I-Télé, Europe 1 et La Provence, la candidate du Front national a confirmé qu’elle captivait toutes les attentions à l’occasion de cette élection. Et qu’à 25 ans seulement, elle allait contraindre Christian Estrosi (Les Républicains) à un duel difficile jusqu’au 6 décembre, jour du premier tour.

« Je l’ai trouvé désordonnée, pas dans le sens des responsabilités, tentait de convaincre, dans un court passage au buffet d’après-débat, le maire de Nice. Elle reste la caricature de l’histoire des Le Pen. Sa jeunesse pourrait être un atout mais, dans les propositions, elle reste archaïque. » Même dans son camp, l’impression à chaud de M. Estrosi n’était guère partagée.

L’ancien ministre de l’industrie de Nicolas Sarkozy a certes réussi à coincer sa jeune adversaire sur quelques chiffres, dont ceux de la baisse des dotations de l’Etat à la région PACA, que la candidate du FN s’est montrée incapable de citer. Mais c’est bien elle, plus encore que le socialiste Christophe Castaner ou la candidate EELV-Front de Gauche Sophie Camard, qui a porté les coups les plus douloureux à son adversaire.

« Quelques cartouches à Christian Estrosi »

Par exemple, en se moquant de sa proposition phare d’installer des « portiques à rayons X » à l’entrée de toutes les gares de la région – « C’est un gag ? Les gens ne vont pas venir trois-quarts d’heure en avance pour prendre leur TER ». Ou en le poussant à reconnaître qu’il ne quitterait pas la présidence de la métropole de Nice en cas de victoire régionale. « Vous resterez un Niçois, ce que les Marseillais apprécieront », a lancé Marion Maréchal-Le Pen, touchant un des points faibles de son adversaire. « Elle a mis quelques cartouches à Christian Estrosi dans la dernière demi-heure, savourait Frédéric Boccaletti, le directeur de campagne frontiste. Ce qui est parfait car c’est le moment où il y a le plus de téléspectateurs. »

Plus tôt dans la matinée, la publication d’un sondage IFOP sur les intentions de vote en PACA avait confirmé la montée en puissance de la candidate du FN et la probabilité de voir la gauche perdre une région qu’elle dirige depuis 1998. Réalisée du 13 au 17 octobre sur 915 personnes, l’étude place Mme Maréchal-Le Pen en tête du premier tour avec 34 % des intentions de vote contre 32 % à Christian Estrosi. Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute Provence toujours en quête de notoriété, se situe, avec 18 %, six points sous le score réalisé par Michel Vauzelle en 2010. La liste unie EELV-Front de gauche, elle, passe la barre des 10 % (11,5 %).

Au second tour, Les Républicains et le FN sont donnés au coude-à-coude à 36 % chacun, dans le cadre d’une triangulaire avec la gauche unie (28 %). « Les sondages disent surtout que la gauche est morte dans cette région et que cela va se jouer entre nous et le FN, assure Renaud Muselier, tête de liste LR dans les Bouches-du-Rhône. Qu’on le veuille ou non, cette élection se transforme en duel par les faits et les chiffres. »

« La chouchou des médias »

Dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, c’est justement cette perspective qui commence à inquiéter. Certains redoutent que M. Estrosi ne s’enferme dans un face-à-face avec la nièce de Marine Le Pen, beaucoup plus dure à contrer que sa tante. « Elle est jeune, elle apparaît encore plus policée. Il est difficile de lui taper dessus », confie un proche de l’ancien chef de l’Etat. Les dirigeants du parti se demandent si la différence de profil entre M. Estrosi et Mme Maréchal-Le Pen ne pourrait pas tourner au désavantage du maire de Nice, installé depuis longtemps dans la vie politique.

L’état-major des Républicains craint aussi que la gauche du Sud-Est soit plus difficile à convaincre que celle du Nord-Pas-de-Calais-Picardie au moment de faire barrage au FN lors du second tour. « Je ne sais pas si Christian fera la danse du ventre aux électeurs de gauche mais, moi, je sais ce que je ferai. Ma position contre le Front national a toujours été très claire », assure Renaud Muselier. « Ce qui est compliqué, note Julien Aubert, tête de liste Les Républicains dans le Vaucluse, c’est que le PS n’existe pas dans cette campagne et que Marion Maréchal-Le Pen est la chouchou des médias. Elle va déjeuner avec son grand-père, il y a 40 journalistes devant le restaurant. Elle a une surface médiatique impressionnante. »

A la tribune du meeting régional organisé à Marseille, vendredi 9 octobre, Jean-Claude Gaudin avait tenté de relativiser les inquiétudes de son camp : « Les sondages et la presse nous avaient dit : vous allez voir le tsunami du FN aux départementales… On a vu que dalle. On l’attend toujours, le raz-de-marée. » Ce jeudi 22 octobre, le sénateur et maire (Les Républicains) de Marseille sera à Antibes (Alpes-Maritimes) avec Bernadette Chirac pour baptiser le comité de soutien à Christian Estrosi. Outre la présence de Basile Boli, Jean Alesi ou Luc Alphand, stars locales, l’état-major du maire de Nice attend un message de l’ancien ministre Claude Allègre et surtout un discours offensif du président du Rugby Club toulonnais, Mourad Boudjellal, grand pourfendeur du FN. Preuve ultime que, pour le candidat Estrosi, le seul adversaire aujourd’hui est bien Marion Maréchal-Le Pen. »

Source: Le Monde