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Ce devait être son exécution. Ce fut sa résurrection.

Alors que plus de 40 républicains notoires quittaient le navire pendant le week-end, allant jusqu’à exiger le remplacement de Trump par son partenaire Mike Pence, ce dernier faisait retraite, priant pour Trump. Après le débat, Pence envoya un message de fierté et de soutien irrévocable à un Donald Trump sorti grandi de l’épreuve. La force tranquille.

Les conseillers politiques de Trump, ceux du « dernier carré des catholiques », ont été efficaces : Kellyanne Conway, sa chef de campagne, Rudy Giuliani et Chris Christie, ainsi que la poignée des femmes à poigne des réseaux de Fox News ainsi que du Washington Times, comme Monica Crowley ou Laura Ingraham. Tous ont rejoint la chaloupe de sauvetage afin de faire entrer dans la tête du candidat de rester calme, et que les attaques menées contre lui visaient en fait un peuple américain en quête d’une deuxième révolution.

Bref, Trump devait se présenter comme le représentant du gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, face aux tuniques rouges de la contre-révolution ploutocratique incarnée par 46 années de clintonisme. Il ne manquait plus qu’une dose de Church of England, versée par le bretteur Nigel Farage qui est discrètement intervenu auprès de Trump pour lui donner une certaine acuité visuelle…

Ça a marché. Après un premier quart d’heure dans les cordes, sur ses histoires de starlettes, Trump a su remarquablement pivoter dans un puissant « crescendo ».

 Champion de la guerre psychologique, il avait organisé quelques heures avant une conférence de presse avec plusieurs victimes sexuelles présumées de Bill Clinton. Puis il les amena, témoins silencieux, au débat présidentiel en rappelant à tous leur présence dans la salle. Cette dissuasion « nucléaire » a neutralisé les modérateurs, qui n’ont pas pu, comme prévu, criminaliser ses propos. Car c’est Bill Clinton qui risquait de devenir le Bill Cosby de la farce… La juge Jeanine relevait après l’émission : « Ce soir, j’ai vu la peur dans les yeux de Bill Clinton, comme dans ceux de Hillary. »

 Pour le reste, d’une voix calme, il a d’abord pivoté en affirmant qu’une fois président il ferait nommer un procureur ad hoc, comme cela aurait déjà dû être fait dans l’affaire Clinton, qu’il a impitoyablement résumée dans toutes ses dimensions, fraudes et suppressions de preuves incluses. Puis il l’a enfoncée sur son double langage, révélé par WikiLeaks. Il l’a ridiculisée sur sa référence à Abraham Lincoln pour justifier sa conduite, et l’a campée comme l’employée des lobbies de la porte ouverte.

Ensuite, Trump l’a affrontée en politique étrangère et en matière de terrorisme ou de sécurité, en ne se déjugeant pas sur la Russie. Et quand elle a eu l’inconscience d’affirmer qu’elle reviendrait sur le financement des partis politiques, il l’a plaquée : « Vous avez bien vécu avec la politique… en faisant 250 millions de dollars grâce à vos responsabilités au sein de l’État. Moi, je finance ma campagne. Vous avez l’argent… pourquoi vous ne mettez pas 30 millions dans la caisse ? Autant de moins que mettraient les lobbies ! » Hillary était tétanisée.

Il suffisait de voir les réactions à chaud de CNN dans les minutes suivant le débat pour constater aussi la peur dans le regard des animateurs. Trump attend maintenant la contre-attaque… des caciques républicains.

BV