Mais la direction locale considère cet arrêt de service comme une cessation de travail non autorisée. «Ils (les conducteurs victimes des incidents de mercredi, ndlr) ont fait valoir leur droit de retrait car ils ont considéré la situation comme dangereuse. D'ailleurs, le dispositif de sécurité mis en place n'a pas empêché que le 115 soit attaqué plus tard dans la soirée», explique Alain Soula, responsable CGT au dépôt des Lilas. «Ils ont été sanctionnés par le code 800, c'est-à-dire que leur journée ne sera pas payée et qu'il y aura peut-être des répercussions dans leurs carrière au sein de l'entreprise.»
Martine prend le bus 115 matin et soir pour se rendre à son travail. Hier, les perturbations l'ont mises «très en retard». Pourtant cette fois elle n'est pas en colère: «Je comprends très bien leur point de vue. Ils m'ont expliqué le problème hier matin. C'est scandaleux qu'ils soient sanctionnés après ce qui s'est passé mercredi. D'autant qu'ils ont du courage de passer dans certains endroits, la nuit. Je peux vous dire que je n'aimerais pas du tout être à leur place dans ces cas là.»
A entendre les récits des conducteurs de bus du terminus de la Porte des Lilas, on se demande si leur métier n'est pas dangereux. Agressions, insultes, menaces en tous genres, chacun y va de son anecdote. «Après une attaque au gaz lacrymogène, des menaces de morts et une agression avec un chien, j'ai demandé à changer de ligne. Je suis sur la 96 maintenant. A Paris c'est moins difficile», témoigne Eric Bosseray.
En cas de problème, les conducteurs ont la possibilité d'activer une alarme silencieuse qui averti la police. Ils ne demandent pas pour autant plus de moyens pour se défendre. «On peut monter la vitre de la cabine, on se protège comme ça. Si on nous donne des bombes lacrymogènes, ils monteront dans les bus avec des armes, ça pourrait dégénérer très vite», continue Eric Bosseray. Quant à la police, elle ne se déplace que lorsqu'il y a eu un "incident" (très grave?) : «Ils sont comme nous, ils manquent d'effectifs.»








